BURUNDI : Vers une présidence à vie pour Pierre Nkurunziza

Le Burundi s'appauvrit un peu plus chaque jour que Dieu fait. Tous les budgets des ministères ont été revus à la baisse, le pays ne recevant plus l'aide extérieure. Même le plus gros donateur, l'Union européenne, a supprimé la sienne, ne laissant que celle qui concerne, directement, les populations. Cette décision s'explique par l'entêtement du président, Pierre Nkurunziza, à se présenter pour un troisième mandat auquel il n'avait pas droit. Au ministère de l'Education nationale, par exemple, le budget a été diminué de 2/3 par rapport à celui de l'année dernière. Bref, rien ne va plus au Burundi. Pourtant, Pierre Nkurunziza a décidé d'affronter encore plus son opposition et la société civile, en nommant une commission de révision de la constitution pour lui permettre de se présenter à la présidentielle autant de fois qu'il le souhaitera. Il a nommé cette commission quelques heures après avoir reçu un rapport sur des consultations menées depuis plus d'un an auprès de 26.000 Burundais, et qui affirme, notamment, que la "majorité" des personnes consultées ont en commun "la volonté de supprimer la limite des mandats".

En 2016, le petit despote de Bujumbura avait laissé entendre qu'il pourrait se représenter en 2020, "si le peuple le demande" : "Le peuple peut décider chaque fois qu’il le désire (de réformer) la Constitution", avait-il déclaré, suggérant ainsi qu'il était prêt à réviser l'actuelle Constitution, dont l'article 96 prévoit que le chef de l’Etat "est élu au suffrage universel direct pour un mandat de cinq ans renouvelable une fois".

Des divergences sur l'interprétation de cet article sont à l'origine de la crise actuelle. M. Nkurunziza avait été élu une première fois par le Parlement en 2005, dans le cadre d'un mécanisme de sortie de guerre civile (1993-2006) prévu par l'Accord d'Arusha (2000), puis, une deuxième fois au suffrage universel en 2010.

Il considère, donc, que son premier mandat ne compte pas, ce qui l'a autorisé à se représenter fin avril 2015 à un troisième mandat, avant d'être réélu en juillet de la même année.
L'opposition, la société civile et une partie de son camp ont, au contraire, jugé ce troisième mandat contraire à la Constitution et à l'Accord d'Arusha, précipitant le pays dans une grave crise qui perdure.
Le Cnared, plateforme regroupant la quasi-totalité de l'opposition burundaise intérieure et en exil, a dénoncé cette velléité de révision de la Constitution. "Ce n'est pas une surprise car ceci est la consécration d'un projet mûri de longue date par M. Nkurunziza en vue de régner à vie, à cause de sa vision messianique" (notre photo montrant Nkurunziza en train de se faire bénir par un messie venu d'Occident), a réagi Charles Nditije, le président du Cnared.

"Son objectif est de casser le verrou des deux mandats et d'enterrer l'Accord de paix d'Arusha", a-t-il poursuivi. "C'est une déclaration de guerre au peuple burundais, qui ne va pas se laisser faire", a-t-il lancé.
Le porte-parole du chef de l'Etat, Jean-Claude Karerwa Ndenzako, a, au contraire, estimé que M. Nkurunziza prenait "au sérieux les avis et considérations exprimés par les Burundais" : "Il faut attendre les conclusions de cette commission qui seront soumises, le cas échéant, à référendum", a-t-il ajouté, appelant l'opposition "à respecter le peuple burundais, seul détenteur du pouvoir".

Cette commission est constituée de 14 hommes et une femme, tous membres ou proches du CNDD-FDD, le parti au pouvoir, selon des sources concordantes. Autant dire que ses conclusions ne donne lieu à aucun mystère.

La crise au Burundi a, déjà, fait entre 500 et 2.000 morts selon les sources (ONU ou ONG), et poussé plus de 400.000 Burundais à l'exil. Nkurunziza, lui, reste de marbre comme s'il n'en était pas le principal responsable.

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