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AFRIQUE DU SUD : Motion de défiance contre un Jacob Zuma en sursis

Ca commence à faire beaucoup. En effet, c'est la troisième fois, en moins d'un an, que le chef de l'Etat sud-africain est contesté à l'occasion d'un vote de censure ou de destitution.
Au pouvoir, depuis 2009, Jacob Zuma a "provoqué le chaos dans notre jeune démocratie", l'accuse le principal parti d'opposition, l'Alliance démocratique (DA), à l'initiative de la dernière motion.
Ce vote a été décidé dans la foulée de la publication, la semaine dernière, d'un rapport de la médiatrice de la République, qui a jeté un regard cru sur la gestion des affaires de l'Etat par le président.
Particulièrement, documenté, cet épais document révèle, par le menu, l'influence exercée sur le gouvernement par la richissime famille, Gupta, à la tête d'un puissant empire industriel et médiatique, avec la complicité de Jacob Zuma.

Entre autres exemples, ce rapport affirme que les Gupta ont offert un pot-de-vin de 40 millions d'euros au vice-ministre des Finances, Mcebisi Jonas, qu'il assure avoir refusé.

Ce rapport vient s'ajouter à la longue liste des affaires, qui ont défrayé la chronique de la présidence Zuma, à commencer par celle des travaux effectués dans sa résidence privée, qui l'a contraint à rembourser 500.000 euros.

Et d'autres menaces se profilent à l'horizon, comme la reprise, par la justice, de poursuites pour corruption, fraude fiscale et racket, abandonnées, en 2009, dans une affaire de pots-de-vin liés à un contrat d'armement.

Vingt ans après l'entrée en fonction du premier gouvernement post-apartheid en 1994, cette litanie suscite, de plus en plus, de colère dans la jeune démocratie "arc-en-ciel".
La semaine dernière, une véritable "marée rouge", composée de milliers de militants du parti de gauche radicale des Combattants pour la liberté économique (EFF, opposition) a exigé la démission de Jacob Zuma devant les grilles du palais présidentiel.
Mais, la motion discutée, ce jeudi, qui obligerait le président à démissionner si elle était adoptée, a "zéro chance" de passer, prévient Patrick Bond, professeur d'économie politique à l'université du Witwatersrand à Johannesburg.

Le Congrès national africain (ANC) de Jacob Zuma dispose au Parlement d'une solide majorité de 249 sièges sur 400, qui écarte tout scénario surprise.
Mais, après le revers subi aux élections locales d'août, la révolte gronde contre le président dans les rangs de l'ANC.
En octobre, le président de son groupe parlementaire, Jackson Mthembu, a exprimé son ras-le-bol et appelé Jacob Zuma à démissionner. Et les vétérans de la lutte contre l'apartheid ne se privent plus de le critiquer publiquement.

Le parti est "plus divisé que jamais sur la présidence Zuma", note Loammi Wolf, spécialiste en droit constitutionnel.
Mais, le chef de l'Etat garde, encore, pour l'instant, le soutien de sa majorité. "Les personnes clé de l'ANC sont très favorables à Zuma", souligne Patrick Bond. Il reste "solidement assis sur sa selle", a titré cette semaine le quotidien Business Day.

Si les parlementaires désobéissaient et votaient pour la motion, "ils perdraient leur emploi", explique Shadrack Gutto, de l'université d'Afrique du Sud à Pretoria.

L'ANC a ironisé sur la nouvelle motion de défiance, qualifiée de "rituel annuel et frivole", et dénoncé "l'arrogance grandissante" de la DA. Les appels au départ du président sont "prématurés et infondés", a tranché son secrétaire général, Gwede Mantashe.

Le mandat de Jacob Zuma à la tête de l'Afrique du Sud s'achève en 2019. Mais, dès fin 2017, l'ANC élira un nouveau président pour le parti et pourrait décider, dès ce moment-là, de le remplacer à la tête de l'Etat, pronostiquent plusieurs analystes. Déjà, son ex-épouse, Nkossasana Dlamini-Zuma, a dû démissionner, exprès, de la présidence de la Commission de l'Union africaine, à Addis Abeba, pour se tenir prête car elle ambitionne de devenir la première présidente de l'Afrique du Sud.

Avec AFP

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