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ATTENTAT DECLENCHEUR DU GENOCIDE AU RWANDA : Des parties civiles veulent relancer l'enquête à la grande colère de Kagame.

L'enquête sur l'attentat contre le président rwandais, Juvénal Habyarimana, épisode déclencheur du génocide de 1994, peut-elle une nouvelle fois être relancée ? C'est l'espoir de l'avocat de plusieurs parties civiles qui se tourne, désormais, vers le Mécanisme de l’ONU pour les Tribunaux pénaux internationaux (MTPI) pour tenter d'obtenir de nouvelles pièces. Paul Kagame est en colère par cette nème ouverture de procédure qui va l'empêcher, à coup sûr, de dormir sur ses deux oreilles. Car, cette fois, les parties civiles sont convaincues que les nouvelles pièces apportées au dossier vont faire changer les décisions passées, parfois, prises de façon curieuse.

Au terme de plus de vingt ans d'investigations, les juges d'instruction français ont rendu, fin décembre, une ordonnance de non-lieu, faute de "charges suffisantes".

Sept personnes, proches de l'actuel président, Paul Kagame, qui dirigeait, à l'époque, l'Armée patriotique rwandaise (APR, tutsi), étaient mises en examen dans cette enquête, au coeur de relations diplomatiques houleuses entre Paris et Kigali.

Les parties civiles ont fait appel de cette décision. Mais, en attendant l'issue de ce recours, l'avocat de plusieurs parties civiles, dont Agathe Habyarimana, veuve de l'ex-président, a envoyé un courrier au MTPI, structure créée pour gérer les fonctions résiduelles du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) après sa fermeture en 2015.

Dans cette lettre, adressée près de 25 ans jour pour jour après cet attentat, Me Philippe Meilhac demande que des pièces ayant alimenté un rapport secret de 2003 d'une équipe du TPIR, qui attribuait la responsabilité de l'attaque au clan Kagame, soient transmises aux autorités judiciaires françaises.

L'existence de ce rapport avait été révélé dans l'ouvrage d'une journaliste canadienne, Judi Rever, en mars 2018. Dans la foulée, les parties civiles avaient fourni aux magistrats instructeurs ce document, mais, le juge, Jean-Marc Herbaut, avait refusé de relancer l'enquête, estimant que la piste Kagame avait été, suffisamment, documentée, sans être concluante.

Selon Me Meilhac, "le rapport cite pas moins de huit sources ou témoignages (...), dont il est indispensable de connaître le détail".

"Cette communication est d'une importance capitale car aujourd'hui de nombreux témoins ont disparu ou ne veulent plus témoigner, par crainte de représailles", estime-t-il.

Le 6 avril 1994, l'avion de M. Habyarimana, un Hutu, avait été abattu en phase d'atterrissage à Kigali par au moins un missile. Cet attentat est considéré comme le déclencheur du génocide qui fit 800.000 morts selon l'ONU, principalement, dans la minorité tutsi.

En France, une information judiciaire avait été ouverte en 1998 après la plainte des familles de l'équipage, composé de Français. Le premier juge saisi, Jean-Louis Bruguière, avait privilégié l'hypothèse d'un attentat commis par des soldats de l'ex-rébellion tutsi du FPR, ce qui avait mené à une rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali pendant trois ans.

Mais, cette thèse avait été fragilisée, en 2012, par un rapport d'experts en balistique, qui désignait un camp aux mains de la garde présidentielle d'Habyarimana, comme zone de tir probable.

Nul doute que les nouveaux éléments suggérés relanceraient, complètement, la procédure. Car tant qu'on ne saura pas qui a tiré le missile sol/air qui avait pulvérisé le Falcon 50 à bord duquel avait pris place Juvénal Habyarimana, la réconciliation des cœurs que tout le monde appelle de tous ses vœux au Rwanda, n'aura pas lieu (sur notre photo Juvénal Habyarimana avec le roi Baudouin à Kigali en 1987).

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