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AMIR ABDOU (Coach des Comores) : « Nous avons encore une belle marge de progression »

Commencée le 21 juin, la Coupe d'Afrique des nations (CAN) 2019 se jouera, en Egypte, jusqu'au 19 juillet. Les Coelacanthes (équipe nationale de football des Comores) n'y sont pas. Ils ambitionnent de participer au rendez-vous de la CAN 21 qu'aura à organiser le pays des Lions indomptables, en juin-juillet 2021. Amir Abdou, leur sélectionneur y travaille déjà, fortement, soutenu par le gouvernement et les Comoriens, mais pas encore (chose bizarre) par la Fédération comorienne de football. Cette interview lui permet de donner son sentiment sur cette équipe qu'il porte haut et qui est loin d'avoir atteint son niveau réel, selon sa propre expression.

Afrique Education : Le TAS (Tribunal arbitral du sport) a jugé la requête de la Fédération comorienne de football (FFC) irrecevable. Que pensez-vous de ce jugement ? Selon vous,

Amir Abdou : Bien évidemment, nous ne sommes pas d'accord sur la lecture des événements, mais nous nous soumettons à la décision rendue. Tout d'abord, il est important de préciser que nous contestons une décision de la CAF (Confédération africaine de football) et le Cameroun se trouvait, malheureusement, « partie prenante » de cette décision. La FFC contestait la décision de la CAF de ne pas disqualifier le Cameroun des éliminatoires de la CAN 2019 (Coupe d'Afrique des nations 2019), malgré la perte de son statut de pays hôte de l'épreuve. Alors que l'article 92.3 prévoit de suspendre pour deux ans, un pays qui se voit retirer l'organisation (ou renonce à celle-ci).

Afrique Education : Selon vous, qu'est-ce qui a motivé l'irrecevabilité de votre requête par le TAS ?

Amir Abdou : Toute action de justice repose sur une interprétation des textes et une « lecture » des arguments apportés par les avocats des deux parties. L'argument principal de la CAF était de dire qu'au regard du classement final des Comores dans leur poule, les Comores n'avaient pas d'intérêt sportif digne de protection puisque nous ne pouvions pas être qualifiés (C'est le Malawi sorti troisième de la poule qui aurait profité de cette situation, ndlr). Ils ont donc jugé irrecevables nos demandes sans prendre en compte la genèse (timing des décisions). Nous ne faisions pas le poids face au Cameroun. Il y avait trop d'intérêts en jeu...

Afrique Education : Vous êtes un sélectionneur qui a sorti l'équipe nationale de football des Comores de son anonymat. Le président de la République dans une interview à Afrique Education a d'ailleurs eu à vous féliciter pour votre travail. Que ressentez-vous que le président de la République et les Comoriens, en général, au vu de ce que j'ai pu constater à Moroni, vous soutienne énormément ?

Amir Abdou : C'est tout d'abord une très grande fierté d'être sélectionneur pour son pays ! je suis effectivement particulièrement touché par le soutien du peuple Comorien, chaque match joué au pays est très émouvant à vivre. De plus, je suis très honoré de bénéficier du soutien et de la reconnaissance du chef de l'Etat, ce dernier étant passionné de football il est en mesure de se rendre compte du chemin parcouru ! Je suis investi d'une mission et je me réjouis pour le peuple comorien que le football comorien soit sorti de l'anonymat aujourd'hui et que les nations africaines soient capables de nous identifier.

Afrique Education : Avez-vous le même soutien des joueurs ? Qu'en est-il de la Fédération ?

Amir Abdou : Concernant les joueurs, j'ai toujours eu un soutien de leur part, ils sont parfaitement conscients du travail réalisé, j'ai d'ailleurs été cherché chacun des joueurs qui soutenait effectivement le projet sportif que j'ai mis en avant à chaque fois. Concernant la Fédération, je travaille à distance, ce qui ne facilite pas toujours la communication au quotidien. Je pense que nous avons encore de nombreux axes d'amélioration tant sur la planification que sur le reporting, ou encore, sur les aspects logistiques qui restent parfois hasardeux.

Afrique Education : De manière concrète, que reprochez-vous à votre Fédération de football et de la même manière, que vous reproche la Fédération ?

Amir Abdou : A ce jour, les relations sont distendues et je souffre d'un manque de communication de la part de la Fédération, qui se préoccupe assez peu des projets qui lui sont soumis. J'ai fait de nombreuses propositions restées sans réponse et je suis souvent soumis à un certain immobilisme. La plupart des décisions sont prises tardivement, ce qui nuit à un fonctionnement optimal. Je n'ai pas eu de griefs formulés de la part de la Fédération en particulier, rien ne m'a été reproché directement.

Afrique Education : La Fédération souhaiterait recruter un sélectionneur non comorien, non africain, un choix auquel n'adhèrent pas les Comoriens. Pourquoi cette option de votre Fédération ? Est-ce parce que vous ne seriez pas suffisamment compétent à ses yeux ?

Amir Abdou : J'ai assez peu d'informations à ce sujet et je ne suis pas le mieux placé pour apporter un éclairage sur la question. Il semble logique que les Comoriens soutiennent un enfant du pays qui possède les compétences nécessaires. Dans bon nombre de pays, les sélectionneurs sont natifs de la sélection dont ils ont la charge. Il n'est pas question d'un manque de compétences à ce jour, il est à mon sens question, peut-être, d'une vision différente des choses.

Afrique Education : Votre contrat de sélectionneur a pris fin le 31 mai, mais, aucun doute pour sa prolongation. Quels sont vos objectifs pour que l'équipe des Comores soit présente à la CAN 21 ?

Amir Abdou : L'objectif premier est de planifier davantage afin d'aborder chaque échéance sereinement en étant bien préparés et en cessant de travailler dans l'urgence. La sélection s'est beaucoup professionnalisée depuis mon arrivée, mais nous avons encore une belle marge de progression et j'ai déjà de nombreuses idées sur les axes prioritaires. Il n'y a plus qu'à !

Afrique Education : Que faites-vous entre deux matchs ? Comment vous occupez-vous ?

Amir Abdou : Entre deux matchs, je suis et supervise les joueurs en activité (visionnage de vidéo, travaille de documentation, voyage aux Comores, conférences) ; je suis en relation avec des agents afin de dénicher de nouveaux talents. J'entretiens d'étroites relations avec le directeur sportif au sujet des joueurs.
Le football comorien est en plein développement, il va falloir se remonter les manches et continuer à travailler pour pouvoir participer aux prochaines éditions de grandes compétitions continentales. Je sais d'où nous venons mais jusqu'où pouvons-nous aller... les années à venir nous le diront (sur notre photo, les Coelacanthes des Comores qui avaient failli faire mordre la poussière aux Lions indomptables (champions d'Afrique) le 8 septembre 2018 à Mitsamiaouli. Score final : 1-1). .

Propos recueillis par
Jean Paul Tédga

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