LIBYE : Guerre du pétrole en vue entre les frères ennemis du chaos libyen

La compagnie nationale de pétrole (NOC) basée à Tripoli a fustigé, mardi, 26 juin, la décision de l'homme fort de l'Est libyen, le maréchal, Khalifa Haftar, de remettre les principaux terminaux pétroliers du pays aux autorités parallèles, en soulignant que toute exportation de leur part serait "illégale". Ce dernier a annoncé, lundi, 25 juin, que les installations pétrolières sous contrôle de ses forces en Libye seraient, désormais, gérées par les autorités parallèles, basées dans l'Est du pays et hostiles au gouvernement reconnu par la communauté internationale. Il s'agit du gouvernement dirigé par le premier ministre Sarraj.

A titre de rappel, la Libye est dirigée par deux autorités rivales : le Gouvernement d'union nationale (GNA) basé à Tripoli et un cabinet parallèle installé dans l'Est et soutenu par l'"Armée nationale libyenne" (ANL), force paramilitaire dirigée par le maréchal, Khalifa Haftar, homme fort de l'Est du pays ( notre photo montrant les frères ennemis du chaos libyen qui font la pluie et le beau temps dans ce qui reste de ce pays). Chacun dispose de sa banque centrale, de sa "compagnie nationale" de pétrole (NOC) et de son agence de presse officielle.

"Toutes les installations pétrolières sécurisées par l'ANL sont remises à la Compagnie nationale de pétrole issue du gouvernement provisoire (de l'Est) et présidée par Faraj al-Hassi", a déclaré le général, Ahmed al-Mesmari, qui lisait une décision du maréchal Haftar.

L'ANL contrôle, notamment, les quatre terminaux pétroliers du Croissant pétrolier (Nord-Est), en plus du port de Hariga à Tobrouk, près de la frontière égyptienne, par lesquels l'essentiel du pétrole libyen est acheminé vers l'étranger.

Porte-parole de l'ANL, le général, Ahmed al-Mesmari, a précisé, par ailleurs, que les revenus du pétrole seraient, désormais, gérés par le gouvernement parallèle basé dans l'Est.

"Aucun pétrolier ne sera autorisé à accoster dans les ports de l'Est sans la permission de la NOC" basée à Benghazi, a-t-il dit.

M. Mesmari n'a pas précisé si les autorités de l'Est avaient trouvé des acheteurs potentiels.

"Les ventes seront très difficiles", a estimé Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye, en ajoutant cependant que "tout était possible" si des pays qui soutiennent M. Haftar comme les Emirats arabes unis se tiennent à ses côtés.

"En avril 2016, la Cyrénaïque (région Est) avait tenté de court-circuiter Tripoli et vendre 300.000 barils indépendamment --- en vain. Le représentant libyen à l'ONU et le Conseil de sécurité avaient fait stopper le cargo", rappelle-t-il.

Selon M. Mesmari, les "groupes armés rivaux sont financés par les revenus du pétrole". Il fait allusion aux forces d'Ibrahim Jadhran qui ont attaqué le 14 juin les terminaux de Ras Lanouf et d’al-Sedra.

Ces deux principaux sites pétroliers du Nord-Est libyen ont été, récemment, reconquis par les forces du maréchal Haftar.

M. Jadhran commandait les Gardes des installations pétrolières (GIP) chargés de la sécurité du Croissant pétrolier. Il avait réussi à bloquer les exportations de pétrole de cette région pendant deux ans avant d'en être chassé en 2016 par l'ANL.

Le maréchal Haftar avait remis en 2016 la gestion de ces installations à la NOC basée à Tripoli, après des efforts pour l'unification des deux compagnies.

Jusqu'ici, les installations pétrolières étaient gérées par la NOC basée à Tripoli, dépendante du GNA et présidée par Mustafa Sanallah qui a représenté la Libye, en juin, à la réunion de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep).

La NOC avait annoncé le 14 juin la suspension de ses opérations dans le Croissant pétrolier en raison des violences et avait mis en garde contre des milliards de dollars de pertes. La production de pétrole, qui était de plus d'un million de barils par jour, a ainsi été réduite de 450.000 b/j.

Dimanche, 24 juin, la NOC de Tripoli avait indiqué avoir dépêché une mission à Ras Lanouf pour évaluer les dégâts et décider d'une reprise des opérations, selon le site de la compagnie.

Pour M. Harchaoui, la décision de M. Haftar "est une surprise".

"Il y a quelques jours seulement, Haftar tentait de parler comme une figure nationale, soucieuse de respecter son engagement auprès de l'Elysée (à Paris fin mai) en vue d'organiser des élections paisibles d'ici le 10 décembre 2018".

"Aujourd'hui, nous assistons à l'inverse. Haftar montre le visage d'un leader qui ne parvient pas à s'imposer comme une réalité politique ou militaire en dehors de la Cyrénaïque, en disant explicitement vouloir briser pour la première fois la centralisation des revenus pétroliers à Tripoli".

"Les exportations par des institutions parallèles sont illégales et échoueront comme elles ont échoué par le passé", a, de son côté, clamé, dans un communiqué, Mustafa Sanallah, le patron de la NOC, en réaction à la décision du maréchal Khalifa Haftar.

"Les résolutions du Conseil de sécurité de l'ONU sont très claires : les installations pétrolières, la production et les exportations doivent demeurer sous le contrôle exclusif de la NOC (de Tripoli) et sous la seule supervision du gouvernement d'union nationale" (GNA), reconnu par la communauté internationale.

Le patron de la compagnie nationale libyenne a mis la communauté internationale et les acteurs du marché pétrolier devant leurs responsabilités.

"Nous sommes confiants que le GNA et nos partenaires internationaux prendront les mesures nécessaires pour bloquer toutes les exportations en violation du droit international", a-t-il avancé.

LA "NOC met en garde les entreprises contre la conclusion de contrats d'achat de pétrole auprès d'institutions parallèles. Ils ne seront pas honorés et la NOC intentera une action en justice contre eux", a ajouté M. Sanallah.

La Libye exporte du pétrole partout dans le monde, en particulier, en Europe. Les Etats-Unis et la Chine figurent, aussi, parmi les clients les plus fidèles.

Quelle chance réelle donner aux menaces de la NOC ?

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