AFRIQUE DU SUD : La contre-performance de l'ANC pousse Zuma vers la sortie

Que pouvait-on attendre de l'ANC (Congrès national africain) dont le président, Jacob Zuma, en même temps, chef de l'Etat, devenu un habitué des tribunaux sud-africains à cause de ses multiples et différents détournements de fonds et de son passé d'homme politique corrompu qui le rattrape à grande vitesse, donne l'occasion aux autres partis politiques de montrer que l'ANC n'est qu'un parti politique banal, dirigé par d'affreux opportunistes, depuis le retrait de ses chefs historiques comme Nelson Mandela, Walter Sisulu et quelques autres ?

Le fait de citer, régulièrement, Jacob Zuma, dans la rubrique des faits divers, et que les Sud-Africains, exaspérés, en arrivent, maintenant, à demander sa démission, en dit long sur le crédit qu'on fait, encore, de ce grand parti qui a, pourtant, conduit l'Afrique du Sud vers la fin de l'apartheid.

C'est la première fois que l'ANC affiche un score aussi bas (53,9%) depuis son arrivée au pouvoir, à la fin de la dictature raciste de l'apartheid et l'avènement de la démocratie en 1994.
Ce recul est arrivé plus vite et dans des proportions plus fortes que ce qu'on imaginait. C'est un choc pour tout le monde.

Ces dernières années, même après le retrait de la figure historique du parti, Nelson Mandela, l'ANC était habitué à remporter, confortablement, chaque scrutin, avec plus de 60% des suffrages. C'était ancré dans les esprits des Sud-Africains. L'ANC était une force politique incontestée et incontestable. Les autres partis politiques étaient obligés de faire avec.

Mais ces municipales changent la donne. Et si l'ANC reste le premier parti sur l'ensemble du pays, il subit des revers, aussi, symboliques qu'historiques dans plusieurs villes-clés.
Dans la capitale Pretoria, où il disposait, jusqu'alors, d'une solide majorité absolue, c'est le premier parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA) qui est arrivée, en tête, avec 43,1% des voix contre 41,2% pour le parti au pouvoir.

A Nelson Mandela Bay, sixième métropole du pays, qui englobe Port Elizabeth, un bastion de la lutte contre l'apartheid, le camouflet est, encore, plus grand : la DA l'emporte avec 46,7% des voix contre, seulement, 40% pour l'ANC. Incontestablement, l'ANC perd à cause de la très grande impopularité de Jacob Zuma. Il n'y a rien d'autre à dire. Une précision de taille : DA a comme leader, un jeune Noir d'une quarantaine d'année nommé Mmusi Maimane, qui a passé son temps à dire aux militants de l'ANC qu'ils n'étaient plus obligés de voter ANC devant la trahison dont ils font l'objet, et qu'ils étaient volontiers les bienvenus à DA. Un message qui est bien passé.

DA a réalisé de gros progrès dans l'électorat noir alors que cette formation a, longtemps, été considérée comme un "parti de Blancs" en Afrique du Sud. Désormais, ce n'est plus le cas. Et l'ANC, avec de l'autre côté, Julius Malema, a toutes les raisons de trembler.

La DA - qui conserve la ville du Cap qu'elle gouverne, depuis 2006, avec une écrasante majorité (66%) - a en revanche été devancée à Johannesburg.
L'ANC y a obtenu 44,5% des voix contre 38,3% pour la DA, mais, le parti au pouvoir perd sa majorité absolue et devra trouver des alliés pour garder le contrôle de la mairie de la plus grande ville du pays.

Dès vendredi, le vice-président de l'ANC et de l'Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, reconnaissait que le parti devait mener son "introspection". Jacob Zuma serait-il vers la sortie ?

En effet, une telle introspection pourrait passer par une remise en cause du président, Jacob Zuma, à la tête de l'Etat.

Samedi soir, lors d'un discours à l'occasion de la proclamation des résultats par la Commission électorale, le chef de l'Etat a salué "des élections très disputées, telles qu'elles doivent l'être dans une démocratie".
Jacob Zuma doit achever son mandat, dans trois ans, mais, le parti pourrait être tenté d'écourter son règne pour s'éviter un recul encore plus grave dans les urnes aux élections générales de 2019.

"Une bataille au sein du parti pourrait émerger de ces mauvais résultats et l'ANC devrait trouver une stratégie pour faire partir Zuma avec dignité", spécule Daniel Silke, analyste politique indépendant, interrogé par l'AFP.

A la tête de l'Afrique du Sud, depuis 2009, le règne de Jacob Zuma est entouré d'un parfum de scandales.
Comme un symbole, son discours de samedi soir a été perturbé par quatre jeunes femmes brandissant des pancartes devant la tribune pour rappeler une affaire de viol dans laquelle Jacob Zuma avait, finalement, été blanchi, il y a dix ans.

Ses ennuis judiciaires sont, cependant, toujours, d'actualité puisqu'il est sommé de rembourser 500.000 dollars d'argent public utilisés pour rénover sa maison dans le village de Nkandla (Sud), qui a, ironiquement, voté, mercredi, 3 août, pour un autre parti que l'ANC. Le comble de la honte.

Dans la capitale, les libéraux de la DA vont, certainement, courtiser les Combattants pour la liberté économique (EFF) de Julius Malema, un exclu de l'ANC. Ce parti de gauche radicale réalise une belle percée pour ses premières municipales avec 8% des voix au niveau national et plus de 10% à Pretoria et Johannesburg.

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