FRANCOPHONIE : Le message de Michaëlle Jean à la femme gabonaise

La nouvelle patronne de l'OIF (Organisation internationale de la francophonie) continue de prendre la température, qui prévaut dans les pays membres. Aura-t-elle fait le tour de tous, avant la fin de son mandat ? L'organisation en compte 80, quand on y ajoute les Etats membres associés. Une petite ONU où l'on ne parle que le français.

Après le Cameroun, le Gabon, autre (grand) pays francophone de la sous-région de l'Afrique centrale, a eu les faveurs de Michaëlle Jean. Comme au Cameroun, pays qui lui avait reservé, en avril, une visite d'Etat, comme il en réserve rarement à ses invités, le Gabon a mis les petits plats dans les grands. En trois jours, la digne successeure d'Abdou Diouf a rencontré tout ce que le Gabon compte comme personnalités importantes : le président de la République, le premier ministre, les présidents des institutions dont au moins deux, le Sénat et la Cour constitutionnelle, sont dirigées par d'éminentes femmes.

C'est dans l'auditorium de la Cour constitutionnelle que la réunion avec les femmes a tenu toutes ses promesses. Extraits du discours marquant de la numéro 1 de la Francophonie à l'élite féminine gabonaise :

« Je suis d’abord venue pour vous entendre, pour partager avec vous vos idées, vos projets, vos succès, mais aussi, vos préoccupations. Ces rencontres avec les femmes, tout comme celles avec les jeunes et la société civile, sont pour moi, des rendez-vous systématiques, indispensables dans toutes les fonctions que j’ai occupées et le demeurent dans tous les déplacements que j’effectue depuis mon élection au poste de secrétaire générale de la Francophonie, voilà huit mois ».

« J’ai beaucoup appris dès mes premiers pas dans la vie, des femmes courageuses et déterminées, comme ma grand-mère et ma mère, qui ont dû se relever et élever seules leurs enfants. Elles se sont affirmées malgré bien des épreuves, et elles ont su me transmettre toutes les leçons retenues, toute la force et l’énergie qu’il leur a fallu déployer pour conquérir leur autonomie. J’ai beaucoup appris aussi du mouvement féministe du Québec pour avoir milité en son sein pendant plus de dix ans ».

« Et mon premier déplacement officiel, en qualité de secrétaire générale de la Francophonie, c’est à l’ONU que j’ai voulu l’effectuer. C’était en mars dernier, au moment où la communauté internationale renouvelait ses engagements en faveur des droits des femmes, vingt ans après la mise en œuvre de la Déclaration et du Plan d’action de Beijing. Certaines d’entre vous y étaient. Et je pense que nous sommes toutes d’accord pour dire : ne baissons pas la garde, restons plus que jamais vigilantes et mobilisées ! Si le terrain est balisé et les sentiers défrichés, il reste encore tellement à faire ! »

« Nous savons, nous toutes ici, ce que cela veut dire que de devoir déjouer les obstacles, affronter les préjugés, pour simplement pouvoir exercer nos compétences, mettre à profit nos connaissances et nos potentialités, exercer des activités ou des responsabilités qui restent encore souvent l’apanage des hommes. A preuve, au nombre de tous les pays de l’espace francophone qui s’apprêtent à tenir des élections présidentielles, les candidates brillent par leur absence flagrante. La parité en politique est en nette régression et a fortiori au plus haut niveau de l’Etat ».

« Certes, nous voyons s’accentuer parmi les femmes, mais aussi les hommes, une conscience de plus en plus aiguë des réalités, des enjeux, des défis. Et, à cet égard, je veux me réjouir avec vous de la décision du président de la République, S.E. M. Ali Bongo Odimba, de déclarer la décennie 2015-2025, « Décennie de la femme gabonaise », et du souhait qu’il avait exprimé, dès 2012, de voir le gouvernement et le parlement, légiférer pour qu’une place plus importante soit accordée aux femmes et aux jeunes lors des élections politiques et dans les emplois supérieurs de l’Etat ».

« Voilà plus de 20 ans que la Francophonie s’engage en faveur des droits des femmes, en se mobilisant déjà en amont de la Conférence de Beijing, puis en réunissant, en 2000, la première Conférence des femmes francophones ; en adoptant une Déclaration politique en 2010, et un Plan d’action, en 2013, pour lutter contre les violences faites aux femmes et aux filles, complétée en mars dernier par une Déclaration sur l’autonomisation économique des femmes ; en organisant, en 2013 et 2014, le Forum mondial des femmes francophones ; en créant, en 2013, aussi, le Réseau francophone pour l’égalité femme-homme ; en consacrant, enfin, son dernier Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement, à Dakar, à l’apport des femmes et des jeunes pour la paix, pour le développement humain et économique durable ».

« Et c’est avec la conviction profonde qu’il n’y a pas de développement durable possible, qu’il n’y pas de véritable démocratie possible, qu’il n’y pas d’avenir possible sans l’apport et la pleine participation des femmes, qui représentent la moitié de l’humanité, c’est avec cette conviction inébranlable que je m’attache à traduire en actes concrets les décisions des chefs d’Etat et de gouvernement, notamment, cette stratégie économique, adoptée à Dakar, qu’ils ont voulu tournée prioritairement vers les jeunes et les femmes ».

« C’est pourquoi j’ai tenu à ce que le premier acte décisif et fort de la stratégie économique pour la Francophonie, qui est au coeur qui m’a été confiée soit le démarrage d’un programme de mise en place, pour commencer, dans des pays francophones d’Afrique subsaharienne, d’un dispositif d’appui à l’entrepreneuriat des femmes et des jeunes : créer et soutenir des incubateurs et des accélérateurs d’entreprises, surtout, des petites et moyennes entreprises et industries dans des secteurs et des filières qui peuvent redynamiser, revitaliser, diversifier les économies de nos pays et qui génèrent quantité d’emplois ».

« Cette mise en place sera assortie de mesures destinées à améliorer l’environnement entrepreunarial institutionnel, réglementaire, normatif, stratégique et financier, et, sur une plateforme de réseautage, d’échanges d’expériences et de bonnes pratiques.
Je crois profondément à ce programme, car je sais qu’il peut répondre concrètement aux besoins de tous ces jeunes, de toutes ces femmes que j’ai rencontrées et qui expriment clairement ce qui pourrait les aider à développer leurs activités, à accroître la qualité de leurs produits, de leurs créations, à favoriser la circulation de leurs productions ».

« Chères amies,

Rejoignez les réseaux francophones de la société civile, ses réseaux professionnels, ses réseaux institutionnels, son réseau de femmes, de jeunes. Créez de nouveaux réseaux. Ne vous interdisez rien. Ne soyons plus seules ensemble ».


 

 

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