AFFAIRE DU COUP D'ETAT : Guillaume Soro peut désormais dormir tranquille

On le connaissait habile financier et excellent banquier devant l'éternel, mais, Alassane Ouattara, se montre, aussi, tout aussi, redoutable en politique. Il est un vrai disciple du Sage Houphouët. Comme si de rien n'était, il a réussi à faire disparaître l'Affaire du coup d'état qui avait failli emporter la transition, et du coup, replonger le Burkina Faso, dans l'incertitude politique. Après l'élection de Roch Marc Christian Kaboré, un banquier comme, lui, Alassane Ouattara, qui sait arrondir les angles, le président ivoirien ne pouvait, réellement, plus rencontrer aucun obstacle digne de ce nom, dans cette nouvelle relation qui allait se nouer au sommet des deux Etats, sinon, les seules susceptibilités de la société civile burkinabé et de certains partis politiques. Déjà, Alpha Barry, le chef de la diplomatie burkinabé, n'avait pas caché que les relations entre les deux pays allaient, très vite, se normaliser, lors d'un récent séjour en Côte d'Ivoire. La justice a, depuis, pris le relais.

Le commissaire du gouvernement auprès du tribunal militaire de Ouagadougou a annoncé, ce lundi, 6 juin, qu'il renonçait à son mandat d'arrêt contre le président de l'Assemblée de Côte d'Ivoire, Guillaume Soro, pour son implication présumée dans le coup d'état manqué de septembre 2015. Mais pour y mettre quelque forme, et surtout, éviter des qu'en dira-t-on (à venir si jamais la société civile burkinabé lui demandait des comptes comme c'est fort probable), il a demandé à la Côte d'Ivoire de le poursuivre dans le cadre d'une autre procédure dite de "dénonciation". Autant dire que c'est de l'amusement public. Il fallait être honnête avec le peuple burkinabé en prononçant tout simplement un non-lieu ou un abandon de charges. C'était plus correct, que de trouver des contorsions que peu de gens comprendront à Ouaga : « En ce qui concerne M. Guillaume Soro (…), le parquet (du tribunal militaire) a opté pour la procédure de dénonciation (et) comme nous avons dénoncé les faits (…), nous n’avons plus compétence d’émettre un mandat d’arrêt contre M. Guillaume Soro ». Le commissaire du gouvernement auprès le tribunal militaire de Ouagadougou, le commandant, Alioune Zanré, pour avoir été si courageux à l'endroit de sa hiérarchie peut, légitimement, lui réclamer un grade de lieutenant-colonel. Car il s'est bien sacrifié.

Déjà, on avait senti que quelque chose ne tournait pas rond, quand le mandat d’arrêt international lancé par la justice militaire contre Guillaume Soro pour son implication présumée dans le coup d’état manqué contre le gouvernement de transition burkinabè, en septembre 2015, avait été annulé, fin avril, par la Cour de cassation de Ouagadougou pour vice de forme. Le mandat d’arrêt émis contre l’ancien président, Blaise Compaoré, avait, aussi, été annulé.

« Ces annulations ont été faites pour vice de forme parce qu’il aurait fallu demander les réquisitions du commissaire du gouvernement [procureur], du tribunal militaire avant d’émettre les mandats. Cette formalité n’ayant pas été accomplie, la Cour a, donc, décidé d’annuler tous les mandats internationaux », avait, alors, expliqué le procureur général près la Cour de cassation de la justice burkinabè. Aujourd'hui, les Burkinabé ont l'explication du pourquoi de ces annulations. Il faudrait, aussi, que les Burkinabé mettent une croix sur leur volonté de voir Blaise Compaoré être jugé un jour, au Burkina Faso, ou ailleurs. Du moins, tant que Roch Marc Christian Kaboré sera aux affaires. Mariam Sankara, de son côté, a de quoi perdre le sommeil. Ce n'est pas demain la veille que s'ouvrira un procès sur l'assassinat de son cher époux Thomas Sankara.

Autre question qui n'est plus superflue : depuis quelque temps, le premier ministre de la transition, Isaac Zida, rechigne à rentrer, à Ouagadougou, comme le président de la République le lui demande. Sa réticence est-elle due à la tournure diplomatique que prennent les relations ivoiro-burkinabé, et qui pourraient le mettre en danger, dans son pays ? Là, aussi, Zida peut, légitimement, se demander si son retour au pays, ne finira pas par lui ouvrir la porte de la prison ?

Visiblement, l'option des nouvelles autorités burkinabé, est le bon voisinage avec leur puissant voisin d'où le pays tire de substantiels gains économiques. Cela, aussi, peut, parfaitement, se comprendre car les Affaires Soro ne remplissent pas le panier de la ménagère burkinabé, et, surtout, ne permettront pas, forcément, à Roch Marc Christian Kaboré, dans cinq ans, de gagner, facilement, la présidentielle, comme c'était le cas l'année dernière. Il faudra qu'il réussisse la relance de l'économie, diminue le chômage des jeunes et crée, à nouveau, un climat de sécurité dans le pays, pour espérer faire un deuxième mandat. Voilà pourquoi les dossiers comme celui de Soro (et de Compaoré ?)ne peuvent que lui bouffer du temps qu'il aurait dû consacrer aux dossiers économiques. Comme on comprendra, chacun voit midi à sa porte.

Désormais, on peut dire, en Côte d'Ivoire, balle à terre : tous les prétendants à la succession d'Alassane Ouattara, en 2020, ont, exactement, les mêmes chances. On croyait Guillaume Soro hors course. C'eût été injuste de l'écarter de cette manière. La justice a rétabli les grands équilibres et les droits de chacun. C'est donc à vos marques, prêts, partez, pour tout le monde.

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