FRAUDE ELECTORALE EN GUINEE : Alpha Condé vainqueur « par K O » grâce au vol

Il y a eu beaucoup de fraude et de désordre, mais... on valide quand même l'élection ! C'est ainsi qu'on peut résumer la sortie du chef de la mission d'observation de l'Union européenne, Frank Engel, ce mardi, 13 octobre, à Conakry. Comme s'il se croyait au Luxembourg (qui est son pays), il recommande (sans rire) aux protagonistes de recourir à la justice plutôt qu'à la violence en cas de contestation. Mais de quelle justice parle-t-il dans un pays comme la Guinée où celui qui décide du sort de tout justiciable n'est autre que Alpha Condé lui-même ?

« Nous avons le droit de manifester, on le fera, a assuré le chef de l'opposition. (Mais) on n'a pas de recours, la justice est inféodée, la justice, la Céni, les institutions ne sont pas des institutions indépendantes, malheureusement", a répondu Cellou Dalein Diallo, chef de l'opposition.

Si le scrutin s'est globalement déroulé dans le calme dimanche, comme on n'arrête pas de le déclarer dans les arcanes du pouvoir, c'est bien un calme qui annonce une forte tempête.

Comment en sortir ?

Les sept candidats demandent l'annulation du premier tour et le retour aux urnes, après la correction de toutes les nombreuses failles (volontaires ou non) de la Ceni. S'il est un homme d'Etat, s'il est sûr de sa victoire par K O dès le premier tour, Alpha Condé devrait prendre l'opposition au mot et lui clouer le bec en faisant ce qu'elle lui demande. S'il ne fait rien comme c'est probable, c'est parce qu'il sait qu'il a (massivement) triché.

Chef des observateurs de l'Union européenne, Frank Engel a fustigé en des mots très durs "l'impréparation", voire, "la désorganisation totale" de la Céni, à laquelle il a imputé les multiples problèmes matériels et d'organisation constatés le jour du vote. Mais c'était pour ajouter, immédiatement, que cette « impréparation » et cette « désorganisation totale » n'affectent pas le verdict final de l'élection. Comprenne qui pourra !

Un tel jugement à la Salomon ne rend pas service à la démocratie car il encourage la mauvaise gouvernance électorale, en Afrique. En effet, l'élection présidentielle ne peut pas être frappée de tels manquements et rester crédible. Ou alors, l'UE à travers son chef des observateurs renvoie la balle aux Guinéens en leur disant : « Prenez vos responsabilités ». Cela dit, il aurait mieux valu que l'UE ne vînt pas faire de la (mauvaise) figuration à cette élection.

Sidya Touré, très outré, n'a pas eu mieux à faire que de se retirer du processus de comptage des voies après avoir dit être la « cible » de la fraude orchestrée par le pouvoir, dans sa région natale, où il tire l'essentiel de son poids politique.

On sait qu'Alpha Condé compte sur quelques complicités dans certaines grandes démocraties occidentales. Mais celles-ci ne viendront jamais s'interposer si les Guinéens commencent à s'entretuer, ce qui, pour l'instant, n'est pas, totalement, exclu.

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