AFRIQUE DU SUD : Donald Trump en passe de créer le trouble dans la politique de réforme agraire de Ramaphosa

C'est comme si Donald Trump n'était pas content du rapprochement entre le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, et son homologue chinois, Xi Jinping (notre photo). Après une visite officielle (réussie) en Afrique du Sud, en juillet, le président chinois va co-présider le Sommet Chine-Afrique, à Beijing, les 3 et 4 septembre, avec son homologue du BRICS, Cyril Ramaphosa. De quoi alimenter la colère de Trump actuellement en guerre commerciale avec la Chine où on se rend coup pour coup. L'Afrique du Sud a, vivement, reproché, jeudi, 23 août, à Donald Trump d'alimenter les tensions raciales dans le pays après un tweet où il s'inquiète des "expropriations" et "meurtres de grande ampleur" qui visent, selon lui, les fermiers blancs sud-africains. La question se pose avec insistance à Pretoria : depuis quand Trump s'intéresse-t-il à la réforme agraire en Afrique du Sud ? Depuis quand est-il intrigué par des tueries en Afrique du Sud alors qu'aux Etats-Unis, il est, totalement, incapable de faire face à ce problème ? Pour les Sud-Africains, le problème de Trump est ailleurs. C'est la Chine.

Le commentaire du président américain a enflammé le débat sur un projet de réforme agraire controversé, qui agite l'Afrique du Sud, toujours, profondément, divisée un quart de siècle après la chute du régime de l'apartheid.

La polémique est partie, mercredi, 22 août, soir, d'une nouvelle saillie électronique du locataire de la Maison Blanche.

"J'ai demandé au secrétaire d'Etat @SecPompeo d'étudier de près les saisies de terre et de fermes, les expropriations et les meurtres de grande ampleur de fermiers en Afrique du Sud", a écrit Donald Trump sur son compte Twitter.

"Le gouvernement sud-africain saisit actuellement des terres appartenant aux fermiers blancs", a-t-il ajouté, en s'inspirant d'une émission sans nuance sur l'Afrique du Sud diffusée par la très conservatrice chaîne d'information Fox News.

A la veille des élections générales de 2019, le président sud-africain, Cyril Ramaphosa, veut accélérer la réforme de la terre afin de "réparer l'injustice historique grave" commise à l'endroit de la majorité noire pendant la période coloniale et l'apartheid.

Sans surprise, les autorités de Pretoria ont, promptement, réagi au tweet présidentiel.

"L'Afrique du Sud rejette totalement cette vision étroite qui ne vise qu'à diviser la nation et à nous rappeler notre passé colonial", a écrit son gouvernement sur Twitter, avant de promettre que sa réforme agraire serait "prudente et inclusive".

La ministre des Affaires étrangères, Lindiwe Sisulu, a déploré les propos "malheureux" de Donald Trump, fondés "sur de fausses informations" et demandé des "clarifications" à Washington.

"Ne touchez pas aux affaires sud-africaines !", a lancé au président américain le chef des Combattants pour la liberté économique (EFF, gauche radicale), Julius Malema. "Nous n'avons pas peur de vous", a-t-il ajouté, le qualifiant de "menteur pathologique".

"Les dirigeants internationaux qui jouent avec la peur n'apportent rien", a déclaré Mmusi Maimane, le chef de l'Alliance démocratique (DA, principal parti d'opposition), tout en réitérant son opposition au projet gouvernemental.

La réforme de Cyril Ramaphosa vise à rectifier les déséquilibres fonciers en Afrique du Sud, où la minorité blanche (8% de la population) possède 72% des fermes contre 4% seulement aux Noirs (80% de la population), selon le gouvernement.

Pour y remédier, le président a, notamment, décidé d'exproprier des grands fermiers sans les dédommager et souhaité pour cela amender la Constitution.

La discussion est en cours mais, contrairement, à ce qu'a affirmé M. Trump, le projet n'a pas, encore, été mis en oeuvre.

Mercredi encore, le chef de l'Etat sud-africain a confirmé devant la parlement son intention de procéder à des "expropriations sans compensation", mais, rejeté toute nationalisation et promis de "renforcer les droits de propriété".

De nombreux Noirs saluent sa réforme, mais, les Blancs s'en inquiètent. Ils redoutent la répétition des expulsions violentes de fermiers blancs ordonnées au début des années 2000 au Zimbabwe voisin par le régime de Robert Mugabe.

La minorité blanche dénonce, également, les violences dont sont, régulièrement, victimes les agriculteurs dans les zones rurales du pays, une question très controversée.

Un total de 74 fermiers, selon la police, ont été tués entre 2016 et 2017 en Afrique du Sud, pour la quasi-totalité des Blancs selon l'organisation AfriForum qui défend cette minorité.

Mercredi, Cyril Ramaphosa avait accusé AfriForum de "répandre mensonges et rumeurs" en affirmant "à l'étranger que l'ANC voulaient procéder à des expropriations massives".

Son vice-président, David Mabuza, a renchéri, jeudi, 23 août, en s'en prenant "à ceux qui déforment le sens de notre réforme agraire à l'étranger et répandent des contrevérités sur les +fermiers blancs+ menacés par leur propre gouvernement".

A l'inverse, le patron d'AfriForum, dont une délégation a, récemment, fait une tournée de promotion aux Etats-Unis, s'est réjoui de l'intervention de Donald Trump.

"Nous avons besoin d'un soutien international (...) pour éviter une situation où nos dirigeants engageraient une politique économique catastrophique identique à celles que l'on a vues au Vénézuéla ou au Zimbabwe", a déclaré Kallie Kriel.

Très sensible, la question de la terre avait, déjà, suscité, en mars dernier, une polémique entre l'Afrique du Sud et l'Australie.

Un ministre du gouvernement de Canberra s'était attiré les foudres de Pretoria en offrant d'accueillir les agriculteurs sud-africains blancs à ses yeux "persécutés" dans leur pays.

Au final, AfriForum ne trouve rien à redire par rapport au fait que 8% des fermiers blancs totalisent jusqu'à 72% des fermes du pays. Contre 4%, seulement, des fermes aux Noirs qui font 80 % de la population. Une situation pour le moins inacceptable pour toute personne, normalement, constituée, sauf quand on s'appelle Donald Trump que Julius Malema qualifie d'ailleurs de « menteur pathologique ».

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