AZALI ASSOUMANI : « Les Comores ressentent déjà fortement les effets du dérèglement climatique»

Afrique Education : Monsieur le Président, les pays membres de l'Union africaine viennent de signer, le 15 octobre, à Lomé, une Charte pour réglementer la gestion des mers et océans afin que ces aires procurent plus de développement et provoquent moins de désolation. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Azali Assoumani : Petit Etat insulaire en développement, situé à l’entrée Nord du Canal de Mozambique, dans l’Océan indien, mon pays, l’Union des Comores, est, hautement, concerné par la réglementation de la gestion des mers et océans.
Aussi, nous félicitons-nous de la signature de cette Charte et prenons les dispositions nécessaires et immédiates pour rejoindre les signataires.

Afrique Education : Quelle est la situation exacte qui prévaut dans les eaux comoriennes et quels types de problèmes rencontrez-vous ?

Azali Assoumani : Les pays du Sud-Ouest de l’Océan Indien, en général, et les Comores, en particulier, ne contribuent que de manière insignifiante aux émissions de gaz à effet de serre. Nous sommes, pourtant, parmi les plus, durement, touchés. Les Comoriens ressentent, déjà, les effets du dérèglement climatique, notamment, les perturbations du régime des précipitations, le blanchissement ou la disparition des coraux, l’élévation du niveau de la mer, l’érosion des côtes, l'apparition de nouvelles maladies transmissibles à très forte incidence, une réduction de la productivité agricole, un bouleversement des traditions de pêches, bref, les problèmes sont énormes.

Afrique Education : Les Comores sont un ensemble d'îles. La Charte répond-elle à vos attentes ? Sinon, que comptez-vous y faire inclure comme spécificités comoriennes pour que vous soyez, pleinement, satisfait ?

Azali Assoumani : La Charte demande un examen approfondi, de notre part, avant de nous prononcer sur une pleine satisfaction. Toutefois, nous savons, déjà, que les Comores auront besoin d’une aide financière, scientifique, technique, et de toutes formes d’accompagnement, pour un renforcement des capacités.

La Charte doit prendre en compte certains problèmes spécifiques aux petits Etats et territoires insulaires. Nos spécificités appellent des solutions particulières, adaptées à nos réalités. Les connaissances traditionnelles doivent être prises en compte pour que les populations concernés se sentent impliquées.

Afrique Education : La notion « d'économie bleue » est mise en exergue dans cette Charte. L'économie bleue, c'est cette nouvelle économie qu'on tire de l'exploitation directe ou indirecte des mers et océans. Comment les Comores comptent-elles promouvoir cette nouvelle forme d'économie afin qu'elle permette de créer plus d'emplois et accroître plus de recettes de l'Etat ?

Azali Assoumani : Le nouveau paradigme d’économie bleue devrait, largement, contribuer au développement des Comores. Pour cela, nous demandons que des programmes et des stratégies soient définis et soutenus dans le cadre de cette Charte.

Afrique Education : L'adoption de cette Charte est une nouvelle bataille qui s'engage dans une Afrique qui compte prendre son destin en main. Peut-on compter sur le plein engagement des Comores, aux côtés des autres Etats frères, pour mener cette lutte ?

Azali Assoumani : Absolument. Mon pays milite, pleinement, pour l’appropriation par l’Afrique, de son destin et la reprise en main progressive et effective de sa destinée. Aussi, sommes-nous très engagés pour que cette Charte, qui vient compléter d’autres instruments internationaux adoptés, ratifiés ou en cours, s’applique. La communauté internationale doit prendre ses responsabilités et tenir sa part d’engagement. En ce qui nous concerne, nous tiendrons les nôtres.

Le peuple comorien a tourné la page de l’instabilité politique et des discordes stériles. Il se tourne, désormais, vers le développement et bâtir pour les générations présentes et à futures.
Après avoir élu en 15 ans, un 4ème Président, à la suite d’un processus électoral libre, démocratique et transparent, et réalisé une 3ème alternance politique pacifique au Sommet de l’Etat, les Comoriens sont en droit d’attendre des partenaires du pays et de la communauté internationale, un accompagnement post-électoral, pour consolider la stabilité politique retrouvée et préserver les acquis de la démocratie et de l’état de droit, en vue de réussir le développement économique et social du pays et assurer son bien-être.
Nous appelons les opérateurs économiques à venir investir aux Comores. Nous avons, en effet, engagé des réformes pour faciliter la création et le développement des entreprises et faire, à terme, des Comores, une destination d’investissements. Pour cela, nous proposons un code des investissements des plus attractifs de la région Océan Indien
Et puisque nous parlons de réglementation de la gestion des mers et des océans, c’est un pays stable, politiquement, prospère, économiquement, et capable d’assurer un minimum de bien-être à sa population, qui peut jouer, pleinement, son rôle dans l’Océan Indien, en Afrique, et dans le monde.

Propos recueillis par
Jean Paul Tédga

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