COTE D'IVOIRE : Une condamnation de 5 ans ferme pour un président de région qui va tendre encore plus les relations entre Bédié et Ouattara

Le président du conseil régional du Gbêkê (Centre de la Côte d'Ivoire), Jacques Mangoua, qui a clamé son innocence, a été condamné, jeudi, 3 octobre, à cinq ans de prison ferme pour détention illégale de munitions de guerre par le tribunal correctionnel de Bouaké. Son parti, le PDCI-RDA, demandait, purement et simplement, sa libération, les munitions ayant été placées à son insu chez lui. Le pouvoir, lui, ne l'entendait pas de cette oreille, la sévérité de la peine étant, aussi, pédagogique : elle démontrerait aux autres membres ex-RHDP du PDCI que le fait d'avoir rejoint l'ancien président de la République, Henri Konan Bédié, n'est pas une bonne affaire pour leur propre carrière politique.

Jacques Mangoua a, aussi, été condamné à 5 millions de F CFA (7.500 euros d'amende) et à cinq ans de privation de ses droits civiques. Pendant le débat, le procureur, Braman Koné, a rappelé qu'il avait découvert «991 munitions de guerre de 7,62 mm, 49 munitions de fusils de type calibre 12 et 40 nouvelles machettes» et souligné qu'il n'y avait pas trace d'effraction sur le mur de la maison.

«Je suis innocent. Je n'ai rien fait. Si c'était moi qui avais déposé ces objets, pourquoi aurais-je porté plainte ?», a rétorqué Jacques Mangoua, un des vice-présidents du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI), ancien partenaire de la coalition au pouvoir, devenu le principal parti d'opposition. L'entourage de Jacques Mangoua crie au «complot» et au « coup monté : ». C'est le président lui-même qui a averti la gendarmerie, avait assuré Moïse Amani, chargé de mission auprès de Jacques Mangoua alors que son patron avait été placé en garde à vue, samedi, 28 septembre. Ce dernier a été condamné lors de la même audience à six mois de prison ferme pour diffusion de fausses nouvelles sur les réseaux sociaux.

« Les enjeux de cette affaire sont ailleurs, Jacques Mangoua préside une région qui se trouve être la plus grande de la Côte d'Ivoire et qui par conséquent, est vitale pour l'élection présidentielle 2020. Il préside une région stratégique et est de l'opposition, alors cela est insupportable pour certains hommes politiques », a écrit sa fille, Joanne Mangoua.

La journée s'est déroulée dans la tension. Une centaine de militants du PDCI se sont massés devant le palais de justice dans la matinée, alors que d'autres partisans du Conseil régional bloquaient depuis jeudi matin l'axe principal du pays, la route Abidjan-Bouaké, qui mène au Mali et au Burkina Faso à hauteur de la ville de Djebonoua, à une trentaine de kilomètres au Sud de Bouaké (notre photo).

Mercredi, 25 septembre, ses partisans avaient barré des routes autour de Botro (40 km au Nord-Ouest de Bouaké, Centre) et de Languibonou (Ouest de Bouaké) aux cris de « Libérez Mangoua, libérez Mangoua ». C'est dans cette zone, à Béoumi, qu'avaient eu lieu des violences intercommunautaires qui avaient fait 10 morts en mai 2019.

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