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FRANCE : La loi anti-fessée en passe d'être définitivement adoptée au parlement

La fessée va-t-elle être interdite pour de bon en France ? Le parlement doit adopter, définitivement, mardi, 2 juillet, par un ultime vote du Sénat, une proposition de loi, déjà, votée par l'Assemblée nationale visant à interdire les "violences éducatives ordinaires". Il s'agit d'inscrire dans le Code civil, à l'article lu à la mairie lors des mariages, que "l'autorité parentale s'exerce sans violences physiques ou psychologiques". On est à des années lumière avec le type d'éducation qui a cours en Afrique où la chicotte (la fessée) fait partie intégrante du corpus qui fait d'un enfant un futur adulte responsable dans son environnement.

Les parlementaires français n'ont, certainement, pas lu le célèbre essai de l'écrivain sénégalais, Cheikh Amidou Kane, « L'aventure ambiguë », où l'éducation réussie d'un enfant ne pouvait être possible qu'en tuant son corps au profit de son esprit. Autrement dit, les souffrances corporelles que l'enfant endure dans les enseignements qu'on lui prodigue, l'aident à l'élever spirituellement et moralement. C'est une mystique d'un autre temps pour les députés et sénateurs français dont les ancêtres, ces « chers » gaullois, qui, pour ponctionner au maximum les ressources dans les colonies, s'adonnaient, libre cours, à des bastonnades dans le but d'obtenir des nègres des résultats beaucoup plus importants. On peut, donc, dire d'une certaine manière que, toutes choses égales par ailleurs, cette forme d'éducation (si on peu utiliser ce terme) a, aussi, été héritée de la colonisation. Sauf qu'en Afrique, elle épouse nos valeurs culturelles qui ne la prohibent nullement, sauf à vouloir se moderniser. Mais quand ce débat est mis sur la table, il fait long feu car les partisans de la fessée à l'école sont, encore, légion dans les pays africains.

En France, la portée du texte reste, néanmoins, largement, symbolique : il ne prévoit pas de nouvelles sanctions pénales, car elles existent déjà.

Le texte du MoDem (parti présidé par François Bayrou, ministre de l'Education nationale de 1993 à 1997) avait été adopté en première lecture à l'Assemblée, fin novembre, par 51 voix contre 1 et trois abstentions.

En 2002, lors d'un meeting, à Strasbourg, François Bayrou s'était, particulièrement, distingué en giflant un élève, qui cherchait à lui faire les poches. Son geste avait été salué par la majorité de l'opinion française. Si ce texte proposé par le parti Modem est soutenu par son allié, La République en marche d'Emmanuel Macron, il a, tout simplement, été jugé « ridicule » par les Républicains (parti de Chirac et de Sarkozy), mais aussi, par celui de Marine Le Pen. Autant dire que même en France, la fessée à l'école est un sujet qui divise profondément.

En commission, les sénateurs ont adopté le texte, à l'unanimité, et sans modifications.

L'adoption n'est qu'une formalité, puisque le Sénat à majorité de droite avait, déjà, adopté en mars, en première lecture, une proposition de loi reprenant la même formule, portée par l'ex-ministre socialiste des Familles Laurence Rossignol.

"Ca a été long, on a perdu beaucoup de temps", a commenté la sénatrice.

La mesure avait, en effet, déjà, été inscrite dans la loi, "Égalité et citoyenneté", mais, avait été censurée, en janvier 2017, au motif qu'elle était sans rapport avec la loi ("cavalier législatif").

"On arrive au bout et c'est vraiment une bonne chose", s'est, aussi, félicitée la rapporteure à l'Assemblée, Maud Petit (MoDem). "Après, le plus dur va commencer" pour que la loi soit appliquée, a-t-elle ajouté, tout en se disant "profondément convaincue que la population française a, déjà, beaucoup évolué et utilise, déjà, moins les violences éducatives ordinaires".

Selon la Fondation pour l'Enfance, 85% des parents français ont recours à des violences dites éducatives.

La proposition de loi a reçu le soutien sans réserve du gouvernement.

Devant les députés, la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, avait argué qu'"on n'éduque pas par la peur" et que cette violence "prétendument éducative" a des "conséquences désastreuses sur le développement de l'enfant".

"Aucune violence ne sera jamais éducative, aucune violence ne sera jamais ordinaire", avait renchéri, au Sénat, Adrien Taquet, secrétaire d'Etat auprès de la ministre des Solidarités.

Quand elle sera actée, l'interdiction formelle permettra à la France d'être en conformité avec les traités internationaux, alors que le pays a été épinglé, à plusieurs reprises, par les instances internationales.

La France devient, ainsi, le 55e Etat à interdire, totalement, les châtiments corporels, selon l'"Initiative mondiale pour mettre un terme à tous les châtiments corporels sur les enfants", une ONG basée à Londres. La Suède avait légiféré sur le sujet dès 1979.

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