TANZANIE : Le président félicite l'auteur d'une bastonnade infligée à des élèves

Le débat sur la fessée à l'école n'aura plus lieu en Tanzanie de si tôt. Le président, John Magufuli, a tranché en félicitant, vendredi, 4 octobre, le gouverneur d'une région du Sud pour une bastonnade infligée à des élèves d'une école secondaire. Disons tout de même que cette bastonnade avait été dénoncée, la veille, comme un «acte cruel et dégradant» par des organisations tanzaniennes de défense des droits humains. Mais, de l'avis général, ces dernières importent des concepts comme ceux-là qui n'épousent pas toujours la façon dont l'éducation d'un enfant bantou doit se forger : il s'agit, ici, du fameux « Tuer le corps au profit de l'esprit » qu'on apprend dans le célèbre ouvrage, L'aventure ambiguë, de Cheikh Hamidou Kane, enseigné dans certaines classes terminales d'Afrique noire francophone.

Les élèves bastonnés sont accusés d'avoir incendié leur dortoir après la confiscation de leurs téléphones portables, interdits dans les écoles tanzaniennes. Sur une vidéo devenue virale sur internet, on voit le gouverneur de la région de Mbeya (Sud-Ouest), Albert Chalamila, infliger de violents coups de baguette à 14 adolescents en uniforme scolaire étendus sur le sol, devant leurs condisciples, des policiers et des enseignants.

«Je félicite le gouverneur pour les coups de canne infligés aux élèves», a déclaré le président lors d'un déplacement dans la région de Songwe (Sud-Ouest), qui jouxte celle de Mbeya. «En fait, ce n'était pas suffisant, il (le gouverneur) pourrait faire plus», a-t-il ajouté. «Certaines personnes parlent de droits de l'Homme, mais, on ne peut pas se permettre d'avoir des étudiants arrogants comme cela». «J'ai dit au gouverneur de suspendre tous ces élèves, et que les parents devraient payer avant que les étudiants soient à nouveau admis à l'école».

«Ceux qui étaient directement impliqués devraient être mis en prison», a-t-il conclu. La bastonnade avait été condamnée, jeudi, 3 octobre, par les principales organisations tanzaniennes de défense des droits de l'Homme, qui l'ont qualifiée d'acte «cruel et dégradant» et d'«abus de pouvoir». «Ce qu'a fait Monsieur Chalamila est non seulement un abus de pouvoir mais aussi une infraction pénale», avait dit Onesmo Olengurumwa, coordinateur de la Coalition tanzanienne des défenseurs des droits de l'homme (THRDC).

En août 2018, un élève de 13 ans avait succombé aux coups infligés par son maître d'école, dans la province de Kagera, dans le Nord du pays. Sa mort avait relancé le débat sur les châtiments corporels encore en vigueur dans le système éducatif de la Tanzanie. Les châtiments corporels sont encadrés par un texte de 1979, qui autorise, uniquement, les coups sur les mains ou les fesses d'un élève à l'aide d'une baguette légère et souple. Le texte précise qu'un élève peut être châtié, seulement, s'il a commis une faute grave.

C'est très léger comme sanction. Visiblement, même le président de la République n'y adhère pas (notre photo). Il milite pour des sanctions plus affirmées, à la hauteur de la faute.

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