ANGOLA : 2 semaines après le limogeage d'Isabel dos Santos de la Sonangol, Joao Lourenço fait face aux pénuries d'essence

Le nouveau président de la République, Joao Lourenço, fait face à sa première grande épreuve du pouvoir. Il ne s'agit pas d'une tentative de coup d'état mais, d'une action de sabotage de sa politique contre la corruption, savamment, planifiée, car elle se manifeste pendant les fêtes de fin d'année. En effet, installé, en août, à la place de José Eduardo dos Santos, à la tête de l'Etat, il a limogé, deux mois plus tard, sa fille, Isabel dos Santos (notre photo), de la présidence de la compagnie nationale de pétrole, Sonangol, au grand étonnement des Angolais. Cette action diversement appréciée dans l'opinion fut saluée par les milieux financiers et d'affaires, qui virent là, les prémices d'une action digne de ce nom contre la corruption dans ce pays. Mais, alors que les Angolais étaient dans l'euphorie des fêtes de fin d'année, ils ont été surpris par la pénurie d'essence qui, du coup, leur complique la vie et montre que la lutte contre la corruption du nouveau président est loin d'être acceptée par tout le monde.

L'Angola est affecté par une pénurie de carburant si incongrue dans l'un des deux principaux pays producteurs de brut d'Afrique subsaharienne, que certains l'attribuent, déjà, à une fronde politique contre le nouveau président, Joao Lourenço. Ce n'est pas faux de penser à un sabotage de sa politique contre la corruption.

Depuis plus d'une semaine, la plupart des stations service de la capitale Luanda sont assiégées par de longues files d'automobilistes en quête d'essence.

Le rationnement a fait bondir les prix du carburant au marché noir. Dans les rues, le litre de super vendu à la pompe à 160 kwanzas s'échange trois fois plus cher (0,8 à 2,5 euros).
Les causes de cette pénurie restent encore mal éclaircies.

Il y a une semaine, la compagnie pétrolière nationale, la Sonangol, a reconnu "quelques retards dans le déchargement des carburants dans les ports du pays en raison de contraintes mineures de paiement de certains fournisseurs".

Mais, elle a assuré qu'il n'y avait "pas de pénurie de carburant" et "aucune raison de s'alarmer". Avant de promettre que l'approvisionnement serait "assuré pour les fêtes".
L'Angola produit plus de 1,6 million de barils de brut, par jour, à égalité ou presque avec le Nigeria. Comme il ne dispose que d'une raffinerie, l'essentiel de son brut est raffiné à l'étranger.
La chute des cours du pétrole, la principale ressource du pays, à partir de 2014, a plongé l'économie et les finances publiques du pays dans une grave crise dont il peine, toujours, à sortir.
La Sonangol, principal contribuable de l'Etat, se trouve, elle-même, en sérieuses difficultés financières. En mars dernier, déjà, l'Angola avait été affecté par des problèmes d'approvisionnement attribués par la Sonangol à des "retards de paiement" à ses fournisseurs.

Faute d'autre explication sur les causes de ce nouvel épisode, les adversaires du régime y vont de leurs explications politiques, avec la complicité active des réseaux sociaux.
"Tout ça, c'est une tentative de bloquer le gouvernement du président, Joao Lourenço", affirme l'analyste politique, Agostinho dos Santos, proche de l'opposition.

"La plupart des stations de carburant en Angola appartiennent ou sont contrôlées par des généraux du régime de l'ex-président (José Eduardo dos Santos) et sa fille", dit-il, "ces propriétaires veulent se venger du nouveau président". Mais, cette explication tient-elle la route quand on sait que l'actuel président, avant de le devenir, était ministre de la Défense, donc, le patron direct des dits généraux. Et que lui-même, général de son état (bien que devenu président de la République) entretient, par delà ses nouvelles responsabilités, les relations corporatistes avec eux.

Jose Eduardo dos Santos a quitté la présidence à la faveur des élections générales d'août dernier, après trente-huit ans d'un règne sans partage pendant lequel il a mis l'économie du pays en coupe réglée au profit d'une poignée de proches.

Son successeur, Joao Lourenço, qui a promis de lutter contre la corruption, s'est lancé, depuis, dans un grand ménage.

Il a limogé de nombreux dirigeants d'institutions et d'entreprises et chefs de l'appareil sécuritaire proches de l'ex-chef de l'Etat. Sa principale victime n'est autre qu'Isabel dos Santos, remplacée, le mois dernier, à la tête de la Sonangol.

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