Economie

Deux mentions « BIEN » à Mahamadou Issoufou, qui vient de prendre, successivement, deux très bonnes décisions, ces derniers mois. Première bonne décision : sa détermination pour qu'une monnaie unique de l'Afrique de l'Ouest soit mise en circulation, au sein de la CEDEAO, en 2020, en lieu et place des monnaies actuelles. Les pays en retard prendront le train en marche. Le F CFA que le Niger utilise comme monnaie céderait, donc, sa place à cette future monnaie de la CEDEAO pour laquelle le président de Côte d'Ivoire, Alassane Ouattara, dit que son pays, dès 2019, respectera les critères de convergence exigés pour l'adopter. Deuxième bonne décision : après la construction par la Chine d'un hôpital de 500 lits, dernier cri, le plus moderne de la sous-région ouest-africaine, ministres et dignitaires du pays, sont, désormais, interdits d'aller se soigner, hors du pays, aux frais de l'Etat.

On savait depuis l'année dernière que le président du Cameroun, Paul Biya, était invité par son homologue, Xi Jinping, à effectuer une visite d'Etat, en Chine, au courant du premier trimestre 2018. Cette rumeur est devenue effective avec le départ, dimanche, 18 mars, de Yaoundé, du couple présidentiel. Celui-ci sera accompagné d'une forte délégation de ministres et d'officiels, et ralliera Beijing, mercredi, 21 mars.

Les Etats-Unis sont accusés de double langage. Quand il s'agit des pays d'Asie, grands importateurs eux aussi de l'ivoire d'Afrique, ils accusent. Pourtant, ils se livrent, exactement, aux mêmes pratiques, avec un peu plus de finesse. Le président du Botswana s'insurge contre un tel comportement et les dénonce de manière frontale.

La South African Airways (SAA), la compagnie aérienne sud-africaine, traverse une très mauvaise passe au point qu'elle est menacée de disparition. Présidée ces dernières années par Dudu Myeni, une très très proche de l'ancien président, Jacob Zuma, la SAA était gérée comme l'Etat sud-africain, c'est-à-dire, à coups de malversations financières que dénonce, aujourd'hui, l'auditeur général, Kimi Makwetu. Si elle n'a pas mis la clé sous le paillasson, c'est parce qu'avec le soutien de l'ancien chef de l'Etat, elle recevait, régulièrement, des subsides du ministère des Finances, qui lui permettaient de maintenir la tête hors de l'eau. Aujourd'hui, sa remise en bon état de fonctionnement est une urgence absolue pour le nouveau président, Cyril Ramaphosa. Il y va de la réputation du pays car on ne comprendrait pas que l'Afrique du Sud, membre des BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), pays émergent par excellence, ne compte pas une compagnie aérienne digne de ce nom pour faciliter les échanges.

Le Gabon a rompu, unilatéralement, le contrat qui le liait à la multinationale française, Véolia, en ce qui concerne la fourniture d'eau et d'électricité sur toute l'étendue du territoire. Cette rupture est due à une très longue exaspération de l'Etat et des consommateurs gabonais, qui étaient, tout le temps, en colère à cause des coupures intempestives d'eau et d'électricité de la SEEG, filiale locale de Véolia. En 21 ans de collaboration, Véolia n'a pas pu mettre le niveau de son service au Gabon aux normes en vigueur en la matière : jamais d'eau 24h/24 ; jamais d'électricité 24h/24. Le Gabon étant un pays souverain, il a fini, après tant de mécontentement de sa population, à tirer les conséquences en prenant la décision qui s'imposait : la rupture. Sur ce, Véolia a couru se plaindre à la Banque mondiale où un organe de conciliation existe pour régler ce genre de différend. En attendant d'y voir clair dans les griefs qui sont faits à l'endroit de l'Etat du Gabon, on peut se demander si c'est la Banque mondiale qui avait demandé à Véolia de ne pas respecter son cahier de charges ?

Le nouveau code minier, qui pourrait, fortement, taxer le cobalt, sera bien promulgué en République démocratique du Congo (RDC). Le président, Joseph Kabila, a promis un "dialogue constructif" avec les multinationales dont il a reçu les représentants, ce jeudi, 8 mars, et qui s'inquiètent de la nouvelle hausse des taxes.

Muhammadu Buhari s'est fait élire en 2015 en promettant aux Nigérians de vaincre la secte terroriste, Boko Haram, et d'éradiquer la corruption sur l'ensemble du territoire. Trois ans, plus tard, alors qu'il est candidat à sa propre succession à la présidentielle de 2019, il n'en est rien. Comme en 2014 quand elle a fait le rapt des 276 lycéennes de Chibok, cette secte a récidivé, le mois dernier, cette fois, à Dapchi, toujours dans le Nord-Est, en faisant un autre rapt de collégiens, à la barbe de l'armée et de la police nigérianes. Après avoir nié pendant six jours, Muhammadu Buhari, lui-même, a pris la parole pour demander « Pardon » aux parents des 110 collégiennes enlevées et conduites vers une destination inconnue. L'échec de Buhari dans sa lutte contre Boko Haram ne se commente plus. Il se constate. D'où sa hargne en s'attaquant, maintenant, à la pieuvre, cette corruption qui n'a ni queue ni tête, espérant obtenir des résultats probants de ce côté. Il a fait comparaître, ce lundi, 5 mars, les compagnies pétrolières Eni et Shell pour des faits de corruption patents. La semaine dernière, ce sont deux résidences de Diezani Alison-Madueka, ancienne ministre du Pétrole du président, Goodluck Jonathan, qui ont été saisies pour le compte de l'Etat. Mais, à cause d'une surcharge de travail des juges, le procès a été reporté au 14 mai prochain.

Le général-président, Joao Lourenço, se veut intraitable. Il ne fait de cadeau à personne depuis qu'il est aux affaires. Encore moins aux enfants de son illustre prédécesseur qui lui a cédé le pouvoir, José Eduardo dos Santos. Personne n'étant épargné dans son opération Mains Propres d'un genre nouveau qu'il a entreprise pour lutter contre la corruption, la justice a ouvert, vendredi, 2 mars, une enquête sur de possibles détournements de fonds à la compagnie pétrolière nationale, Sonangol, lorsqu'elle était dirigée par Isabel dos Santos, la fille de l'ex-président de la République. D'autre part, Joao Lourenço a donné « six mois » (pas plus) aux membres de la nomenklatura qui auraient caché les fonds à l'étranger de vite les rapatrier. Comme quoi, ça chauffe, vraiment, en Angola.

La Côte d'Ivoire veut mobiliser la somme de 1,2 milliard de dollars (environ 600 milliards de F CFA), sur le marché international des capitaux. Objectif : financer son budget 2018 estimé à 6.756 milliards de F CFA, soit, près de 11 milliards de dollars. Le budget de cette année est financé à près de 50% par les emprunts et apports extérieurs. Le président, Alassane Ouattara, veut doter la Côte d'Ivoire d'infrastructures pour lui permettre de devenir émergente vers 2020, comme il a, toujours, annoncé. D'où cet endettement somme toute maîtrisé.

Camarade Bob l'a fait au Zimbabwe et le ciel lui est tombé dessus parce que la Grande Bretagne qui devait participer au financement de ces expropriations des terres avait, finalement, fait faux bond. L'économie du Zimbabwe en a beaucoup souffert. En Afrique du Sud, l'ancien président, Jacob Zuma, avait évité de résoudre cette question qui se pose de la même manière qu'au Zimbabwe. Il vient de quitter le pouvoir sans l'avoir même effleurée. Son successeur, Cyril Ramaphosa, en fait une de ses priorités. A un an de l'élection présidentielle à laquelle il est candidat. Réussira-t-il ce processus sans heurt ?

L'Etat gabonais ne se laisse plus faire. Loin de se faire intimider par quelques menaces verbales des dirigeants du groupe français, Véolia, le porte-parole du gouvernement gabonais, Alain Claude Bilie By Nze, n'a pas manqué d'accuser, ce mardi, 27 février, l'entreprise française de pollution sur son sol, sur plusieurs sites d'exploitation qui étaient mis à sa disposition. Un vrai complot contre l'environnement qui aurait pu faire pâlir de colère Nicolas Hulot, le ministre français de la Transition écologique et solidaire, si de telles pratiques anti-écologiques étaient effectuées sur le sol français. C'est donc l'ensemble de ces griefs, y compris, le ras le bol des usagers face aux interminables coupures d'eau et d'électricité, qui ont contraint l'Etat à résilier, de façon unilatérale, le 16 février, sa convention avec cette multinationale dont les prestations ne souffrent d'aucun manquement dans d'autres pays où elle officie dont la France. Les Gabonais voulaient, juste, le même traitement, mais, celui-ci n'a, jamais, été à la hauteur depuis 21 ans. Malgré 1.000 milliards de F CFA (1,5 milliard d'euros) d'investissements. L'Etat a mis du temps avant de taper du poing sur la table. Un temps, anormalement, long qui a fait croire aux dirigeants de Véolia que le Gabon était, rigoureusement, incapable de prendre le moindre acte de souveraineté les concernant. Bien que son indépendance en tant qu'Etat ayant son destin en main fut mise en cause. Une erreur plus que fatale !

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a entamé, lundi, 26 février, en Algérie, une nouvelle tournée en Afrique, qui doit le mener, ensuite, dans trois autres pays (Mauritanie, Sénégal et Mali) où Ankara s'efforce, depuis plusieurs années, d'accroître son influence et des opportunités d'affaires, en tant que pays émergent. A un moment où l'islamisme gagne du terrain dans le Sahel, le responsable mondial des Frères musulmans ne manquera pas d'aborder cette question, notamment, en Mauritanie et au Mali, qui sont deux pays, qui en souffrent, d'où la constitution, avec l'aide de la France, de la Force militaire du G5 Sahel dont l'objectif est de combattre son expansion.

Tant pis pour les oiseaux de mauvais augure. Ceux qui renvoyaient le projet de création d'une monnaie commune à tous les pays de la CEDEAO aux calendes grecques en ont pour leur grade. Le 21 février, à Accra, la création de cette monnaie a été entérinée. Le processus se fera à plusieurs vitesses. Les pays qui seront prêts l'adopteront immédiatement. Ceux qui ne le seront pas attendront d'être prêts avant de rejoindre le train en marche. Cela voudrait dire qu'en 2020, le F CFA devra mourir de sa propre mort dans les pays membres qui auront rejoint la monnaie de la CEDEAO.

Depuis qu'il est arrivé au pouvoir, en 2017, en battant, régulièrement, John Dramani Mahama, qui voulait obtenir un deuxième et dernier mandat, Nana Akufo-Addo ne cesse de surprendre. D'autre part, il jouit d'un énorme crédit à l'international au point où Emmanuel Macron lui a rendu visite, début décembre 2017, à Accra, tandis que l'opposition togolaise vient de le plébisciter pour être le facilitateur du dialogue intertogolais. Pourtant, il ne vient que d'arriver au pouvoir. Dans un élan réformiste, il a investi vendredi, 23 février, un "procureur spécial" chargé de mener la lutte contre la corruption. Cité en exemple pour sa bonne gouvernance, le Ghana a reculé de 7 points, en deux ans, dans le récent classement de Transparency International. Le président Akufo-Addo entend éradiquer la corruption en mettant les petits plats dans les grands.

Le président, Ali Bongo Ondimba, et son gouvernement, ont fait acte de courage en mettant fin au contrat léonin qui liait le Gabon à Véolia. Alors que certains ténors de l'opposition cherchent, au contraire, à soumettre, encore plus, le Gabon à l'ancienne puissance colonisatrice, le président, Ali Bongo Ondimba, lui, privilégie le mieux-disant économique et financier pour son pays. C'est le sens que les Gabonais doivent donner à la rupture de la Convention avec Véolia que vient d'opérer le ministre de l'Eau et de l'Energie, Patrick Eyogo Edzang. C'est une posture (pas de facilité) qui permet au Gabon de mieux s'assumer. Personne ne peut le lui reprocher d'autant plus que les consommateurs d'eau et d'électricité du Gabon, souffrent, dans leur chair, depuis 21 ans de l'inapplication du cahier des charges confié à Véolia (ex-Générale des eaux). Les Gabonais doivent soutenir leur gouvernement qui vient de poser un acte de rupture avec la Françafrique. La direction générale de la SEEG a été confiée, le 19 février, à Marcelin Massila Akendengué, pour une durée d'un an. Le chien aboie la caravane passe.

La SEEG (Société d'eau et d'énergie du Gabon), filiale du groupe français Véolia, ne semble pas vivre sur la même terre que les consommateurs d'eau et d'électricité du Gabon. Sinon, elle aurait pris, sans demander son reste, la poudre d'escampette à cause de son incapacité à respecter son cahier des charges. Que de coupures d'eau, que de délestages électriques avec sa cohorte de matériels électro-ménagers abîmés et que personne à la SEEG n'a, jamais, voulu indemniser. Ca fait exactement 21 ans que les Gabonais souffrent. N'y a-t-il pas une fin pour chaque chose ? Même quand on est colonisés comme les usagers d'eau et d'électricité du Gabon ? Au lieu que Véolia rase les murs, son service au Gabon étant indigne de celui d'une grande entreprise française du CAC 40, elle ose dénoncer, parce que c'est le Gabon, un champ où on a l'habitude de récolter même ce qu'on n'a pas semé. On préfère regretter « une action brutale menée en dehors de toute règle de droit » alors que la dégradation de la qualité des services de Véolia devenait inacceptable. Au final, la prorogation du contrat de 5 ans de Véolia, à la demande de l'ancien président, François Hollande, n'a, absolument, pas influencé la qualité de service de cette société dont on avait souhaité que ses performances au Gabon soient à la hauteur de sa réputation en France où elle donne pleine satisfaction à ses nombreux clients. Mais, on l'aura compris : le Gabon n'est pas la France.

Pour le gouvernement, cette rupture est plus que souhaitable, le groupe français n'ayant, vraiment, pas été à la hauteur. Le problème, ici, est technique, et non politique. Il n'est pas question d'aimer ou de haïr la France ou une de ses entreprises. La réalité est simple : l'eau est une denrée rare à Libreville. Quant aux coupures électriques, elles sont monnaie courante. La question mérite, alors, d'être posée : A quoi a servi la concession de 20 ans accordée à la SEEG (Société d'énergie et d'eau du Gabon), filiale du groupe français Véolia ? Rien qu'à pomper les bénéfices, répondent en choeur les Librevillois, pour qui ce problème n'est ni celui de l'opposition, ni de la majorité, mais, des Gabonais tout court. Pourtant, la concession allouée à Véolia (Générale des eaux avant) avait pour but de faire du Gabon un eldorado en Afrique centrale où les pays limitrophes pouvaient se ravitailler pour combler leur déficit. Le patriarche, comme toujours, en visionnaire, avait vu les choses en grand. Mais ses partenaires français, mais aussi, ses collaborateurs, l'ont roulé dans la farine. A qui la faute ? C'est plutôt à un spectacle ahurissant des mamans librevilloises portant des bonbonnes d'eau sur la tête, les robinets des maisons étant à sec, auquel le Gabon se livre, de temps en temps. Un triste spectacle quand le pays s'appelle « Gabon ». Mieux vaut tard que jamais ! Cette rupture engage les Gabonais à prendre (enfin) leur destin, dans ce domaine, en main. En attendant d'autres domaines. Un mal pour un bien.

C'est une décision historique, pleine de symbolique que le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, vient de prendre : refuser de souscrire un nouvel emprunt du Fonds Monétaire International (FMI), s'appuyant sur la rapide croissance que devrait connaître le Ghana cette année.

Le président namibien, Hage Geingob, est l'un des chefs d'Etat d'Afrique à savoir attraper le taureau par les cornes. Au lieu de disserter (à longueur de journée) sur la crise et les moyens de la juguler, comme ailleurs, chez ses homologues, il a, décrété, ce mercredi, 31 janvier, la fin des missions des ministres à l'étranger, cause de grosses dépenses dans le budget de l'Etat. Désormais, les ministres travailleront avec leur téléphone, par vidéoconférence, par internet, et non, en prenant la classe affaires des avions de ligne. Lui-même montre l'exemple en prenant, désormais, des vols commerciaux.

Idriss Déby Itno, général 5 étoiles de son état, ne sait plus à quel saint se vouer, depuis qu'il a constaté que chaque « chèvre broute où elle est attachée ». Autrement dit, chaque Tchadien mange là où il peut. Alors que les revenus pétroliers (mauvaise gestion habituelle aidant) ont fondu comme neige au soleil, le sultan ne sachant plus où donner de la tête (alors que le coercitif programme signé avec le FMI suit son cours), a, tout simplement, créé un numéro vert pour encourager la délation. Ce qui fait courir le risque de la multiplication de cas de dénonciations sans preuve. Le sultan serait-il aux abois ?