Mauritanie : Deux ans de prison ferme pour 3 anti-esclavagistes

Le 20 août 2015, s'est tenu, à Aleg (Mauritanie), le procès en appel de figures éminentes du mouvement pour l'abolition de l'esclavage en Mauritanie, Biram Dah Abeid, Brahim Bilal Ramadane et Djiby Sow, respectivement, président et vice-président de l'Initiative pour la résurgence de l'abolitionnisme (IRA) et président de l'ONG Kawtal Ngam Yellitaare (Kawtal). Dah Abeid est lauréat du Prix des droits de l'Homme des Nations-Unies, en 2013, et a été nominé pour recevoir le Prix Nobel de la Paix 2015. En janvier 2015, ils avaient été condamnés à deux ans de prison par la Cour correctionnelle de Rosso pour « appartenance à une organisation non reconnue » et « rassemblement non autorisé ».

La peine a été confirmée, le 19 août, alors que le Collectif des avocats constitués en leur faveur et présidé par Me Brahim Ould Ebetty, avait annoncé qu'il boycotterait le procès. Me Ould Ebetty a expliqué que ses clients auraient dû être jugés par la Cour d'appel de Nouackchott, mais que, le procureur avait obtenu son dessaisissement en faveur de la Cour d'appel d'Aleg sans motif valable. Selon lui, le but de cette manipulation était d'isoler les militants de leurs soutiens et de minimiser la visibilité du procès.




«  Comment le gouvernement mauritanien peut-il à la fois encourager le durcissement de la loi contre l'esclavage, considéré depuis le 13 août 2015 comme un crime contre l'humanité, et arrêter et traduire en justice des militants pacifiques anti-esclavagistes ? Nos organisations condamnent fermement cette décision de la justice mauritanienne qui revêt un caractère éminemment politique et laisse présager l'absence de volonté politique de mettre en œuvre la nouvelle loi  », a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH (Fédération internationale des droits de l'homme).

Le parlement mauritanien a, en effet, adopté, le 13 août dernier, un nouveau cadre juridique contre l'esclavage, qui inclut dix nouvelles formes d'esclavage, durcit les sanctions à l'encontre d'auteurs de pratiques esclavagistes et met en place des juridictions spécialisées compétentes pour juger les crimes d'esclavages. Avant l'approbation de cet amendement, la loi qui était en vigueur depuis 2007 définissait de façon restrictive l'esclavage, considéré, uniquement, comme une « privation de liberté» ou un « travail sans salaire ».

Le 7 novembre 2014, les trois militants avaient participé au lancement d'une caravane, à l'initiative de plusieurs associations de défense des droits humains, dont l'IRA et Kawtal. Cette caravane devait sillonner le pays afin de dénoncer l'esclavage foncier dont sont victimes les membres de la communauté haratine et les expropriations des populations noires de la vallée du fleuve Sénégal. Un total de neuf militants avaient alors été arrêtés. Bilal Ramadane et Dah Abeid, qui souffre de problèmes de santé, sont actuellement en détention, alors que Djiby Sow bénéficie d'une liberté provisoire pour raisons médicales.

 

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