SOMMET DE MALTE : Un dialogue de sourds entre Européens et Africains

Fallait-il faire le déplacement ? Sans doute, oui, car Malte est une jolie petite île, jadis, paradis fiscal, qui cherche à se faire respecter. Sur le fond, le Sommet Afrique/Union européenne des 11 et 12 novembre, ne proposait rien de consistant à mettre sous la dent. Les absents, comme l'Angolais, José Eduardo dos Santos, le Marocain, Mohammed VI, l'Algérien, Abdelaziz Bouteflika, le Camerounais, Paul Biya, l'Equato-Guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, le Togolais, Faure Gnassingbé, et beaucoup d'autres, n'ont rien manqué, en restant, tranquillement, chez eux. La montagne a accouché d'une souris.

En réalité, comme au temps jadis, les Européens, grands maîtres du monde, avaient cru convoquer leurs petits nègres de service, pour leur donner quelques ordres du genre : vos immigrés qui arrivent, chez nous, par dizaines de milliers, tous les jours, nous vous demandons de les garder chez vous. En contrepartie, tenez 1,8 milliard d'euros pour vous aider à les fixer sur place. Non, seulement, une telle somme (dérisoire) est une insulte pour les chefs d'Etat qui, par courtoisie, ont fait le déplacement, mais, elle ne représente rien du tout. A titre de comparaison, le Plan Borloo (dont on ne parle plus) sur l'électrification de l'Afrique réclame 5 milliards d'euros par an, et ce pendant 10 ans, en complément des 200 milliards d'euros, qui devraient être levés sur les marchés de capitaux. Faites le compte et vous trouvez le prix de la moquerie de l'Europe à l'Afrique.

Les grands aînés étant restés chez eux, ce sont les cadets qui se sont retrouvés en première ligne à Malte : le Guinéen, Alpha Condé, l'Ivoirien, Alassane Ouattara, le Gabonais, Ali Bongo Ondimba, le Béninois, Yayi Boni, le Ghanéen, John Dramani Mahama, l'Ethiopien, Hailémariam Desalegn, et quelques autres.

Prenant la parole en leur nom, le président du Sénégal, Macky Sall, très courtoisement, a, tout simplement, au nom de l'Afrique, décliné l'offre de centres de rétention dont l'Europe demandait la construction, avec insistance, dans les pays de transit. C'est contre les principes de libre circulation dans la CEDEAO et partout ailleurs en Afrique, a indiqué le président sénégalais.

Enfonçant le clou, la présidente de la Commission de l'Union africaine, Xhosazana Dlamini Zuma, a rappelé que l'Afrique, dans un passé pas très lointain, avait su accueillir les Européens qui étaient chassés de l'Europe pour différents motifs, pour qu'ils s'implantent là où ils voulaient en Afrique. Cela n'avait jamais causé de problème. Et qu'il fallait savoir se souvenir de ce passé car la vie est semblable à une roue qui tourne.

Le Sommet parti sur une base aussi mauvaise, le vrai sujet a été éludé, comme on pouvait s'y atteindre : la mal gouvernance (dans certains pays) comme principale cause de l'immigration. Cela se voit, au Soudan, en Erythrée, mais aussi, dans des pays comme le Congo-Brazzaville où la venue du président, Denis Sassou Nguesso, à Paris, à la COP 21, pourrait donner lieu à de sérieux troubles. L'Elysée n'a qu'à se préparer à bien le protéger car la diaspora voudrait rendre son séjour le plus désagréable possible au regard du calvaire qu'il fait endurer au peuple congolais. La diaspora congolaise lui en veut d'autant plus qu'il est, directement, accusé d'avoir voulu assassiner, mardi, 10 novembre, en région parisienne, le colonel, Ferdinand Mbaou, ancien chef de la sécurité de l'ancien président, Pascal Lissouba, qui fut chassé du pouvoir, en octobre 1997, par un sanglant coup d'état militaire perpétré par Denis Sassou Nguesso.

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