BURUNDI : Nkurunziza s'attaque aux ONG qu'il veut réduire au silence

Ce projet de loi avait été annoncé par le président burundais, Pierre Nkurunziza, au lendemain de sa réélection très contestée, en juillet 2015, au moment où le pouvoir accusait de nombreuses ONG internationales de soutenir l'opposition et d'alimenter l'insurrection avec leurs fonds.

Ce texte a été adopté par 105 voix pour, 1 contre et aucune abstention, a annoncé le président de l'Assemblée, Pascal Nyabenda.

Selon l'exposé des motifs, les ONG internationales devront payer 500 dollars (480 euros) de frais administratifs sans que cela leur garantisse d'être accréditées, "respecter la réglementation bancaire en vigueur notamment en matière de change, mettre tous leurs fonds en devises sur un compte de la banque centrale et virer le tiers de leur budget annuel sur ce compte avant la signature d'une convention générale de coopération".

Nkurunziza prend les Burundais pour les moins que rien qu'il peut tromper à souhait. La vérité, c'est que son gouvernement, sous le coup de sanctions de ses principaux bailleurs de fonds (Union européenne, Belgique, Allemagne...), tente de contrôler le peu de devises, qui entrent, encore, dans le pays, classé le plus pauvre du monde par la Banque mondiale, en 2015, et dont l'économie est en totale ruine.

Le texte prévoit, aussi, que les frais de fonctionnement des ONG ne dépassent plus 35% de leur budget annuel, et qu'elles présentent un rapport semestriel et annuel d'activités sous peine de sanctions.
Il leur enjoint, également, de "respecter les équilibres ethniques prévus par la Constitution du Burundi" dans le recrutement de leur personnel local.

Le pouvoir burundais, aux mains des ex-rebelles hutu du CNDD-FDD, a, toujours, accusé les ONG internationales d'employer, essentiellement, du personnel issu de la minorité tutsi (14% de la population).
La Constitution burundaise, issue de l'Accord d'Arusha ayant permis de mettre fin à une guerre civile (1993-2006) qui a fait plus de 300.000 morts, prévoit des quotas ethniques entre Hutu (85% de la population) et Tutsi. Mais, uniquement, pour les corps de défense et de sécurité (armée, police et services secrets), les postes électifs et la haute fonction publique.

Selon le ministre de l'Intérieur, Pascal Barandagiye, qui a défendu le texte, les ONG étrangères consacrent près de 70% de leur budget à leurs frais de fonctionnement, "au détriment des activités de développement".

"Ayant pris conscience du désordre et de la confusion qui s'étaient installés dans ce domaine " et face à une "situation préjudiciable à l'économie du pays", le gouvernement a, donc, décidé d'agir, a-t-il justifié.
"C'est ce que l'on craignait", a réagi, sous couvert de l'anonymat, un diplomate occidental. "Cette loi risque de paralyser les activités des ONG qui oeuvrent au Burundi."

Car Nkurunziza s'est mis tout seul dans son propre piège. Il a cru tromper la communauté internationale en lui affirmant qu'il respecterait la constitution et les Accords d'Arusha, avant de faire volte face. Il s'est, ensuite, présenté à la présidentielle qu'il a gagnée comme une lettre à la poste, croyant que les protestations de l'opposition n'allaient pas dépasser quelques semaines. Malheureusement, pour lui, ces protestations ne finiront que le jour où il quittera le pouvoir. Pas avant. En attendant sa décision de quitter la présidence de la République, le Burundi est plongé dans une grave crise qui, outre les caisses vides de l'Etat provoquées par le gel de toutes les coopérations bilatérales et multilatérales occidentales, a, déjà, provoqué plus de 500 morts et poussé plus de 300.000 personnes à quitter le pays. Si Nkurunziza décide de quitter le pouvoir, aujourd'hui, dès demain, il y aura embouteillage de réfugiés burundais qui voudront regagner leur pays, et par la même occasion, toutes les coopérations bilatérales et multilatérales occidentales se remettront en place, pour le bonheur des Burundais.

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