NECROLOGIE : Amitiés avec le célèbre écrivain malien Yambo Ouologuem

Sic transit gloria mundi.

Un cousin en m’appelant de Bamako m’a informé du décès de Yambo Ouologuem ! Il y a des lustres que je l’ai perdu de vue et n’ai pu le contacter lors d’un séjour au Mali ; je suis profondément triste car je l’ai vraiment connu: nous étions voisins à Gonesse (une commune du département du Val d'Oise (95) dans la région parisienne) ; l’anecdote que voici campe la découverte : le téléphone, il s’annonce en me traitant de grand-frère qu’il voudrait rencontrer ; sans chercher à savoir qui il était et pourquoi, j’accepte ; trois jours plus tard, on sonne à la porte de notre appartement à 20H30 ; nous étions à table, mais, j’allai ouvrir sans demander qui nous rendait visite à cette heure-là.

A l’africaine, je l’invite à dîner.
- Merci grand-frère, c’est déjà fait.
Il prend part au dessert ; nous passons ensuite dans mon bureau où il me montre son texte dactylographié à double interligne et expose sa requête.
- Quelqu’un qui vous connaît de longue date a souhaité l’anonymat, mais, il m’a suggéré de vous montrer mon manuscrit avant de le présenter chez un éditeur.
- Moi ? J’ai publié chez Stock après le refus d’une dizaine de grands éditeurs ; même Présence Africaine qui a pris le relais avait refusé le même texte.
- Grand frère…vous lisez pour des éditeurs, on me l’a confirmé, alors, je sollicite vos appréciations fraternelles.

Tout en moi me disait de ne pas le renvoyer chez lui et je prends le pavé de plus de 400 pages déposé sur ma table de travail. Je lis lentement, très lentement, mais, rien ne m’échappe.

A 02H00 du matin, je lui rends son texte et dis sans détour : « il y a des emprunts qu’il faudrait mettre entre guillemets, sinon, vous serez traité de plagiaire si votre texte est publié ; votre texte est bon, il me plaît, c’est une rébellion, j’aime ça ; je connais vos emprunts à mon vieil ami, Joseph Ki-Zerbo, à certains auteurs européens aussi ; il faudrait les mettre entre guillemets ».

Il accepte. Très ému, il me regarde, ses grands yeux grand ouverts fixés sur moi me donnaient l’impression de tissage d’un lien entre nous quand il me donna l’accolade ; ses larmes coulaient. Je l’accompagnai à la porte de sortie de l’immeuble HLM.

Deux jours plus tard, il téléphone en me remerciant « au nom de nos ancêtres en souhaitant aussi que le Seigneur Tout Puissant vous accorde encore longue vie ».
- Vous êtes chrétien ?
- Dieu n’a pas de religion, il est pour tout le monde.

Trois mois plus tard, Le Devoir de violence paraît aux éditions du Seuil ; à la lecture, aucun des emprunts sur lesquels j’avais attiré son attention, n’était entre guillemets et je passe le livre sous silence malgré l’unanimité des éloges de la presse parisienne, toujours, en quête d’un écrivain africain francophone à exhiber, quitte à l’expédier à la tombe s’il égratigne la France ou rue trop dans les brancards du système colonial.

Membre de l’Association internationale des critiques littéraires où j’étais fort apprécié, Robert Sabatier, en se grattant la gorge, téléphone : « cher Olympe, que dis-tu du devoir de violence » ?
Réponse : « je l’ai vu fétus » !
Doux éclats de rire.

Mon silence préoccupait Robert Cornevin soucieux de savoir pourquoi je ne disais mot. Pour en finir, L’Afrique Actuelle (magazine bilingue anglais-français, fondé par ma femme et moi, publie- cas rarissime -mes notes de lecture. Yambo jure de me « casser la figure ». Pour toute une autre raison, un directeur littéraire des éditions Grasset aussi aura droit à la même menace.

Yambo Ouologuem (notre photo) disparaît du paysage littéraire français. Le président L S Senghor m’a dit : « c’est regrettable qu’Ouologuem ait fait un gâchis de son grand talent, en saccageant l’Afrique aussi ».
J’aimais sincèrement ce grand écrivain africain d’une culture immense ; sa connaissance de la Bible est sidérante ! Non, ses textes n’avaient point besoin d’être un peu travaillés par un tiers avant d’être publiés ; il a été une star, mais, une étoile filante ; il n’y a guère, Francis Kpatindé a essayé de la faire revivre dans la presse ; ça a fait long feu.

Hôte des Etonnants voyageurs au Mali, j’ai voulu revoir mon ami Yambo, échanger avec lui et lui donner des accolades. C’était la Tabaski, un musulman dont ma femme et moi, étions les hôtes à un déjeuner m’a laissé entendre :

« Yambo ? Il s’est retiré dans sa région et on ne le voit plus. Il y mourra ».
J’étais profondément triste.
Adieu, très cher Yambo, immense écrivain négro-africain, qui ne m’aura pas cassé la figure et que j’aime.

Olympe BHÊLY-QUENUM . 

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