ENVIRONNEMENT : La densification urbaine et la diversité au service de l'écologie et de la qualité de vie

Le niveau de la densité, de la diversité et de le densité de diversité contribue à la qualité de vie. Ce sont des dimensions qui relèvent notamment des 5 secteurs de la qualité de vie culturelle, environnementale, socio-économique, démocratique. La densité de diversité relève de la qualité, de la quantité et de la densité des possibilités et de l’offre d’activités sociales et culturelles.

Certains urbanistes qualifie la densité de diversité, par le terme « d’intensité ». Dominique Bidou explique que l’intensité, « c’est la conjugaison de nombreuses fonctions qui rend les villes et villages intenses. L’intensité d’un territoire c’est l’intensité de vie de ses habitants. On observe que la densité peut être rehaussée partout ou l’intensité du territoire est élevée. Paris en offre une parfaite illustration (...) ». La densité perçue apparaît excessive du fait de l’uniformité architecturale fonctionnelle, culturelle, sociale du quartier. L’ennui pas loin fils de l’uniformité. Il faut mélanger les densités d’habitats, d’activités, de loisir, de paysage, de biodiversité, de mobilité..., bref, apporter de la complexité. On introduit ainsi l’intensité. Créez de la diversité, de la qualité, de la beauté en un mot de l’intensité et la densité suivra. Il est possible de construire en protégeant la biodiversité et en adaptant le niveau de densité au ‘’’génie du lieu’’ », c’est à dire, aux caractéristiques spécifiques locales.

Cependant, les petits villages diminuent l’anonymat et la solitude des grandes villes, donc facilitent les contacts. Néanmoins, cela vaut surtout pour les personnes qui ne disposent pas de facilités personnelles pour lier des contacts, car les autres peuvent au contraire multiplier les rencontres. Cependant, dans les villages la pression sociale, le « qu’en-dira-t-on » s’accroît aussi et exerce une pression sur ceux qui entendent vivre librement de manière différente des autres. La qualité de vie relationnelle ne se révèle donc pas forcément meilleure dans les villages, mais plutôt, différentes.

Pouvons-nous faire une analogie entre l’intensité en physique avec l’intensité en urbanisme ? Apparemment non, car en physique des flux, l’intensité correspond à la vitesse du flux, tandis qu’en urbanisme, il s’agit de la densité de la diversité d’opportunités. C’est à dire, de la quantité de la diversité des opportunités professionnelles, socioculturelle, par rapport à la densité de la population au km². La densité d’habitants se calcule par le rapport entre la quantité d’habitants par rapport à une surface au sol de l’habitation et ou par rapport à un volume d’habitation.

Il y a donc trois moyens d’accroître la densité de la population :

- soit, par la densification horizontale, grâce à l’accroissement du nombre de personne dans une même surface horizontale (le nombre de personnes dans un même logement),
- soit, par la densification verticale, c’est à dire, en multipliant les logements d’un immeuble, en accroissant le nombre d’étages),
- soit, par la densification horizontale et verticale (en augmentant le nombre de personnes dans un logement et le nombre d’étages de l’habitation).

Il faut donc bien distinguer la densité en habitants et la densité de diversité (d’opportunités). Trop de densité en habitants deviendra étouffant par manque d’espace vital et d’espaces verts. Cependant, ce sentiment d’étouffement par l’excès de la densité en habitants par km², peut diminuer grâce à l’accroissement de la diversité des opportunités culturelles, professionnelles, relationnelles...

Par exemple, certains citadins parisiens, apprécient beaucoup d’habiter au centre de Paris (notre photo), malgré des logements exigus, surpeuplés, une foule permanente dans les rues, car en contrepartie, ils disposent d’un grand choix de loisirs, de métiers... Cela leur confère un sentiment plaisant d’une forte densité de diversités d’opportunités.

Les urbanistes cherchent donc un équilibre dynamique, afin d’éviter les excès et les manques de diversité d’opportunités et les excès de densité urbaine. Or, la qualité de vie au plan socioculturel suppose aussi un minimum de densité d’habitants au km². Car, plus la densité en habitant diminue, plus les temps de temps de déplacements s’accroissent (lorsqu’il n’y a pas de bouchons), plus l’offre, plus la quantité d’opportunités socioculturelles diminuent.

Les temps de déplacements augmentent lorsque les distances à parcourir s’accroissent ou que la densité du trafic de véhicule se développe. Pour diminuer la durée des déplacements, il s’agit donc de diminuer les distances à parcourir ou d’augmenter la densité des habitants au km², ou de réduire la densité du trafic, ou de le fluidifier par plus de transports collectifs.

La densité, la diversité se combinent dans la densité de la diversité. Cette dernière dépend aussi de la diversité de la possibilité des choix socioculturels et professionnels et non pas seulement de leur quantité. La diversité accroît la possibilité de choix et donc augmente le niveau de la qualité de vie. Certains urbanistes, tel Dominique Bidou utilisent donc le terme d’intensité, pour parler de densité de diversité. Plutôt que le terme d’intensité, qui suggère des analogies avec la physique des flux (d’énergie, de liquides...), nous utiliserons plutôt le terme de densité, de diversité, c’est à dire, la multiplication de la densité par la diversité. Ainsi, il existe des diversités fortes ou faibles, des densités fortes ou faibles et de densité de diversité forte ou faible.

En effet, à niveau égal de « forte » densité de diversité, cela peut prendre deux formes différentes. Il faut donc différencier la forte densité de diversité générée grâce à l’espace étroit ou grâce à la diversité forte.
La qualité de vie intérieure consiste à diminuer la vitesse extérieure et intérieure et accroître sa profondeur intérieure. Le terme d’intensité utilisée par certains urbanistes, tel Bidou, manque de clarté concernant la qualité de vie extérieure et plus encore, concernant la qualité de vie intérieure. Dans leur langage, l’intensité signifie densité de la diversité des opportunités extérieures. Or, lorsqu’on utilise le terme d’intensité, on ne sait donc pas trop, s’il s’agit de plus de vitesse extérieure ou intérieure, de qualité ou de quantité d’énergie extérieure ou intérieure, de profondeur intérieure.

De plus, le terme d’intensité entretient une relation sémantique avec le terme de vitesse, or les décroissants, les partisans de la sobriété heureuse cultivent plutôt la lenteur pour accroître la profondeur de leur vie. Car, pour les décroissants, l’intensité s’apparente trop souvent à la superficialité de la vitesse. Ils préfèrent donc la profondeur de la lenteur. Plutôt que d’utiliser le terme d’intensité, nous parlerons d’accroissement de l’énergie matériel, physique, émotionnelle, intellectuelle. Chez les humains, cela correspond à la quantité d’énergie musculaire, émotionnelle et mentale dans un temps donné. Ce terme d’intensité lorsqu’on l’utilise dans le sens de l’intensité intérieure s’avère aussi équivoque, car il peut exprimer une analogie émotionnelle avec la vitesse, la lenteur, la profondeur, l’élévation intérieure ou extérieure.

Au terme d’intensité intérieure, préférons plutôt celui de l’augmentation de la quantité d’énergie et la qualité des émotions (c’est à dire de la profondeur intérieure, des ressentis psychiques) et la qualité des réflexions « intérieures ». L’accroissement de la qualité de la vie ne se limite donc pas uniquement aux opportunités extérieures, au plan de la quantité, de la qualité ou de la densité de la diversité de l’offre sociétale : socioculturelle, professionnelle...

Pour les décroissants, il est possible de vivre une vie profonde intérieurement, dans le cadre de pratiques extérieures relevant de la simplicité (volontaire), c’est à dire, un minimalisme des actions, des activités et des biens, mais, en vivant profondément de petites actions ou de simples relations humaines.

Plutôt qu’un quête de plus d’intensité, la philosophie, la politique de la relocalisation solidaire implique non pas une accélération de la vitesse extérieure, intérieure, de manière superficielle, mais au contraire, une recherche de profondeur ou d’élévation, par plus de lenteur extérieure et intérieure, d’intériorisation, plutôt que d’extériorisation... Car, à l’excès, cette dernière engendre la perte de soi-même dans un mouvement perpétuel, la décentration excessive. A l’inverse, l’excès d’intériorisation, de centralisation sur son intériorité, peut pousser à la misanthropie, à l’égoïsme au nombrilisme, à l’ethnocentrisme. Cependant, entre ces deux accès, actuellement, la civilisation occidentale urbaine en particulier, sombre vers les excès de l’extériorisation et de la vitesse extérieure. Il y a donc un équilibre à retrouver. Or, pour l’instant, le capitalisme nous pousse vers l’excès d’extériorisation, l’ubris, c’est à dire, la démesure...

Depuis les années 1970, les cours de yoga s’inscrivent dans cette quête d’intériorisation et se développent régulièrement. Les pratiquants cherchent plus de relaxation, de souplesse, de bien être physique et psychologique. Cela a conduit à la création d’une activité de « pleine conscience » par le psychiatre, Christophe André, à l’hôpital public Sainte-Anne à Paris en 20062. Depuis, cette activité a connu un succès rapide et grandissant. Elle s’est étendue à d’autres secteurs de la santé publique et privée, puis, au secteur associatif. Cet engouement manifeste le besoin des citadins de se recentrer, de s’approfondir intérieurement, en accroissant leur conscience d’eux-mêmes.

L’écologie sociale urbaine suppose aussi de prendre en compte les critères socio-économiques. Cela suppose d’ajouter aux objectifs écologiques, tel que les zones végétales, un grand nombre d’autres critères plus classiques de l’urbanisme et du développement territorial, que sont les dimensions sociales, économiques, logistiques... Au plan social, afin d’éviter la ghettoïsation des plus pauvres et les tensions que cela génère, il faut notamment éviter de créer des coupures trop fortes entre les quartiers, veiller à maintenir la mixité sociale, limiter les temps de transports et améliorer la qualité des logements des plus pauvres, maintenir des services de proximité, assurer des transports en commun accessibles (voire gratuits). Au plan logistique, il faut privilégier les transports en commun, afin d’éviter d’accroître trop le nombre de routes afin de fluidifier la trafic. Car l’effet pervers que cela engendre, c’est que le nombre de véhicule augmente, ce qui vient ensuite saturer ces nouvelles voies. Il faut alors en construire de nouvelles, hors de la surface s’avère limitée pour cela dans les villes.

En résumé, la qualité de vie relève des 5 secteurs principaux, qui président aux sociétés : l’environnement, la culture, le social, l’économie et la gouvernementalité (la démocratie). La qualité de vie suppose donc d’équilibrer ces 5 secteurs sociétaux concernant chacun des critères de qualité de vie : la quantité et la qualité des opportunités extérieures la densité de diversité de la vitesse extérieure (ni trop lente, ni trop rapide), de la surface de la ville, de la quantité d’habitants, de la densité des habitants au km², de la puissance (économique, culturelle, sociale...) mais aussi, d’un minimum d’égalité socio-économique, démocratique, écologique... A quoi, il s’avère nécessaire d’ajouter le développement de la qualité de vie intérieure, c’est à dire, de la profondeur, de la lenteur, de l’introspection...

Il faut donc distinguer la quantité d’énergie intérieure, la profondeur (la qualité intérieure), la vitesse extérieure (rapide ou lente, qui se calcule par rapport à une quantité (de volume ou de distance) parcourue dans un temps donné) et la densité de la diversité des opportunités extérieures (dénommées improprement « intensité » par Bidou).

Il y a donc la qualité de vie qui relève de l’environnement : la qualité et la quantité des espaces verts, mais aussi, la soutenabilité écologique ( avec notamment une faible émission de CO² et une faible consommation d’énergie). Il y a aussi la qualité de vie socio-économique, la quantité, la qualité, la diversité, la densité de diversité des offres d’emplois, des aides sociales, des relations possibles....Il y a la qualité de vie culturelle : les loisirs, les spectacles, l’éducation, les médias... La qualité de vie relève aussi de la qualité de la beauté, mais aussi, de la quantité de beauté disponible. Le critère de la beauté s’inscrit dans les 5 secteurs sociétaux, mais, dans le cadre de la relocalisation, il porte plus particulièrement sur l’architecture et l’urbanisme. Enfin, il y a aussi la qualité de vie démocratique, qui permet de gérer démocratiquement les 4 autres secteurs de la qualité de vie communale dans les villes et les villages. C’est donc la combinaison harmonieuse et spécifique entre ces différents critères et secteurs qui confère une qualité de vie forte et spécifique à une commune.

Dr Thierry Brugvin
Sociologue
Thierry.brugvin@gmail.com

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