BOKO HARAM : L'échec patent de Muhammadu Buhari

Muhammadu Buhari ne cesse de le répéter depuis son arrivée au pouvoir : Boko Haram est vaincu. Mais l'enlèvement de masse d'une centaine d'adolescentes, en février, a révélé de graves failles sécuritaires, à un an de l'élection présidentielle. Il a finalement demandé pardon aux familles des filles enlevées. Venu au pouvoir parce qu'il avait promis qu'il vaincrait cette secte, on se rend compte, aujourd'hui, que c'est Boko Haram qui l'a vaincu, la faiblesse de l'armée nigériane n'aidant pas à la résolution du problème, même si au Cameroun, au Tchad et au Niger, Boko Haram est, plutôt, tenu en quarantaine, malgré quelques incursions meurtrières.

Le 19 février, des combattants présumés de Boko Haram, lourdement, armés, sont arrivés par convoi dans la petite ville de Dapchi, dans le Nord-Est du pays, d'où ils ont enlevé 110 jeunes filles âgées de 11 à 18 ans. Ils n'ont d'ailleurs fait face à aucune résistance l'armée ayant quitté cette ville depuis plusieurs mois.

Après une semaine de confusion et de déclarations contradictoires, le président, Muhammadu Buhari, a fini par prendre la parole, qualifiant cette attaque de "catastrophe nationale" et présentant ses excuses aux familles. A 75 ans, le vieux président se sent désabusé. Le peuple qui l'a élu pour vaincre Boko Haram en a eu pour son grade.

Le mode opératoire des djihadistes comme le cafouillage officiel après l'attaque - des responsables ont assuré qu'une partie des victimes avaient été retrouvées, avant de se rétracter - rappellent ce qui s'est passé à 275 km de là, à Chibok, en 2014, lorsque Boko Haram avait enlevé plus de 270 lycéennes. Buhari avait, alors, critiqué le président, Goodluck Jonathan, d'être incapable de faire libérer les filles et d'éradiquer cette secte terroriste. Aujourd'hui, il fait du Goodluck Jonathan sans lui.

Le drame de Chibok avait ouvert les yeux du monde sur les terribles exactions commises par le groupe djihadiste au Nigeria et entraîné une vague d'émotion mondiale sur les réseaux sociaux avec le mouvement "Bring back our girls". Il avait, aussi, contribué, largement, à la défaite de Goodluck Jonathan à la présidentielle, l'année suivante.

Muhammadu Buhari, un ancien général, avait fait de la sécurité dans le Nord-Est l'un de ses principaux arguments de campagne, s'engageant à écraser Boko Haram. Mais, malgré d'incontestables succès - le groupe islamiste armé ne contrôle plus de larges parties du territoire nigérian, comme ce fut le cas entre 2014 et 2015 -, les observateurs s'accordent à dire que la résilience de Boko Haram pourrait coûter cher au président en exercice, à l'approche de l'élection prévue en février 2019. Sauf si, sur le reste de l'année 2018, il inculque une véritable mentalité de gagne à ses militaires afin qu'ils cumulent des succès sur cette secte qui est en train de lui faire perdre le pouvoir comme à son prédécesseur.

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