FRANCE-AFRIQUE : Vers le retour en Afrique des biens culturels spoliés par le colonisateur ?

Il y a toujours une fin pour chaque chose. Rien n'est éternel ici bas. Il en est de même pour les biens culturels africains qui meublent les galeries d'art et musées de l'Hexagone alors que leur place est bien dans les musées des pays d'où ils ont été spoliés. Que le jeune président français, Emmanuel Macron, qui ne connaît pas la colonisation, ait décidé de changer la politique française dans ce domaine précis, pour remettre un peu de loyauté et d'équité dans cette relation entre la France et les pays africains concernés, on ne peut que dire que dire, honneur à lui. L'Afrique s'en souviendra. En bien.

Emmanuel Macron a confié, lundi, 5 mars, à deux experts culturels, la mission d'étudier la restitution à des pays africains d'oeuvres d'art, actuellement, en France, comme il s'y était engagé dans son discours de Ouagadougou, l'an dernier.

Ces deux "personnalités incontestables", l'historienne d'art, Bénédicte Savoy, membre du Collège de France, et l'écrivain et universitaire sénégalais, Felwine Sarr, devront rendre leur avis d'ici à novembre, a précisé le président de la République à l'issue d'un entretien avec son homologue du Bénin, Patrice Talon, à l'Elysée (notre photo).

Emmanuel Macron avait créé la surprise, lors de sa tournée en Afrique de l'Ouest, en novembre, en déclarant vouloir "un retour du patrimoine africain à l'Afrique".

"Le patrimoine africain (...) doit être mis en valeur à Paris, mais aussi, à Dakar, Lagos, Cotonou (...) Ce sera l'une de mes priorités. D'ici cinq ans, je veux que les conditions soient réunies pour un retour du patrimoine africain à l'Afrique", avait-il dit dans son discours à l'Université de Ouagadougou.

Ses propos avaient été, particulièrement, bien reçus au Bénin, dont le président, Patrice Talon, a fait la demande officielle d'une restitution du patrimoine béninois en juillet 2016.

"Ce qui nous intéresse c'est de pouvoir présenter ce patrimoine qui est le nôtre", a expliqué, lundi, 5 mars, le président, Patrice Talon, alors qu'il était reçu, à l'Elysée par son homologue, Emmanuel Macron. "Nous le faisons non pas dans un esprit de conflit, mais de coopération avec la France", notamment, pour "faire du tourisme un pilier majeur de l’économie béninoise".

Selon Irénée Zevounou, ambassadrice du Bénin à l'Unesco, "4.500 à 6.000 objets (béninois) sont en France, y compris dans des collections privées".

L'accaparement des trésors du Royaume du Dahomey - trônes royaux, récades (sceptres royaux), portes sacrées du Palais d'Abomey, statues anthropomorphes... - s'était fait lors des batailles coloniales entre 1892 et 1894, mais aussi, par des missionnaires ou des missions culturelles.

Bénédicte Savoy et Felwine Sarr devront, notamment, examiner les conditions dans lesquelles ces oeuvres pourront être rapatriées, puis, protégées dans leurs pays d'origine. "Nous avons la volonté ferme de bien faire les choses", a dit Emmanuel Macron.

Ces restitutions imposeraient de changer la loi française en raison des principes juridiques "d'inaliénabilité et d'imprescriptibilité (...) des collections publiques".

Cela dit, la vigilance de tous les instants s'impose : après qu'Emmanuel Macron ait signifié le chemin qu'il voulait emprunter, il ne faudrait pas que son idée soit dévoyée par certaines commissions créées ou par l'action des lobbys françafricains tapis dans l'ombre et dont le rôle est de tout faire pour que rien ne change. Bénédicte Savoy et Felwine Sarr sont là pour favoriser, encourager, rendre possible à 100% l'idée du président français, et faire échec à des combines qui pourraient être mises en œuvre pour que ce retour voulu et annoncé, s'avère impossible ou inapplicable.

Quant à la loi, le président, Emmanuel Macron, peut compter sur les « Marcheurs » de son propre parti, qui comptent plus de la majorité des députés à l'Assemblée nationale.

Ajouter un commentaire