CORONAVIRUS 2019-nCoV : Ce que les scientifiques savent (et ne savent pas encore) de la maladie

Depuis le signalement des premiers cas de coronavirus, le 5 janvier, les scientifiques multiplient les découvertes sur ce nouveau virus, mais, de nombreuses inconnues empêchent, encore, de déterminer l'impact mondial de l'épidémie. "Une mystérieuse pneumonie". C'est ainsi qu'était présenté le coronavirus 2019-nCov lors de son premier signalement par les autorités chinoises, dimanche, 5 janvier.

Selon un dernier bilan fourni dans la soirée de lundi, 3 février, par le gouvernement  chinois, 425 patients sont morts, après que les autorités de la province du Hubei ont annoncé 64 nouveaux décès. Un premier décès hors de ce pays a été signalé dimanche aux Philippines, un Chinois de 44 ans, originaire de Wuhan, sur les quelque 150 malades répertoriés dans 24 autres pays, dont la France (sur notre photo, des médecins chinois viennent en renfort pour aider à faire face à l'épidémie). 

En un mois d'épidémie, la communauté scientifique a, déjà, amassé une importante somme de connaissances sur ce virus, même si des zones d'ombre subsistent. Taux de mortalité, symptômes, période d'incubation… 

Ce que l'on sait

Un virus transmissible entre humains. La contamination interhumaine est avérée à ce jour, explique le ministère français de la Santé, dans son bulletin du 31 janvier. Initialement, considéré comme nul ou faible, ce risque est, désormais, établi en raison de la survenue de pneumonies dues à ce virus chez des personnels soignants chinois s'étant occupé des premiers patients malades, et de l'extension de l'épidémie en Chine, précise l'Institut Pasteur. L'essentiel des cas de contagion directe entre humains a été observé en Chine, mais, d'autres ont été rapportés au Vietnam, en Allemagne, au Japon, aux Etats-Unis et en France. Un médecin libéral parisien a, ainsi, été contaminé, jeudi, 30 janvier, après avoir reçu en consultation un ressortissant chinois atteint du virus. 

Des symptômes proches de ceux d'une grippe modérée. "Le virus peut causer des symptômes similaires à ceux d'une grippe modérée", explique le ministère français de la Santé. Le 2019-nCoV provoque, ainsi, de la fièvre, de la toux et des difficultés respiratoires. Des symptômes plus sévères peuvent être observés chez des patients présentant des maladies chroniques préexistantes (hypertension, diabète ou encore maladies cardiovasculaires). 

"Il est probable que ce coronavirus soit similaire à celui des autres coronavirus humains, qui sont généralement transmis lors de contacts étroits après l'inhalation de gouttelettes infectieuses émises lors d'éternuements ou de toux par le patient ou après un contact avec des surfaces fraîchement contaminées par ces secrétions", ajoute Santé publique France. 

Un niveau de contagion comparable au Sras. C'est l'un des paramètres importants pour déterminer la gravité de l'épidémie : le niveau de transmission du virus. Pour l'établir, il faut pouvoir calculer le nombre de gens contaminés par une personne malade. C'est ce que les scientifiques appellent le "taux de reproduction de base" ou R0.  Plusieurs estimations ont été réalisées par différentes équipes de recherche, allant de 1,4 à 5,5. Une étude chinoise parue dans la revue médicale, New England Journal of Medicin,e estime, ainsi, que chaque malade a infecté en moyenne 2,2 personnes. C'est plus élevé que la grippe hivernale (de l'ordre de 1,3), mais nettement, inférieur à la rougeole (plus de 12), et comparable au Sras (3), qui a fait 349 victimes en 2002-2003 en Chine et 774 dans le monde.

Ce que l'on ne sait pas encore

L'origine exacte du virus. D'après les autorités chinoises, la majorité des premières personnes malades s'étaient rendues sur le marché de Wuhan (fermé depuis le 1er janvier 2020). Même si le 2019-nCoV est très proche d'un virus détecté chez une chauve-souris, l'animal à l'origine de la transmission à l'homme n'a pas, encore, été identifié avec certitude, précise l'Institut Pasteur.

La durée précise d'incubation. Les scientifiques ont établi les premières estimations de la période d'incubation du coronavirus, c'est-à-dire, le délai entre l'infection par le virus et l'apparition des premiers symptômes. L'OMS (Organisation mondiale de la santé) l'estime entre deux et dix jours en moyenne. Selon l'étude parue dans le New England Journal of Medicine, elle est de l'ordre de 5,2 jours, en moyenne, et varie, fortement, en fonction des patients. De précédents travaux réalisés aux Pays-Bas évoquaient une moyenne de 5,8 jours. Enfin, pour l'Institut Pasteur, elle semble être de l'ordre de 7 jours mais peut aller jusqu'à 14 jours.

Le taux de mortalité. Pour le moment, impossible de connaître avec précision le taux de mortalité lié à ce coronavirus, puisqu'on ne sait pas combien de personnes sont, réellement, infectées.

Les estimations évoquées du taux de mortalité oscillent entre 2% et 3%. "Deux pour cent des cas confirmés sont morts, ce qui reste élevé quand on compare à la grippe saisonnière", selon Michael Ryan, directeur des programmes d'urgence de l'OMS. C'est moins que le taux de mortalité du Sras, qui s'élevait à 9,5%, rappelle l'organisation. Mais, ce chiffre indicatif baisse chaque jour. Et pour cause : le nombre de nouveaux cas augmente plus vite que celui des décès. 

Le stade de la contagion. A quel moment un patient devient-il contagieux ? Cette question reste, pour l'instant, sans réponse. Les autorités chinoises ont avancé que la contagion était possible avant même que des symptômes n'apparaissent, ce qui est le cas pour la grippe, mais, ne l'était pas pour le Sras. Cette hypothèse n'est, toutefois, pas confirmée. Si un patient était réellement contagieux avant de développer des symptômes, cela compliquerait le repérage des cas et pourrait donc rendre la propagation du virus plus difficile à contenir.

Le profil précis des malades. Grâce à l'analyse des 99 premiers cas repérés en Chine, publiée dans la revue médicale, The Lancet, le tableau clinique de la maladie se précise. L'âge moyen de ces patients est de 55 ans, les deux tiers sont des hommes et la moitié souffre de maladies chroniques (problèmes cardiovasculaires, diabète…). Mais, de nombreuses questions demeurent sans réponse. "Comment expliquer que les enfants de moins de 15 ans soient très peu touchés ? On ne le sait pas, même si cette nouvelle-là est rassurante", souligne le professeur, Yazdan Yazdanpanah, chef du service maladies infectieuses à l'hôpital Bichat, à Paris, dans le quotidien La Croix. "Pourquoi l'état de certains patients s'aggrave-t-il au septième jour ?" ajoute-t-il. 

Comment prévenir et traiter la maladie. Il n'existe pas encore de vaccin ou de médicament contre le coronavirus. La prise en charge médicale consiste à traiter les symptômes, dont la fièvre.

Mais, de possibles traitements sont à l'étude. Les chercheurs chinois ont très rapidement partagé la séquence génétique du 2019-nCoV. Ce qui a permis à plusieurs pays, dont la France, d'élaborer leurs propres tests de diagnostic. 

Dans le monde entier, des laboratoires travaillent à l'élaboration d'un vaccin. En France, l'Institut Pasteur s'est félicité, vendredi, 1er février, d'avoir mis en culture des souches du coronavirus, étape importante vers un vaccin et un traitement.

Le même jour, la Commission européenne a annoncé une subvention de 10 millions d'euros pour soutenir la recherche sur le virus. Du côté des entreprises, les promesses de dons se sont multipliées. Le cofondateur de l'entreprise chinoise, Alibaba, Jack Ma, a décidé de donner 100 millions de yuans (13 millions d'euros) à la recherche. Le PDG d'Apple, Tim Cook, a, quant à lui, promis "un don aux groupes sur le terrain qui aident toutes les personnes touchées", sans, toutefois, en préciser le montant.

Avec Franceinfo.

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