CAMEROUN : Décès en prison d'un journaliste anglophone arrêté il y a dix mois

C'est triste. Triste pour le journaliste, Samuel Wazizi, qui vient de mourir en détention. Triste pour sa corporation qui demande des comptes au gouvernement. Triste pour le métier de journaliste, ces historiens du présent, dont le gouvernement dénie, parfois, le rôle et parfois l'utilité. Triste pour le Cameroun tout simplement. Car un pays qui laisse mourir ses journalistes en prison, pour des questions d'opinion, est un pays, qui prend une pente glissante. Arrêté en août 2019 pour avoir critiqué la gestion par Yaoundé de la crise anglophone, Samuel Wazizi est mort en détention, ont titré plusieurs journaux camerounais ce matin. Pour ramener un peu de sérénité, les ministres de la Communication, René Sadi, et de la Défense, Joseph Beti Assomo, devraient donner au plus vite quelques explications à la corporation. Leurs regrets ne seraient pas malvenus. C'est à leur honneur. Par les temps qui courent au Cameroun, personne n'a le droit de mettre de l'huile sur le feu.

Car que se passe-t-il pour qu'on s'en prenne aux journalistes dans l'exercice de leur métier ? Veut-on restaurer la parole unique, comme à l'époque de l'UNC sous les tyranneaux, Sadou Daoudou et autres Moussa Yaya Sarkifada ? On a du mal à comprendre que les intellectuels et non moins journalistes de la trempe de Jacques Fame Ndongo (ancien directeur de l'école locale de journalisme, l'ESSTIC), Paul Célestin Ndembiyembé Bakoumé, Peter Essoka et beaucoup d'autres acceptent, platement, que l'image de leur pays soit ainsi ternie. Gratuitement. Et pour peu de chose. C'est quoi le mal si un journaliste dans sa chronique ou son commentaire, se laisse aller dans des sentiments un peu personnels sur la crise anglophone, une communauté anglophone à laquelle lui-même appartient ? Il faut vraiment que les tenants du pouvoir se réveillent car la trajectoire empruntée n'est pas bonne.

Présentateur de la chaîne de télévision régionale, Chillen Media Television, Samuel Wazizi (de son vrai nom Samuel Abuwe Ajiekha), avait été arrêté le 2 août 2019 à Buea, chef-lieu de la région anglophone du Sud-Ouest, pour «avoir tenu sur sa chaîne des propos critiques à l'égard des autorités sur leur gestion de la crise dans les régions anglophones du Cameroun», note RSF (Reporters sans frontières) dans son communiqué. Depuis près de trois ans, des groupes séparatistes et l'armée s'affrontent dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun, où vit l'essentiel de la minorité anglophone qui s'estime marginalisée. Une infime partie d'entre eux a pris les armes contre Yaoundé et réclame l'indépendance de ce territoire. Sans succès.

D'où des combats, qui ont fait plus de 3.000 morts et forcé plus de 700.000 personnes à fuir leur domicile. Certaines d'entre elles commencent à revenir et le gouvernement a voté des moyens importants pour réparer les dégâts causés par cette guerre.

Cinq jours après son arrestation en août 2019, notre confrère avait été «récupéré» par des militaires, affirme RSF. Le SNCJ (Syndicat national des journalistes camerounais) qui suit, également, ce fâcheux événement, relève qu'il n'avait, jamais, été présenté devant la justice, ce que confirme son avocat Me Lyonga Ewule. Il aurait été «détenu au secret» en «dehors de toute procédure légale», ajoute RSF.

Son corps est arrivé lundi à la morgue «sous forte escorte», selon une source de l'hôpital militaire de Yaoundé également citée par RSF. «Nous demandons aux autorités de briser le silence intolérable autour de cette affaire (...) et de conduire une enquête sérieuse et indépendante pour établir (...) les circonstances ayant conduit à cet évènement tragique», a déclaré Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.

Il faut demander, avec insistance aux autorités de cesser de traiter, parfois, des journalistes qui refusent de chanter les louanges du régime, comme des ennemis de la nation. La presse camerounaise est l'une des plus virulentes du continent. Et ce depuis des années. C'est connu qu'elle ne fait pas de cadeau aux hommes du pouvoir qu'elle accuse de tous les maux d'Israël. Mais, elle n'interdit pourtant pas à ces tenants du pouvoir de dormir sur leurs deux oreilles. On comprend donc mal que pour un banal commentaire, on se retrouve à laisser une veuve et des orphelins alors qu'on avait à peine commencé à jouir de la vie.

Alors Plus Jamais Ca  Chères autorités de Yaoundé !

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