BOKO HARAM AU TCHAD : L'opposition et la société civile jugent Déby (complètement) défaillant

La société civile et l'opposition tchadienne dénoncent la "défaillance" du pouvoir qui menace de rétablir la cour martiale au moment où les attaques djihadistes et les violences inter-communautaires se multiplient dans le pays. C'est la victoire de Boko Haram sur Idriss Déby Itno qui disait, il y a quelques années, avoir vaincu Boko Haram. Des déclarations qui sont contredites par les faits.

Le président tchadien, Idriss Déby Itno, a dénoncé, mardi, 4 juin, à N'Djamena, "de fortes complicités locales" avec le groupe djihadiste nigérian, Boko Haram, dans la région du Lac Tchad où, au moins, huit attaques ont eu lieu, depuis juin 2018, appelant à dénoncer "tous ceux qui servent de relais aux terroristes".

Il a, également, menacé de rétablir la cour martiale, supprimée en 1993, alors que l’Est du pays est en proie à un grave conflit inter-communautaire entre éleveurs et agriculteurs. Cette juridiction était compétente pour juger militaires et civils. Le Tchad a aboli, fin 2016, la peine de mort à l’exception des affaires de "terrorisme".

Pour l'opposition tchadienne, les dernières déclarations du chef de l'Etat illustrent son "incapacité" à continuer à présider aux destinées du Tchad. C'est le moins qu'on puisse dire : Déby devrait débarrasser le plancher. C'est un constat unanime dans l'opposition et la société civile. Dans Le Lac Tchad, c'est la débandade. Les populations fuient les exactions de Boko Haram (notre photo). Les populations tchadiennes ne savent plus où donner de la tête, complètement, perdues par Boko Haram.

"C'est la preuve que Déby est incapable de gérer le pays sans recourir à des lois d'exception (...) les conflits intercommunautaires se multiplient de plus en plus. C'est la preuve que le régime actuel est à bout de souffle", a déclaré le président de l’Union nationale pour le développement et le renouveau(UNDR), Saleh Kebzabo.

Au moins, trente et une personnes sont mortes mi-mai dans l’Est du Tchad, au cours d'affrontements opposant agriculteurs autochtones ouaddaïens et éleveurs membres de tribus arabes.

Depuis plusieurs dizaines d'années, l'Est tchadien, zone de transhumance et région stratégique à la frontière avec le Soudan, est en proie à des conflits entre ces communautés. En novembre 2018, des affrontements meurtriers ont fait une dizaine de morts près d'Abéché, capitale du Ouaddaï, province orientale du Tchad.

"Le président Idriss Déby, 66 ans, qui est depuis 29 ans accroché au pouvoir, n’a pas été capable d’instaurer la paix et la sécurité au Tchad", estime le secrétaire général du Parti pour les libertés et le développement(PLD), Mahamat Ahmat Alhabo."Déby doit se blâmer lui-même, c’est l’échec de sa gouvernance", a-t-il ajouté.

Selon des chercheurs, l'augmentation de la sécheresse dans la région et la pression démographique ont intensifié les tensions liées à la transhumance. Et à ces changements structurels, sont venus se greffer des problèmes ethniques.

Les troupeaux appartiennent en grande majorité aux Zaghawa, l'ethnie du président, Déby Itno, selon les agriculteurs, qui dénoncent l'impunité dont les éleveurs bénéficient lorsqu'un différend éclate.

Des élections législatives, maintes fois, reportées doivent avoir lieu en 2019.

"Dans le cas de Boko Haram (...), il faut chercher les causes profondes de la survivance et de la résistance de cette nébuleuse secte islamiste" si "on évoque à demi-mot une certaine complicité de nos compatriotes", estime le fondateur du Mouvement citoyen pour la préservation des libertés (MCPL), association de défense des droits de l’homme, Jean Bosco Manga.

Le Mouvement patriotique du salut (MPS) du président Déby, estime, par contre, que le système judiciaire actuel n'a pas "dissuadé certains de nos concitoyens d’exprimer leur haine en recourant à la violence" dans la région du Lac Tchad et dans le conflit inter-communautaire dans l'Est du pays.

"Le rétablissement de la cour martiale" pourrait les en dissuader, selon un membre du MSP, Jean-Bernard Padaré.

Il y a quelques années, Déby bombait le torse devant les journalistes en leur déclarant qu'il avait vaincu Boko Haram. Aujourd'hui, alors qu'il est, complètement, dépassé par cette secte, il dévie les responsabilités en s'en prenant à des Tchadiens qui seraient des alliés de Boko Haram. Une question lui est, régulièrement, posée par l'opposition : va-t-il maintenir son armée au Nord-Mali alors que cette même armée n'arrive pas à sécuriser Le Lac Tchad, qui est devenu un véritable cimetière pour les militaires tchadiens où Boko Haram malmène cette armée comme jamais ?

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