BURUNDI : Assassinat du ministre burundais de l'Environnement Emmanuel Niyonkuru

Cette crise a été provoquée par la volonté du président, Pierre Nkurunziza, de briguer un troisième mandat et sa réélection controversée en 2015. Le meurtre du ministre, Emmanuel Niyonkuru, intervient quelques jours après que Pierre Nkurunziza eut annoncé qu'il pourrait se présenter, de nouveau, en 2020.

Emmanuel Niyonkuru, 54 ans, ministre de l'Eau, de l'Environnement et de la Planification, a été "tué par un homme armé d'une arme à feu, alors qu'il se rendait à son domicile (dans le quartier de) Rohero, vers 00h45", selon un tweet du porte-parole de la police, Pierre Nkurikiye (notre photo montrant les policiers pendant une intervention).

Le porte-parole a ajouté qu'une femme avait été arrêtée après cet "assassinat" mais sans préciser d'autres circonstances.
Sur Twitter, le président, Nkurunziza, a présenté ses condoléances "à la famille de la victime et à tous les Burundais", affirmant que ce crime ne resterait pas impuni.

Au moins, 500 personnes ont été tuées et 300.000 ont choisi l'exil, depuis le début de la crise provoquée par la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat, en avril 2015.

En décembre, la ligue Iteka, organisation membre de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), a dénoncé une "recrudescence" au cours des trois derniers mois des arrestations et disparitions d'opposants, ainsi que, le climat de "peur généralisée" instauré, selon elle, par les autorités.

Vendredi, 30 décembre, le président, Nkurunziza, a pris le risque d'aggraver cette crise en suggérant qu'il pourrait se présenter à la prochaine présidentielle de 2020.

"Le peuple peut décider chaque fois qu’il le désire (de réformer) la Constitution", a-t-il expliqué, suggérant, ainsi, qu'il était prêt à réviser l'actuelle Constitution, qui prévoit que le chef de l’Etat "est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois".

Des divergences d'interprétation sont à l'origine de la crise actuelle. Pierre Nkurunziza avait été élu, une première fois, par le Parlement, en 2005, dans le cadre d'un mécanisme de sortie de la guerre civile de 1993-2006 prévu par l'Accord d'Arusha (2000), puis, une deuxième fois, au suffrage universel en 2010.

Il considère que son premier mandat ne compte pas, ce qui l'a autorisé à se représenter, fin avril 2015, à un troisième mandat, avant d'être réélu en juillet.

L'opposition, la société civile et une partie de son camp ont, au contraire, jugé ce troisième mandat contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha, précipitant le pays dans une grave crise.
Si M. Niyonkuru est le premier ministre à être assassiné, d'autres personnalités du régime ont, déjà, été visées.

Le général, Adolphe Nshimirimana, considéré comme le bras droit du président, Nkurunziza, a été tué en août 2015. Près d'un an plus tard, une ancienne ministre et porte-parole du gouvernement, Hafsa Mossi, a, également, été tuée, par balle, dans sa voiture.

D'autres attentats n'ont pas réussi. En novembre, le responsable de la communication présidentielle, Willy Nyamitwe, a échappé à une embuscade tendue par un groupe d'hommes armés à Bujumbura.
En avril, le ministre des droits de l'homme, Martin Nivyabandi, et sa femme ont été blessés dans un attentat à la grenade à la sortie d'une église.

L'assassinat du ministre de l'Environnement intervient, aussi, dans le contexte d'un resserrement du contrôle exercé par le régime.

Vendredi, les députés ont adopté un projet de loi visant à mettre fin "au désordre et la confusion" dans le domaine des ONG internationales, accusées de soutenir l'opposition et alimenter l'insurrection, en imposant un contrôle strict de leurs finances et projets.

Le Burundi s'est, aussi, engagé, en octobre, dans un processus de retrait de la Cour pénale internationale (CPI), qui enquêtait sur les accusations de graves abus contre le gouvernement.

Un rapport de l'ONU publié, le mois précédent, accuse Bujumbura d'être responsable de graves violations des droits de l'homme et a mis en garde contre de possibles "crimes contre l'humanité" et un "grand danger de génocide".

Avec AFP

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