COTE D'IVOIRE : Relance du processus électoral, on reprend les mêmes et on fait pire !

Le ballon d’essai de la suppression de la limitation des mandats avait été lancé par Cissé Bacongo début janvier 2016 : «Il convient d’abroger la limitation de la durée du mandat présidentiel et de revenir à l’ancienne rédaction de la disposition traitant cette question telle que résultant de la constitution de 1960».  Il suffisait ensuite de concrétiser la démarche en confiant le tripatouillage de la Constitution à l’auteur de cette surréaliste proposition. C’est fait.

En parallèle, nous avons reçu ce matin un courrier signé Youssouf Bakayoko (notre photo), président frauduleux de la commission électorale inféodée à Ouattara. Il convie le président de LIDER à désigner un représentant pour prendre part à une «formation organisée en partenariat avec Osiwa, animée par des experts de la Cei» autour de trois thématiques : «Révision de la liste électorale», «Systèmes électoraux» et «Referendum». Cela appelle trois commentaires de ma part.

Premièrement, je me demande qu’est-ce qui permet aux membres de la Cei de penser qu’ils sont capables de former qui que ce soit sur les thématiques susmentionnées. S’il y a des gens qui ont besoin d’être formés en premier lieu, ce sont les membres de la commission électorale, les fameux experts, et non les partis politiques. Ce sont eux qui, sous la houlette du même individu, Youssouf Bakayko, violent la loi, la Constitution et traficotent les résultats des élections en Côte d’Ivoire depuis 2010.

Deuxièmement, j’aimerais informer Bakayoko qu’en Côte d’Ivoire, nous n’avons nullement besoin d’être formés à la révision de la liste électorale, aux systèmes électoraux ou au référendum. Les textes prévoient déjà ce qu’il faut savoir. Il n’y a plus grand chose à dire ou à ajouter. Bakayoko n’a qu’à nous communiquer les dates du référendum et des élections législatives, municipales et régionales que son maître Ouattara aura choisies. Son action la plus urgente devrait être de procéder enfin à la mise à jour de la liste électorale, comme il est tenu de le faire quotidiennement selon l’article 6 du code électoral. Il y a 6 millions de personnes qui ont été sciemment exclues par ses soins de la liste électorale lors de la présidentielle de 2015 ; il est hors de question que ce monsieur renouvelle cet exploit néfaste, en perdant du temps dans des formations superflues, pour venir bâcler le travail 15 jours avant les élections.

Troisièmement, autant il peut sembler normal qu’un parti politique ou une association ait recours à des structures comme Osiwa ou le Ndi, autant cela est scandaleux lorsqu’un Etat demande à une Ong privée, appartenant à un individu, de mettre son nez dans les affaires électorales d’un pays. La nuisance du Ndi, qui a fait fi de toute notion de droit ou de démocratie pour aider le pouvoir en place à violer les lois électorales de Côte d’Ivoire afin de permettre le passage en force de Ouattara en octobre 2015, est encore trop récente dans la mémoire collective des Ivoiriens.

Comme par hasard (ou non) le journal proche du gouvernement, L’intelligent d’Abidjan, a titré cette semaine sur la volonté de M. Ouattara de coupler les élections législatives au référendum, soit disant pour «combattre l’abstention et diminuer les coûts». Cela m’a fait sourire. Ce serait bien la première fois que le sieur Ouattara ressentirait la nécessité de faire des économies. Nous espérons que comme il a finalement vu la lumière, il appliquera ces notions nouvelles (pour lui) de réduction des frais à son propre train de vie et à ceux, tout aussi dispendieux, de ses ministres et de l’Etat.

Mais comme LIDER est un parti pédagogique et constructif, je ne saurais manquer d’informer M. Ouattara que la meilleure façon de faire des économies et aussi d’avoir des élections transparentes et paisibles est de basculer au régime parlementaire avec mode de scrutin majoritaire à un tour. Il n’y aurait ainsi plus qu’une élection, les législatives, dont l’enjeu est local, ce qui limite la propension et les possibilités pour les uns de frauder au second tour à Divo, quand ils sont en mauvaise posture à Minignan au premier tour. Une fois les députés élus, le parti majoritaire à l’Assemblée nationale désigne le premier ministre. C’est d’ailleurs la seule révision constitutionnelle qui soit acceptable. Toute autre modification (suppression de la limitation des mandats, suppression de la limite d’âge, introduction d’une vice-présidence, modification de la durée du mandat etc.) appelle un NON ferme au référendum.

Cela fait plus de trois ans qu’à LIDER, nous annonçons les couleurs, à savoir que Ouattara sera candidat à sa propre succession en 2020. La disparition programmée du Pdci par hara kiri, entérinée par Bédié lundi 15 février, n’est donc pas une surprise pour nous. Comme pour la candidature unique du Rhdp en 2015, l’on entendra ici et là des cris de protestations, puis une grande campagne d’intoxication médiatique prendra le relais – l’appel de Daoukro bis –, et pour assurer la pérennisation de leurs rentes, les cadres du Pdci se rangeront sans moufter derrière la décision de Bédié, tandis que quelques autres prétendront s’y opposer, pour faire diversion avant de finir par cautionner la manœuvre de Ouattara, en acceptant de jouer ses faire-valoir de dernière minute, comme on l’a vu lors de la présidentielle d’octobre. Les jeux sont donc faits.

Peut-être que ceux qui jusqu’ici n’y voyaient rien commenceront enfin à entendre les mises en garde de LIDER et à écouter son message, pour s’engager résolument dans le projet d’une Côte d’Ivoire meilleure. Pour cela, il faudra abandonner les considérations ethniques, claniques ou tribalistes. Il faudra voter NON aux propositions de modifications constitutionnelles bacongo-ouattariennes. Il faudra élire des députés LIDER à l’Assemblée nationale, pour continuer dans l’hémicycle le combat d’une opposition inflexible et constructive, approfondir le contrôle des activités et des gaspillages gouvernementaux et présenter des projets de loi comme la réforme du foncier, qui rendra gratuitement la propriété de la terre (sol et sous-sol) aux paysans. Il faudra des maires LIDER, pour mettre en œuvre les propositions de citoyenneté moderne et digne et de sortie de la pauvreté portées par le parti du Prof. Mamadou Koulibaly.

Que messieurs Ouattara, Bacongo, Bakayoko Y, Bakayoko A, Bakayoko H, Bakayoko S, sachent que nous sommes prêts et qu’en 2016, nous oserons encore nous dresser contre le rouleau compresseur antidémocratique et spoliateur qu’ils se plaisent à mettre en place. Avec plus de soutien de la part des populations, peut-être enfin fatiguées d’être traitées comme du bétail ? Wait and see.

Nathalie Yamb, Conseillère Exécutive du Pr. Mamadou Koulibaly, LIDER

Commentaires

Bahdon Mohamed ... (non vérifié)
La Côte d'Ivoire a traversé une grave crise politique en 2010 après la proclamation des élections présidentielles. Alassan Ouattara a été déclaré gagnant, et a été élu président de la Côte d'Ivoire. Si l'élection est un mode de désignation de dirigeants.es d'un pays, elle n'est la panacée à tous les problèmes politiques et sociaux d'un peuple et d'un pays. Une élection sans une pratique politique, marquée par un consensus sur le fonctionnement des institutions politiques et sociales ne peut produire un résultat positif pour tout le monde. Ce n'est pas la victoire des élections qui instaure un respect de l'ordre constitution et fonctionnement des institutions. Procéder des réformes me paraît intéressant, parce que la société évolue et donc ses institutions doivent suivre une telle évolution pour ne pas être en déphasage. C'est peut-être ce qui est arrivé lors de l'adoption ou imposition des constitutions reproduisant le modèle français en 1960 dans les pays francophones. Il faut prendre en compte le moment et le contexte de la réforme. A peine élu (depuis octobre 2015), une partie de la classe dirigeante ivoirienne touche une question sensible politiquement et socialement : la limitation du mandat présidentiel. Mais plus que la réforme, c'est la forme de ladite réforme qui soulève des questions. Si l'affirmation de Nathalie Yamb n'est pas démentie par le pouvoir, c'est assez surprenant qu'une ONG privée puisse être chargée d'une réforme importante : la liste électorale. C'est l'intérêt même de certaines institutions et leur fonctionnement qui est posé. Pourquoi l'Etat doit payer à une structure privée pour réviser la liste électorale? Qui va contrôler cette structure? Si le gouvernement ivoirien voudrait être plus démocratique, pourquoi n'ouvre-t-il pas à une large participation des structures de la société civile. Une telle participation donnerait une certaine garantie démocratique. Quant à la limitation du mandat présidentiel, il faut sortir de tout mythe autour de cette question. On peut la modifier, mais en suivant les procédures prévues par la constitution. Et je dirai qu'il faut ouvrir la participation à l'opposition et à la société civile. Il faut que la culture politique change dans le sens d'un respect des textes et des institutions par l'élite politique. Autrement une élite qui considère que la politique, c'est servir la population et non se servir en instaurant un système de gestion des ressources publiques, qui crée une instabilité politique permanente. Penser une telle réforme moins d'un an du second mandat est assez révélateur des idées d'un homme et de son système : s'éterniser au pouvoir en revenant aux années 1960, avec la seule différence : le multipartisme d'aujourd'hui. Mais le multipartisme implique forcément l'alternance au pouvoir, au sommet de l'Etat. Il est dangereux de penser une telle manoeuvre alors qu'il y a beaucoup de choses à régler dans cette Côte d'Ivoirienne poste crise électorale : la réconciliation et la répartition des ressources du pays à tous.es les citoyens.es. Une croissance économique forte ne crée de l'emploi pour une génération des jeunes et des moins jeunes. Depuis plus de 20 ans, certains économistes, ceux en dehors du système, ont bien démontré que la croissance économique d'un chiffre ou de deux chiffres ne se traduit pas forcément en une nette amélioration du marché du travail ou en diminution des différents taux de chômage. Il ne faut pas oublier Alassane Ouattara n'est pas un homme nouveau dans politique ivoirienne. Il fut Premier ministre du président Féliz Houpheite-Boigny, donc il puisse sa vision politique de ce personnage, qui avait confondu son entreprise privée et la Côte d'Ivoire.

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