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ALGERIE : Expulsion du directeur de l'Agence France Presse à Alger

Franchement, c'est une vraie bonne fausse mesure. C'est comme si pour soigner la fièvre, on s'en prenait au thermomètre. Expulse-t-on ce directeur de l'AFP parce qu'il s'adonnait à des pratiques extra-journalistiques ? Si oui qu'on le dise clairement et qu'on le démontre. L'expulse-t-on parce qu'on considère que ses papiers mettent de l'huile sur le feu au regard de la situation qui prévaut dans le pays ? On peut penser qu'il s'agit là d'un des griefs qui lui sont reprochés. Mais ici, la réponse est simple car avec les réseaux sociaux et internet, l'AFP n'a pas (plus) le monopole de l'information. Ce que ce directeur de l'AFP ne va pas dire parce qu'on l'a expulsé, plein d'autres médias en ligne ou non le diront exactement, ou mieux, avec plus de virulence encore. Alors question : pourquoi l'expulse-t-on véritablement car cette décision est tout simplement stupide ? Le pouvoir algérien (ou ce qui en reste) n'est plus à une contradiction près.

Aymeric Vincenot a, donc, été expulsé, mardi, 9 avril, par les autorités algériennes, qui ont refusé de renouveler son accréditation pour 2019. Il a regagné son pays, la France, la rage au coeur.

Agé de 45 ans, il était en poste, à Alger, depuis juin 2017. Selon le PDG de l'AFP, Fabrice Fries, le poste d'Alger restera vacant jusqu'à nouvel avis. Cela dit, l'agence continuera à couvrir l'actualité algérienne sans souffrir de cette absence. Ses abonnés devront prendre leur mal en patience, cette fâcheuse situation devant, certainement, se corriger avec l'accession d'une nouvelle équipe au pouvoir dans quelques mois.

La rédaction internationale de l’AFP couvre l’actualité dans le monde entier en texte, vidéo, photo et infographie en six langues, 24 heures sur 24, selon des impératifs éditoriaux de rigueur, d'indépendance et de pluralité. Plus de 5.000 clients lui accordent leur confiance. Présente dans 151 pays, l’AFP dispose d’un bureau en Algérie depuis 1962.

Dans le dernier classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières (RSF), l'Algérie occupe la 136e place sur 180 pays.

L'AFP devrait se consoler de ne pas être la seule agence ostracisée en Algérie. Fin mars, un envoyé spécial de l’agence Reuters, le journaliste tunisien, Tarek Amara, avait été expulsé d’Algérie, où il couvrait, depuis plusieurs jours, les manifestations contre le régime.

Pour ce cas, aussi, les autorités algériennes n’avaient fourni aucune explication à l'agence britannique alors que son journaliste disposait d’une accréditation pour exercer en tant qu’envoyé spécial.

Ainsi va la vie de journaliste en Algérie où on ne badine pas avec les questions d'indépendance et de souveraineté dont l'interprétation est élastique et ne permet pas toujours de savoir jusqu'à quel niveau il est autorisé à un journaliste de faire correctement son travail.

Diplômé de l'Ecole supérieure de journalisme (ESJ) de Lille, Aymeric Vincenot a, notamment, été adjoint au directeur du bureau chargé de la couverture de l'Afrique centrale, basé à Libreville (2004-2008), envoyé spécial en Afghanistan (2011) et journaliste au bureau chargé de la couverture de l’Afrique de l’Est et de l’Océan Indien, basé à Nairobi (2012-2016). Il ne tardera pas à rebondir.

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