BURUNDI : le général Evariste Ndayishimiye prête serment pour succéder au « petit despote de Bujumbura »

Comme nous l'avions écrit, récemment, Pierre Nkurunziza, l'ancien président du Burundi et « petit despote de Bujumbura » comme l'avait surnommé Afrique Education, s'en est allé définitivement. Non candidat à sa succession pour un 4e mandat, lors de l'élection présidentielle du 20 mai, il est décédé du Covid-19, le 9 juin dernier. Son successeur, le général, Evariste Ndayishimiye, a prêté serment, jeudi, 18 juin, avec deux mois d'avance sur la date prévue, à cause de ce décès soudain de son prédécesseur. En effet, Pierre Nkurunziza aurait dû quitter le pouvoir le 20 août. Deux mois, plus tôt que prévu, le général prend, donc, en mains, les destinées d'un pays divisé, isolé, appauvri et confronté à plusieurs autres maux.

Evariste Ndayishimiye a prêté serment dans le stade Ingoma de Gitega, la capitale administrative du pays, ce jeudi, 18 juin (notre photo). "Je jure fidélité à la Charte de l'Unité nationale, à la Constitution de la République du Burundi, et à la loi...", a déclaré le nouveau chef de l'Etat.

En raison de la situation sanitaire, les autorités avaient demandé au public de se présenter assez tôt pour se plier aux mesures sanitaires mises en place, comme le lavage des mains et la prise de température. Aucun chef d'Etat étranger n'a pu y assister.

Elu à la présidentielle du 20 mai, le nouveau chef de l'Etat est l'un des acteurs clés d'un pouvoir qui a mené une répression meurtrière ayant fait plus de 1 200 morts et conduit 400 000 Burundais à l'exil, après la candidature controversée de Pierre Nkurunziza à un troisième mandat en avril 2015.

A son passif, notent les associations de droits de l'homme, il n'a pas empêché les exactions à l'encontre des opposants, militants des droits de l'Homme et journalistes indépendants, commises notamment par les Imbonerakure, la ligue de jeunesse du CNDD-FDD. Malgré tout, il n'a pas personnellement été mis en cause dans de tels abus, et est perçu comme plus tolérant que son prédécesseur et ne faisant pas partie de la frange la plus intransigeante du régime, frange à laquelle appartient, Révérende pasteure, Denise Nkurunziza, l'ancienne première dame du Burundi.

La disparition de Pierre Nkurunziza, qui devait rester très influent, pourrait lui donner les coudées un peu plus franches. Mais, les analystes s'interrogent sur sa capacité à s'affranchir du groupe de généraux, qui détiennent la réalité du pouvoir et à réconcilier un pays encore traumatisé par la crise de 2015.

Lors de la cérémonie d'investiture, l'archevêque de Gitega, Mgr Simon Ntamwana, qui s'était publiquement opposé, en 2015, au troisième mandat de Pierre Nkurunziza, a appelé le nouveau président à ramener "la paix entre les Burundais".

La communauté internationale, dont les principaux bailleurs de fonds du Burundi (UE, Belgique, Allemagne...), qui depuis 2015 lui imposent des sanctions, paraît prête à laisser sa chance à Evariste Ndayishimiye.

Il a lancé quelques signes d'ouverture à son intention et pourrait chercher à sortir son pays de son isolement, si préjudiciable sur le plan économique.

Le Burundi est classé parmi les trois pays les plus pauvres au monde par la Banque mondiale, qui estime que 75 % de la population vit en-dessous du seuil de pauvreté, contre 65 % à l'arrivée au pouvoir de Pierre Nkurunziza en 2005.

Evariste Ndayishimiye avait promis lors de la campagne de faire de l'éradication de la pauvreté et du développement du pays sa priorité.

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