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CAMEROUN : Nous dit-on la vérité ?

Les lecteurs d'Afrique Education sont à ma recherche. Jusqu'à ce lundi, 15 janvier, matin, où je rédige cet éditorial, ma secrétaire continue de recevoir des appels qui ont l'air d'un avis de recherche : « Où est le journal » ? « On a cherché le nouveau numéro d'Afrique Education sans trouver ». « Le journal est sorti » ? « Monsieur Tédga a-t-il disparu » ? Etc, etc. Anne, ma secrétaire, n'a fait que rassurer les fidèles lecteurs de votre magazine préféré, pendant toute la durée de mon séjour au Cameroun. Me (re)voilà ! Je vous reviens, en chair et en os. Prêt pour de nouveaux combats.

Je vous dois la vérité : Le 9 novembre, je me suis rendu au Cameroun pour faire deux petites semaines. Pas plus. Mais, une fois, sur place, devant l'insistance de ma famille et de ma belle-famille, j'ai dû faire une troisième semaine. Je précise que, depuis 34 ans que je vis en France, je ne suis jamais resté de façon continue, sept jours au Cameroun. J'y suis, toujours, de passage, en transit, comme si ce n'était plus mon pays, alors que je suis Camerounais de nationalité. J'ai fini par exaspérer mes parents, qui ne me voient, au pied levé, que lorsque je reviens du Gabon, du Centrafrique ou de la Guinée équatoriale. Toujours en train de courir. Cette fois-ci, je leur ai fait plaisir. C'est ainsi qu'après trois semaines de séjour, j'ai été convaincu d'en faire quatre, puis, cinq, puis, six. L'appétit venant en mangeant, je n'ai pas résisté à l'idée de passer les fêtes de Noël et du Nouvel An, au pays, au chaud, sous les étoiles, comme pendant ma tendre jeunesse. Souvenirs souvenirs...

« Noël sous les cocotiers » ? Je viens de le vivre, à nouveau, comme pendant ma tendre enfance. Le 24 décembre au soir, j'étais à l'église Adna, à Yaoundé, avec mon beau-frère. Le reste du temps, je suivais les chants de Noël diffusés sur les télévisions camerounaises (CRTV, Canal 2 International, Vision 4, Equinoxe TV, STV, etc.) avec beaucoup d'émotion. Je me suis, totalement, coupé des chaînes internationales d'information. Je passais mon temps à zapper. Une chaîne panafricaine a attiré mon attention : Afrique Média. Depuis la mort des grands présidents comme le Guide Kadhafi, le patriarche Ondimba ou le Sage Eyadèma, on ne sait plus à qui s'adresser quand on rencontre un problème ou quand on veut avoir un avis. Je ne prêche pas pour ma propre chapelle. Je pense que les dirigeants africains devraient, financièrement, soutenir Afrique Média. Car cette chaîne de télévision est un excellent outil de conscientisation des peuples africains.

Parlant du Cameroun, je me suis fait ma religion sur la crise anglophone, qui est au centre des débats au Cameroun, surtout, après l'arrestation du leader des indépendantistes, Ayuk Tabe.

Je pense, sincèrement, que si le Cameroun ne s'était pas vu octroyer la péninsule de Bakassi au terme d'un jugement prononcé à la Cour internationale de justice de la Haye, et si cette péninsule ne regorgeait pas de pétrole et de gaz, on n'aurait pas eu droit à cet activisme des sécessionnistes, qui a conduit, ces derniers mois, à la proclamation de leur indépendance, le 1er octobre dernier. Une indépendance reconnue par aucun pays ni organisation internationale. Je soupçonne certaines forces occultes américaines, canadiennes et britanniques, mais, aussi, nigérianes, multi-milliardaires en dollars ou en nairas, de financer ce mouvement, de multiples manières, juste parce qu'elles ont des visées sur le pétrole et le gaz de Bakassi. Une fois l'indépendance de cette partie du Cameroun obtenue de gré ou de force, ce sont ces bailleurs de fonds occultes qui géreraient les ressources de cet Etat, nouvellement, créé.

Au Cameroun où je viens de faire deux mois, l'idée de sécession ne passe pas du tout, ni chez la très grande majorité des Anglophones, et encore moins, chez les Francophones. Tous sont prêts à prendre les armes pour défendre toute l'intégrité de leur territoire.

Sans faire de la politique (que j'exècre), Paul Biya, à sa manière, a bien géré cette crise qui va mourir, progressivement, de sa propre et belle mort. Qu'ils soient de l'opposition ou apolitiques, les Camerounais restent derrière leur « chef suprême des armées » dès lors qu'un cm² de leur triangle équilatéral est sous une quelconque menace. On l'a vu avec la rébellion de Boko Haram qui a échoué à créer un califat avec une partie du territoire camerounais. Le BIR (Bataillon d'intervention rapide) a stoppé net les prétentions de Shekau dont beaucoup de partisans désertent ses rangs pour retourner dans leurs villages au Cameroun. Fermés, en grande partie, au plus fort moment de la crise en 2014 et 2015, les 2.000 kilomètres de frontières avec le Nigeria sont quasi-ouverts, depuis 2017.

Le Cameroun organisera les législatives, les sénatoriales, les locales et la mère des élections qui est la présidentielle cette année. Un calendrier chargé ! Si Paul Biya, l'actuel titulaire de la fonction, se (re)présente, il n'y aura pas match. Le pays que j'ai ausculté, pendant deux mois, ne compte aucun adversaire à sa pointure. Elecam (Elections Cameroun) n'aura pas besoin de tricher pour le faire plébisciter. Après ses succès sur Boko Haram et les sécessionnistes de la crise anglophone, au lendemain de sa distribution gratuite de 500.000 ordinateurs, à tous les étudiants camerounais des universités et grandes écoles publiques et privées, l'actuel locataire du Palais d'Etoudi n'aura même pas besoin de faire campagne, pour gagner la présidentielle.

Chers lecteurs, Chères lectrices, je vous retrouve, en ce début d'année 2018 engagé plus que jamais pour l'indépendance de notre beau continent. Engagé dans la lutte pour la création d'une monnaie authentiquement africaine. Engagé dans la conscientisation et l'éducation de nos masses populaires. Bref, en 2018, comme par le passé, on sera ensemble.

Mais, je vous le dis tout de suite. Dans la deuxième quinzaine de décembre, je vous abandonnerai, à nouveau, pour quelques trois ou quatre semaines, pour aller passer Noël et le Nouvel An, sous les étoiles, dans mon pays natal. Avant de vous retrouver courant janvier 2019. Inch'Allah !

N.B. Le numéro 459-460 sera chez les marchands de journaux mardi 23 janvier (pour deux semaines de vente en kiosque). Les abonnés auront leur journal vendredi 19 janvier.

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