GUINEE : Le président Alpha Condé est-il à son tour devenu dictateur ?

Par un petit coup de sang dont il a le secret, le président de Guinée, Alpha Condé, a mis KO un vice-recteur de l'université, foudroyé par une crise cardiaque, après les propos qu'il a tenus à l'endroit des étudiants. Ce coup de sang du président Alpha Condé, dont les images ont été très largement visionnées, agite encore la Guinée.

Tout commence en ce début de ramadan, dans l'enceinte surchauffée et pleine à craquer de la salle des fêtes du Palais du peuple, à Conakry, à l'ouverture du "Forum de l'étudiant guinéen", le 1er juin.
Mobilisés sur les réseaux sociaux et par SMS, les étudiants sont venus, en masse, pour rappeler à Alpha Condé sa promesse de campagne en 2015, axée sur "les jeunes et les femmes" : "Un étudiant, une tablette".

Dès son arrivée à la tribune (notre photo), en présence de délégations d'une dizaine de pays - Maroc, Inde, Sénégal -, de l'Union africaine et des ambassadeurs accrédités en Guinée, il est accueilli par une salve de cris de revendication : "Tablettes, tablettes, tablettes!".

D'abord, surpris, le président Condé réplique sans mâcher ses mots. "Je voudrais d'abord présenter mes excuses du comportement indélicat de ces gens qui ne représentent pas la jeunesse guinéenne", déclare-t-il à l'intention de ses hôtes étrangers. Et de continuer, sans aucune hauteur présidentielle, devant les invités venus d'une dizaine de pays, totalement, médusés : "J'ai été étudiant avant vous, nous avons rendu l'Afrique fière de nous", lance-t-il ensuite aux jeunes. "Vous êtes comme des cabris : +tablettes, tablettes!+", grince-t-il, sautant sur place à pieds joints. "Comme des cabris!".

Et de poursuivre, toute honte bue, son engueulade à l'endroit des étudiants qui n'attendaient que cela, et face à un auditoire de plus en plus déconcerté :"Vous êtes indignes de cela", lance le chef de l'Etat, immédiatement, traité de "malade" par une partie de l'assistance quand il tente d'expliquer les retards dans la réalisation de sa promesse par la situation économique du pays. "Donc, pour le moment, on suspend les tablettes jusqu'à nouvel ordre", finit-il par lâcher, très en colère.

Alpha Condé, jusque là, n'a pas encore vidé tout son sac : "J'ai été syndicaliste étudiant, (...) vous pouvez impressionner vos professeurs ou vos ministres, moi, vous ne m'impressionnez pas. Vous pouvez sauter, crier jusqu'à demain, ça ne me fait ni chaud ni froid", fulmine le super Zoro que rien ne peut plus atteindre, après avoir rappelé, pour ceux qui ont tendance à l'ignorer qu'il est Alpha Condé, dirigeant dans les années 1960-1970 de la Fédération des étudiants d'Afrique noire en France (FEANF). Cette FEANF qui fut la bête noire des régimes africains et qui était, particulièrement, surveillé par Jacques Foccart pour le compte du général de Gaulle et des chefs d'Etat africains.

Dans ce désordre et cette tension indescriptibles, sous le coup de l'émotion, le vice-recteur de l'Université Lansana Conté de Sonfonia, le professeur, Aboubacar Touré, s'effondre et meurt subitement. Sous les yeux d'Alpha Condé. Pris de malaise, à son tour, le recteur de l'Université Gamal Abdel Nasser, est, pour sa part, sauvé de justesse, et finit, la journée dans un lit de l'hôpital Donka de Conakry.

Les esprits se sont calmés depuis, notamment, du côté de la présidence où on est conscient des dégâts. Mais, le conseiller personnel du président de la République, Tibou Kamara, évoque dans une déclaration, une dispute familiale qui dégénère, alimentée par le "dépit amoureux". Une explication très politicienne, un peu trop courte, qui est de nature à jeter de l'huile sur le feu. Il voit dans cette confrontation "un rendez-vous inattendu et passionnel entre des enfants dissipés et décidés à obtenir de leur père un +cadeau+ et celui-ci, déçu que dans une grande famille, certains manquent de retenue en sa présence et devant des invités étrangers".

La semaine dernière, la présidence a annoncé, dans un communiqué, qu'après cette rencontre mouvementée, "le chef de l'Etat, le professeur Alpha Condé, a réuni ses plus proches collaborateurs et le ministre de l'Enseignement supérieur" Yéro Baldé pour "un point exhaustif de la distribution des tablettes dans les universités".

Malgré des retards dus à des contraintes techniques, notamment, l'établissement d'un fichier biométrique des étudiants, l'opération a débuté, il y a plus d'un mois, et "a déjà donné des résultats probants", selon le texte, citant quelque 600 bénéficiaires "à des prix défiant toute concurrence, grâce à une subvention importante consentie par l'Etat".

M. Condé s'est réjoui que la distribution "compte déjà de nombreux bénéficiaires" et a donné des instructions pour "la réussite de cette opération qu'il suit avec une attention particulière", selon le texte.
Selon le ministre de l'Enseignement supérieur, plus de 100.000 étudiants sont inscrits dans les universités publiques et privées en Guinée.

Mais malgré la volonté d'apaisement exprimée par M. Condé, l'incident a laissé des traces parmi les étudiants. C'est le moins qu'on puisse dire. Alpha Condé a sali son image. Pour longtemps. Il n'est plus rare qu'on le qualifie, lui aussi, de dictateur, d'autant plus que ses grands amis, depuis qu'il est arrivé aux affaires, ce sont les Sassou Nguesso, Idriss Déby et autres Yahya Jammeh qu'il avait d'ailleurs réussi à exfiltrer de Banjul, lui évitant une mort certaine pendant l'intervention militaire de la CEDEAO.

"Personne ne lui réclame quoi que ce soit, parce qu'à présent nous avons tout compris, il n'a pas tenu une promesse depuis qu'il a pris le pouvoir" en 2010, déclare Mamadou Soumaré, étudiant en médecine. "Nous l'attendons dans les jours et mois à venir, de pied ferme".

Avec AFP

Commentaires

BOUBAKAR (non vérifié)
Vraiment un président de la république qui commence à insulté ses enfants ? Ya quelques choses qui ne va dans sa tête ou il est devenu un MYTHO . En plus il ne se rend pas compte de ce qu'i fait du jamais il a fait des études en Europe .Quand la folie tu me prend .

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