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BURUNDI : Gare à ceux qui votent NON au référendum

On savait que le Burundi était une petite dictature. Mais, ce qu'on ignorait, c'est qu'il est une petite dictature, pleinement, accomplie. Dans ce pays, pas moyen de dire Non quand Pierre Nkurunziza, lui, dit Oui. La police vient, implicitement, menacer d'arrestation, ceux et celles des Burundais et des Burundaises, qui font campagne pour le "Non" au référendum constitutionnel très contesté prévu en mai et qui devrait, logiquement, permettre au président de rester au pouvoir jusqu’en 2034, au moins.

Je lance “un avertissement et une mise en garde à toute personne qui par son action ou son verbe, tentera d’entraver ce processus (...), particulièrement, à la jeunesse qui est trompée par certains politiciens”, a lancé sur un ton solennel, Pierre Nkurikiye, le porte-parole de la police, dans une vidéo postée, mardi, 13 février, sur le site de la radio-télévision nationale.

“L’exemple le plus récent ce sont les élèves et un instituteur qui ont été arrêtés hier (lundi, 12 février) et aujourd’hui (mardi) à Ngozi (province du Nord), dans la commune Nyamurenza. (Ils) passaient d'une maison à une autre vers 18h00 pour enseigner aux gens à voter +Non+”, a-t-il ajouté.

Au total, un professeur de collège et quatre lycéens et collégiens ont été arrêtés pour ce motif depuis trois jours, un des collégiens ayant été appréhendé et menotté alors qu’il se trouvait en classe, selon une source administrative et des témoins.

Le gouvernement a lancé le 12 décembre une "campagne d'explication" autour de la réforme constitutionnelle. Mais, la campagne officielle ne commencera que deux semaines avant le référendum, et personne n'est, encore, autorisé à défendre, ouvertement, le Oui ou le Non. Voilà ce que soutient, officiellement, le gouvernement, alors qu'on sait bien que les mêmes mises en garde et arrestations n'auraient jamais eu lieu sur des personnes qui faisaient campagne pour le Oui.

Justement, l'opposition dénonce un "deux poids-deux mesures flagrant", estimant que les ministres et responsables du parti au pouvoir (Cndd-FDD) n'hésitent pas à faire campagne pour le Oui, sans être menacés par la même police.

Au moins, 50 militants d’opposition, issus, essentiellement, des ex-rebelles des Forces nationales de libération (FNL) d'Agathon Rwasa, ont été arrêtés sous l'accusation de promouvoir le "Non", depuis le début de la campagne d’explication pour ce référendum.

La plupart de ces arrestations ont été le fait des Imbonerakure, les membres de la ligue des jeunes du Cndd-FDD qualifiés de milice par l'ONU, qui sont très impliqués dans le maintien de l’ordre, surtout, dans les zones rurales, où ils font la pluie et le beau temps.

Le gouvernement a adopté, fin octobre, un projet (très contesté) de révision de la Constitution, soumis à référendum, qui permettrait au président, Pierre Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, de briguer à partir de 2020 deux mandats de sept ans.

Toute l’opposition burundaise est vent debout contre une révision constitutionnelle qui "va signer la mort" de l’Accord de paix signé en 2000 à Arusha, lequel avait ouvert la voie à la fin de la guerre civile (1993-2006) ayant fait plus de 300.000 morts.

L'annonce en avril 2015 de la candidature de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat controversé avait ouvert une crise politique qui a fait, depuis, au moins, 1.200 morts et plus de 400.000 déplacés. Le bout du tunnel est, encore, bien loin.

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