CENTRAFRIQUE : Se dirige-t-on (enfin) vers la fin de l'impunité ?

Faustin Archange Touadéra, le chef de l'Etat centrafricain, a-t-il décidé, enfin, de changer de fusil d'épaule ? Après avoir fait le pari de recruter, massivement, les rebelles dans les instances du pouvoir d'Etat pour des résultats plus que mitigés, il a été mis face à la réalité de ses choix avec la sauvage attaque de Paoua où ses « nouveaux amis » au pouvoir, ont massacré une quarantaine de civils totalement apolitiques, qui ne demandaient qu'à vaquer à leurs occupations quotidiennes. Face au tollé international que suscite son inaction face aux groupes rebelles qui continuent d'écumer le pays qu'ils occupent à près de 80%, il vient de (mollement) réagir en décidant de traduire quelques assassins de Paoua devant la Cour pénale spéciale (CPS), créée pour juger les auteurs de violations graves des droits humains en Centrafrique. Mieux vaut tard que jamais : cette annonce a été faite, mardi, 30 juillet, par le procureur général de la Cour d'appel de Bangui, Eric Didier Tambo.

Lundi, 29 juillet, le parquet général de Bangui a transmis le dossier à la CPS et déféré les trois suspects auprès du procureur de la CPS. «C'est un crime de masse qui relève de la compétence de cette Cour», a indiqué le procureur général Eric Didier Tambo.

Le 21 mai, des éléments du groupe armé 3R (Retour, Réclamation, Réconciliation) avaient lancé une série d'attaques contre la ville de Paoua, située dans le Nord du pays. 46 civils avaient été tués dans ces attaques, selon l'ONG Human Rights Watch (HRW). Après un ultimatum de la mission de l'ONU (Minusca) suivi bien plus tard après beaucoup d'hésitation du gouvernement centrafricain au leader du groupe 3R, Sidiki Abass (aussi connu sous le nom de Bi Sidi Souleymane), trois coupables présumés avaient été livrés par le groupe aux autorités judiciaires du pays.

A ce jour, ces trois suspects sont les seuls mis en cause dans l'affaire. Sont-ils les seuls à avoir tué les 46 civils ? A Bangui, on en doute mais au regard de la grande faiblesse du gouvernement à s'attaquer, réellement, à la rébellion, et ce à un peu plus d'un an d'une périlleuse élection présidentielle où le bilan de Touadéra devra être exposé aux Centrafricains, le pouvoir a dû se faire violence dans sa politique d'impunité, en sacrifiant trois petits lampistes. Cela dit, la CPS n'est pas dans le même registre laxiste que le gouvernement. Son enquête pourrait remonter jusqu'au leader des 3R. Un rapport de HRW publié le 18 juillet avait, en effet, souligné la responsabilité (directe) de Sidiki Abass (notre photo) dans les attaques de Paoua.

Le chef des 3R avait été nommé «conseiller spécial militaire» auprès du premier ministre après la signature, le 6 février, d'un accord de paix entre le gouvernement et 14 groupes armés, qui contrôlent une grande partie de la Centrafrique, plus de 80%.

En juin, le ministre de la justice, Flavien Mbata, avait rappelé que l'accord de Khartoum «ne limite pas les compétences de la CPS». Jusqu'à cette annonce, aucune information n'avait filtré sur le contenu des dossiers instruits par la CPS, créée par décret en 2015, inaugurée en octobre 2018 et composée de juges nationaux et internationaux.

Huit mois après son inauguration, la CPS a instruit quatre dossiers. Trois autres font l'objet d'une enquête préliminaire. Au total, 27 plaintes ont été déposées. Le Centrafrique est déchiré par de fortes violences depuis le renversement en 2013 du président François Bozizé dont le premier ministre à l'époque se trouvait être l'actuel président, Faustin Archange Touadéra. Cette situation rend inconfortable l'action de l'actuel tenant du pouvoir à Bangui qui semble assis entre deux chaises sans réellement savoir sur laquelle poser, confortablement, ses deux fesses.

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