COP 21 : Les freins à l’électrification de l’Afrique ne sont pas seulement financiers  

Le continent africain décolle. La croissance économique est au rendez-vous mais les défis à relever restent considérables. Généraliser l’accès des populations à l’électricité est l’un des principaux défis. Les investissements à réaliser dans la production et dans les réseaux sont colossaux tant le manque d’infrastructures est patent. Aujourd’hui, environ, 30% des Africains ont accès à l’électricité. Ils ne sont que 15% à en bénéficier, dans les zones rurales. Les populations urbaines et les entreprises, quant à elles, souffrent de coupures fréquentes, qui perturbent et freinent l’activité économique.

L’enjeu intéresse des personnalités du monde. Les initiatives pour collecter des fonds, sont les bienvenues. Toutefois, la principale contrainte ne vient pas d’un déficit de financement. L’argent ne manque pas. Si l’on prend l’exemple de l’Afrique de l’Ouest, de nombreux fonds américains, européens ou chinois, qui sont à la recherche de projets d’investissement et de rentabilité, sont disponibles pour financer les barrages, les lignes haute tension et les installations électriques dans les villages. Mais les projets proposés aux investisseurs ne bénéficient pas, toujours, d’un cadre assurant leur viabilité, à long terme, ainsi que, leur rentabilité.

Les pays d’Afrique de l’Ouest, qui ont su mettre en place des mesures de régulation efficace dans le cadre de l’ouverture à la concurrence de leur marché de l’électricité, sont ceux qui ont attiré le plus d’investissements privés. Les modalités d’ouverture à la concurrence sont multiples et complexes. L’ouverture à la concurrence peut concerner, uniquement, les segments de la production et/ou celui de la commercialisation. La gestion du réseau de transport et de distribution, qui demeure un monopole naturel, peut, aussi, être confiée à une entité distincte de l’opérateur historique. En outre, plusieurs types de contrats peuvent être utilisés pour régir les liens entre les nouveaux producteurs d’électricité et l’opérateur historique. Enfin, l’ouverture à la concurrence peut se faire sous l’égide d’un régulateur plus ou moins compétent et plus ou moins indépendant.
 
Le modèle de dérégulation le plus courant observé, aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest, consiste à ouvrir le seul segment de la production à la concurrence. Des producteurs privés d’électricité (IPP) signent des contrats bilatéraux avec la société nationale d’électricité publique (et parfois privée), qui assure le transport et la distribution de l’électricité qu’ils produisent. Ce modèle est, par exemple, appliqué, en Côte d’Ivoire, au Ghana, au Togo, au Bénin, au Mali, au Sénégal et au Niger. Le Ghana et le Nigeria sont allés, plus loin, en mettant, également, en place, un marché de gros où les entreprises privées peuvent s’approvisionner pour vendre, directement, au consommateur final. Enfin, il existe, toujours, un groupe de pays, en Afrique de l’Ouest, qui est resté sur le modèle du monopole, verticalement, intégré (Burkina Faso, Guinée, Sierra Leone, Libéria par exemple).

Offrir un cadre réglementaire pertinent

Le degré d’ouverture à la concurrence ou la disponibilité de ressources naturelles abondantes ne sont pas des conditions suffisantes pour assurer une production d’électricité, qui réponde aux besoins des populations, et pour attirer des financements externes. Par exemple, le Nigeria est l’un des pays, qui a ouvert, le plus de segments, à la concurrence, en Afrique, mais il fait, toujours, face à des déficits très importants d’électricité. Dans le même sens, la Guinée, fortement, dotée en ressources naturelles hydrauliques, ne produit pas, suffisamment, d’électricité pour ses habitants.
A l’inverse, la réussite relative de la Côte d’Ivoire, en matière d’ouverture et de régulation de son secteur électrique, est riche d’enseignements. Le secteur électrique ivoirien est considéré comme l’un des plus performants, en Afrique de l’Ouest. Le pays a su attirer beaucoup de capitaux dans le secteur électrique et les producteurs indépendants occupent une place importante dans la production du pays. Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire (voir notre photo) est exportateur net d’électricité dans la région (vers le Burkina Faso, Ghana, Bénin, Togo, Mali).

Cette réussite repose, notamment, sur l’élaboration d’un cadre institutionnel efficace. Hormis la mise en œuvre d’une stratégie appropriée de mix énergétique (gaz et hydraulique principalement), le succès de la Côte d’Ivoire repose sur la mise en place, par l’Etat, d’un système garantissant, notamment, les recettes de producteurs privés, ce qui leur assure de pouvoir rentabiliser leurs investissements, toutes choses égales par ailleurs.

Faire en sorte que les paiements et le règlement des factures des producteurs privés indépendants ne soient pas une source d’incertitude (paiements par exemple sécurisés par un décret en Côte d’Ivoire) ; garantir l’achat d’électricité par des contrats de long terme ; réguler de façon efficace le tarif de vente en gros de l’électricité, mais aussi, les tarifs de détail, sont autant d’enjeux clefs dans le cadre de l’ouverture à la concurrence. Ces problématiques devraient être au centre des préoccupations des décideurs dont l’objectif est de résorber les déficits énergétiques en Afrique.

Pour conclure, si beaucoup d’experts sont d’accord pour dire que l’avenir de l’Afrique passe par le développement de l’énergie hydroélectrique, les projets de grande ampleur, en cours de discussion, comme la construction du barrage hydroélectrique d’Inga III en République démocratique du Congo (RDC) n’ont, toujours, pas réussi à fédérer les financements nécessaires à leur réalisation. En cause : l’incertitude qui règne sur le cadre institutionnel et réglementaire de ce projet. Il convient, donc, en amont des projets de ce type, d’élaborer des cadres adaptés pour garantir leur succès.

Par Nathalie Daley (Vice-Président) et Sidy Diop (Vice-Président) de l'Agence Microeconomix
 

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