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COMORES : L'ancien président Ahmed Abdallah Sambi inculpé et mis en prison sur décision de justice

L'ancien président des Comores, Ahmed Abdallah Sambi, a été inculpé et placé en détention dans le cadre d'une enquête sur des détournements de fonds opérés lors d'une vaste fraude aux passeports, a-t-on appris mardi auprès de son avocate. Dans une interview à Afrique Education (numéro 466-467 de juillet-août 2018), actuellement, chez les marchands de journaux, le président, Azali Assoumani, était revenu en long et en large sur le problème Sambi. Cette interview sera visible sur le site quotidien d'Afrique Education (www.afriqueeducation.com), samedi, 25 août 2018.

A la question, « La résidence surveillée est-elle une sorte de protection pour lui (Ahmed Sambi) » ?, le président, Azali Assoumani, a répondu : « Ahmed Sambi est quelqu'un qui n'a jamais voulu comprendre qu'il n'était plus président de la République. Il a quitté le pouvoir en 2011 et depuis, il n'a pas compris qu'il n'est plus président... A chaque fois qu'il voyage ou qu'il en revient, il fait toujours appel à des centaines de partisans pour venir l'acclamer. C'est de la provocation. Par pur respect pour votre successeur, vous ne pouvez pas venir à la fête nationale, pendant que le président de la République est déjà installé, vous, l'ancien président arrivez sur le lieu avec des dizaines de partisans qui vous acclament comme si c'était vous le président de la République. Donc, son problème, c'est qu'il n'a pas compris qu'il n'est plus président. Mais, il peut demander à redevenir président comme moi. Ca, c'est le cas général. Maintenant, le cas particulier : il y a une enquête qui a été ouverte sous la diligence de l'Assemblée nationale, qui a mis en place une Commission d'enquête parlementaire, qui a rédigé une étude qui m'a été remise et que j'ai envoyée à la justice. Cette dernière a ouvert une enquête. Avant même de venir, lui, Sambi savait qu'il allait être auditionné. Mais, en venant, il a fait déplacer des manifestants, des gens pour l'accueillir. Si bien que moi qui passais par là venant d'Anjouan, ma voiture s'est trouvé bloquée par ses partisans, moi, le président de la République. Et puis, quand il a été auditionné, il est parti avec ses militants à la mosquée prier et chanter l'hymne national. Il est parti dispenser des cours sur la paix et la sécurité, pendant cette période de ramadan. Conséquence, j'ai été obligé de demander au ministre de l'Intérieur de prendre des mesures administratives à son encontre. On était au mois de ramadan qui est sacré pour tous les musulmans. Notre intervention était, parfaitement, justifiée. L'enquête se poursuit et c'est du ressort de la justice... ».

Question d'Afrique Education : « Cette situation n'a rien à voir avec le problème des passeports » ?

Réponse du président Azali Assoumani : « Oui, c'est ça le fond du problème. Malgré la désapprobation de la majorité des députés, il a, avec l'aide d'une quinzaine de députés, effectué un passage en force pour faire voter sa loi malgré l'hostilité du président de l'Assemblée nationale. Il l'a promulguée. La Cour constitutionnelle a avalisé ce processus sans se poser aucune question de conscience. Quelqu'un qui veut investir aux Comores, avait droit à ce passeport. Cela se fait dans tous les pays du monde. Qu'a-t-il fait lui ? Il a vendu les passeports, c'est-à-dire, que les gens qui ont acheté le passeport comorien, ne sont pas des investisseurs. Pire, l'argent avec lequel les « investisseurs » achetaient le passeport comorien, n'a pas été déposé au trésor public. Donc 1) Le projet n'a pas été appliqué comme il se devait. 2) Les recettes de ce projet malgré les défaillances, n'ont pas été versées dans les caisses de l'Etat. Et c'est là où le parlement a décidé de constituer une Commission d'enquête pour en savoir un peu plus. Et surtout, pour tirer les leçons de ce problème. Car, il faut le dire, on a, déjà, trouvé le passeport comorien entre les mains des terroristes. Vous vous rendez compte de la légèreté de cet homme (Sambi) » ? (fin de citation).

Autre question : « Les Américains affirment que grâce aux passeports comoriens délivrés aux hommes d'affaires et opérateurs économiques iraniens, l'Iran a pu contourner l'embargo » (sur notre photo le président Sambi en visite officielle en Iran chez le président Ahmadinejad en juin 2008). Le président, Azali Assoumani, a, également, répondu à cette question sans se défiler, mais aussi, à beaucoup d'autres. Si vous n'allez pas chez votre marchand de journaux vous procurer ce numéro double encore disponible, vous pourrez lire cette interview, samedi, 25 août, sur le site quotidien www.afriqueeducation.com

Qui est Ahmed Abdallah Sambi ? Au pouvoir de 2006 à 2011, il est l'un des principaux opposants au régime, assigné à résidence depuis quatre mois, accusé d'"atteintes à l'ordre public", pour des raisons que le président de la République vient d'évoquer dans cet extrait d'interview.

Lundi, 20 août, après-midi, un juge d'instruction l'a inculpé de "corruption, détournement de deniers publics, complicité de faux et usage de faux et forfaiture" dans un scandale de fraude aux passeports et a ordonné son placement en détention.

Un récent rapport parlementaire l'a accusé, ainsi que, son successeur Ikililou Dhoinine, d'avoir détourné des millions de dollars dans le cadre d'un programme de vente de passeports à des apatrides qui a défrayé la chronique.

Lancé en 2008 lorsque M. Sambi dirigeait les Comores, ce projet visait à "vendre" la citoyenneté comorienne à des populations apatrides du Koweït et des Emirats arabes unis, connues sous le nom de "bidouns", en échange d'investissements des deux pays dans l'archipel de l'Océan Indien.

Les députés comoriens ont évalué à 971 millions de dollars le montant de l'argent détourné à la faveur de ce programme, soit, près de 80% du produit intérieur brut annuel du pays.

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