CORONAVIRUS : La RCA un pays à l'abandon sur le plan sanitaire

Le coronavirus est pour beaucoup de Centrafricains une réalité lointaine. Une grande partie de la population prend les dispositifs de prévention à la légère. Pourtant, côté équipement des hôpitaux, le pays est très mal loti. A titre d'exemple, pour 1,4 million d'habitants, la République centrafricaine ne compte que 3 respirateurs.

La Centrafrique a enregistré son premier décès à la fin du mois de mai 2020. Il  est fait état d'un peu plus de 2.289 cas confirmés, 38 guérisons, 10 décès à ce mardi, 16 juin, selon les statistiques de Johns Hopskins aux Etats-Unis. Cela dit, il n'est pas du tout certain que ces chiffres correspondent à la réalité. Depuis le début du mois de juin 2020, on parle, en réalité, de 200 personnes contaminées par jour. Le fait que sept ministres et non des moindres et plusieurs conseillers politiques aient été testés positifs au coronavirus commence à semer l'inquiétude parmi la population. Un conseiller politique du président de la République est, d'ailleurs, récemment, décédé, victime du COVID-19.

Malgré les interdictions,  les bars, les restaurants, les marchés, les commerces, des lieux de culte, continuent à ouvrir plus ou moins clandestinement. Les églises catholiques sont fermées, pour la plupart, grâce au cardinal, Dieudonné Nzapalainga, l'archevêque de Bangui, qui a multiplié les appels à la prudence. 

Beaucoup de Centrafricains ne peuvent rester confinés. Leur emploi ou les petits trafics sont leurs seules sources de revenus. Il y a de longues  files d'attente dans les quartiers populaires autour des points d'eau car il n'y a pas d'eau courante. Les gestes barrières, ne serait-ce que se laver les mains, sont, par conséquent, difficiles à observer. Les coupures d'électricité fréquentes gênent le fonctionnement de certains services dans les hôpitaux alors que les domiciles de certaines personnalités en vue et leurs proches sont suffisamment alimentés en électricité. 

La  Centrafrique ne compte que trois respirateurs pour 1,4 million d'habitants (sur notre photo, un bataillon de l'hôpital communautaire de Bangui où on voit les oubliés de la santé publique). 

Les risques de contamination dus aux échanges commerciaux  avec les pays voisins exigent un contrôle plus rigoureux. Il faut veiller à freiner l'importation de cas venant de l'extérieur sans paniquer la population, tentée de désigner des boucs émissaires : organisations humanitaires, personnels onusiens. . .

Le coronavirus n'est pas la priorité de la classe politique centrafricaine, beaucoup plus préoccupée par les élections présidentielles de décembre prochain. Le matériel de vote commence à être réceptionné afin que le scrutin se tienne dans les délais.

La vigilance doit rester de mise dans un pays où la population est fragilisée  par sept années de violences et de privations et où en dehors de la capitale, les infrastructures hospitalières sont inexistantes.

Un nécessaire engagement des politiques s'avère incontournable  dans une société qui a perdu beaucoup de ses repères.

Patrick David 
est docteur en droit
Fontenay-aux-roses 
France 

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