CORRUPTION : L'ancienne présidente de la Corée du Sud condamnée à 24 ans de prison

L'ex-présidente sud-coréenne, Park Geun-hye, a été condamnée, ce vendredi, 6 avril, à 24 années de prison pour son rôle dans le retentissant scandale de corruption qui avait précipité sa disgrâce l'année dernière. Hier, c'est l'ancien président du Brésil et candidat à la présidentielle de cette année, Lula Inacio da Silva, qui a écopé de 12 ans de prison ferme pour avoir été corrompu par une entreprise de bâtiment qui lui aurait offert une luxueuse villa au bord de la mer. Conclusion : La justice devient intraitable face aux dirigeants qui se hissent à la tête des Etats, non pas pour servir les peuples, mais, pour se servir eux-mêmes. Avis aux dirigeants africains.

Première femme élue présidente dans son pays, Park Geun-hye avait été destituée et arrêtée, en mars 2017, comme un amusement, pour toute une série d'accusations qui mettaient en lumière les accointances troubles entre le pouvoir politique et les grands conglomérats familiaux de Corée du Sud.

La chute de cette présidente conservatrice, consécutive à des manifestations monstres dans tout le pays, avait permis l'alternance et l'élection de Moon Jae-in (centre-gauche), qui a contribué au spectaculaire rapprochement, en cours, entre les deux Corée.

L'affaire à tiroirs avait permis de révéler l'influence énorme sur la présidente de sa confidente de l'ombre, Choi Soon-sil, une "amie de 40 ans", surnommée "Raspoutine" par les médias et qui n'occupait aucune fonction officielle.

Les deux femmes (notre photo) étaient, notamment, accusées d'avoir contraint les grands groupes sud-coréens à leur verser en échange de faveurs politiques des dizaines de milliards de wons.

"Les sommes que l'accusée a reçues ou demandées en collaboration avec Choi Soon-sil s'élèvent à plus de 23 milliards de wons" (17 millions d'euros), a déclaré, le 6 avril 2018, le juge, Kim Se-yoon, après avoir déclaré l'ex-présidente coupable notamment de corruption, d'abus de pouvoir ou de coercition.

"Je condamne l'accusée à 24 ans de prison et 18 milliards de wons d'amendes", a-t-il ajouté, lors d'une audience, exceptionnellement, retransmise en direct par les chaînes de télévision.

L'ex-présidente de 66 ans a, largement, boycotté les audiences, lors des dix mois de son procès, et accusé les juges de partialité. Elle avait, cette semaine, fait savoir qu'elle ne quitterait pas sa cellule pour le verdict.

La chute de la fille aînée du dictateur militaire, Park Chung-hee, qui avait accédé, en 2013, à la fonction suprême en se drapant dans l'habit de l'incorruptible "Fille de la Nation", a captivé l'opinion sud-coréenne.
"Arrêtez la vengeance politique meurtrière", pouvait-on lire sur une banderole tenue à l'extérieur du tribunal.

Mais, Mme Park, qui était jugée pour 18 chefs, concentre, aussi, la colère d'une grande partie de la population exaspérée par les relations malsaines entre les classes dirigeantes et les puissantes familles qui tiennent les grands conglomérats de la 11e économie mondiale.

Le parquet avait demandé 30 ans de prison, ainsi que, 118,5 milliards de wons (89 millions d'euros) d'amende contre Mme Park, en estimant qu'elle était du fait de sa qualité, la principale responsable du scandale.

L'ancienne présidente de la République était accusée d'avoir accepté ou de s'être vu promettre, en collusion avec sa confidente, des pots-de-vin pour un total de 59,2 milliards de wons de la part de trois conglomérats sud-coréens, Samsung, Lotte et SK, en échange de faveurs politiques.

Elle était, également, soupçonnée d'avoir contraint 18 grandes entreprises à "donner" un total de 77,4 milliards de wons à deux fondations douteuses placées sous le contrôle de Choi Soon-sil.
Jugée dans un procès distinct par le même tribunal, cette dernière a écopé, en février, de 20 ans d'emprisonnement.

Le vice-président de Samsung Electronics et héritier du mastodonte Samsung, Lee Jae-yong, avait, en août, été condamné dans ce scandale à cinq ans de prison.

Mais, la Cour d'appel a ramené, en février, sa sanction à une peine d'emprisonnement avec sursis et ordonné sa libération immédiate, après presque un an derrière les barreaux.

Park Geun-hye est le troisième chef d'Etat sud-coréen à être condamné après la fin de son mandat, après Chun Doo-hwan et Roh Tae-woo, qui furent reconnus coupables de trahison et corruption dans les années 1990.

Mais, ils bénéficièrent, tous les deux, d'une grâce présidentielle après avoir passé, environ, deux ans derrière les barreaux. Mme Park, quant à elle, pourrait bien attendre des années avant de connaître un tel privilège. Non seulement, elle a rejeté toutes les accusations et n'a exprimé aucun remords, que ce soit sur le plan légal ou politique, pour ce qui est probablement le scandale politique le plus choquant de notre histoire moderne, mais, compte tenu de son attitude et de la colère de la population qui demeure très vive, il sera difficile de créer à court terme un climat politique favorable à sa libération.

Avec AFP

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