MONDE : 40 millions d'esclaves recensés sur les cinq continents

La récente révélation de ventes de migrants africains à Tripoli n'est pas un cas isolé : plus de 40 millions de personnes dans le monde, dont un quart d'enfants, sont, actuellement, réduits en esclavage, selon une étude menée en 2016. En 2003, Afrique Education avait lancé une rubrique bimensuelle alimentée, essentiellement, par les associations négro-mauritaniennes pour dénoncer l'esclavage et le racisme anti-noir qui sont pratiqués en Mauritanie. Ce mouvement avait conduit à la chute du colonel-président, Maaouiya Ould Sid Ahmed Taya, en août 2005, ce qui avait conduit le magazine à supprimer cette rubrique, l'objectif ayant été atteint. D'autre part, le successeur du colonel Taya, le général, Ely Ould Mohamed Vall, s'était montré homme de bonne volonté, qui, contrairement, à son prédécesseur, avait prôné la fin de cette pratique, une fois arrivé au pouvoir. Mais, force est de reconnaître que sous le général-président, Mohamed Ould Abdel Aziz, cette pratique est revenue en force, parfois, avec la complicité des autorités. Il faut, donc, à nouveau, se mobiliser. D'autant plus que la Libye, aujourd'hui, vient de nous démontrer que l'esclavage est capable de naître là où il n'existait pas, il y a quelques années, et qu'il faut une vigilance de tous les instants.

La notion d'esclavage moderne regroupe le travail forcé, qui concerne 25 millions de personnes et le mariage contraint (15 millions). Mais ces chiffres sont, sans doute, en-deçà de la réalité, soulignent l'Organisation mondiale du travail (OIT), l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et le groupe de défense des droits de l'homme, Walk Free Foundation, qui ont, conjointement, mené l'étude.

- Travail forcé -

Quelque 25 millions de personnes sont des travailleurs forcés en majorité chez des particuliers (un quart) mais aussi dans des usines, sur des chantiers, dans les champs. L'étude cite l'exemple de 600 pêcheurs retenus sur des bateaux dans les eaux indonésiennes depuis de nombreuses années.

Plus de la moitié de ces esclaves sont tenus par des dettes. Mais, ils peuvent être liés à leurs bourreaux parce qu'ils sont drogués, sous-payés, physiquement, maltraités ou simplement parce qu'ils sont trop loin de chez eux pour s'affranchir.

Parmi les travailleurs forcés, quelque 5 millions de personnes sont contraintes de se prostituer et un peu plus de 4 millions sont victimes de travail imposé par leur pays (travail obligatoire en prison, abus de conscription...).

- Les femmes et les filles -

Femmes et filles représentent 71% des esclaves, soit, près de 29 millions de personnes. Une victime de l'esclavage moderne sur quatre est un enfant, soit, environ, 10 millions d'individus.
Quelque 15,4 millions de personnes sont mariées contre leur gré. Plus du tiers ont moins de 18 ans et sont dans ces cas-là pratiquement toutes des femmes. Cette forme d'esclavage est surtout répandue en Afrique et en Asie.

En Afrique, la Mauritanie est un pays où l'esclavage continue d'être pratiqué au vu et au su des autorités, parfois, même, avec leur complicité. L'Union africaine (UA) a, déjà, été saisie par des ONG mauritaniennes sans piper mot. En 2002 ou 2003, le bimensuel Afrique Education s'était même associé avec plusieurs ONG négro-mauritaniennes pour lancer un cri d'alarme auprès de l'UA. Silence Radio ! L'UA attend, peut-être, un autre reportage de CNN pour s'émouvoir comme cela vient d'être le cas avec la Libye.

Par ailleurs, les femmes représentent 99% des victimes de travail forcé dans la prostitution.

- Asie -

62% des cas d'"esclavage moderne" ont été relevés en Asie et dans le Pacifique. Cette région est la première, en nombre de victimes, que ce soit pour l'exploitation sexuelle (73%) ou les mariages forcés (55%).
Mais, c'est en Afrique que les mariages contraints sont les plus fréquents, 4,8 pour 1.000 personnes, soit, deux fois plus que la fréquence mondiale (2,1 pour 1.000).

- Les migrants -

"Plusieurs études ont clairement établi des liens entre migrations et trafics humains", souligne cette étude, notamment, le long des routes empruntées par les migrants.
Les trois-quarts des migrants interrogés, en 2017, sur la route de l'Europe depuis la Libye, par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), confiaient avoir été victimes d'abus assimilables au trafic humain.

"Les clandestins, susceptibles d'être victimes d'agressions, d'extorsions, d'abus sexuel, peuvent, au début de leur périple, décider de s'en remettre volontairement entre les mains de trafiquants", note l'étude du OIT.

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