CPI : La Procureure veut combattre l'esclavage sur les migrants africains en Libye

Fatou Bensouda, qui présentait au Conseil son exposé semestriel sur les activités menées par la Cour dans le cadre des affaires relatives à la situation en Libye, a indiqué que la situation dans ce pays continuerait de figurer parmi ses priorités en 2017. La procureure a fait le point sur les enquêtes en cours, mentionnant la récente levée des scellés sur un mandat d'arrêt émis à l'encontre d'Al-Tuhamy Mohamed Khaled, ancien chef de l'agence de la sécurité intérieure sous le régime du colonel Mu'ammar al Kadhafi.

Fatou Bensouda a exhorté la Libye et les Etats Membres à faciliter l'arrestation d'Al-Tuhamy Mohamed Khaled, qui serait en Libye, avant de demander la remise à la Cour, de Saif Al-Islam Kadhafi. Ce dernier serait, désormais, entre les mains du Conseil militaire des révolutionnaires de Zintan, a-t-elle précisé.

La procureure s'est, ensuite, dite « profondément alarmée » par les informations selon lesquelles des milliers de migrants vulnérables, notamment, des femmes et des enfants, seraient détenus, partout, dans le pays dans « des conditions très souvent inhumaines » (notre photo). Elle a affirmé que la traite d'êtres humains formait un terreau fertile pour les groupes terroristes et criminels. « Nous devons agir pour contrecarrer ces tendances préoccupantes », a affirmé Fatou Bensouda, en soulignant la nécessité que son Bureau soit doté de ressources suffisantes.

La procureure a reçu l'appui de la Suède, du Royaume-Uni et de l'Italie, le délégué de ce dernier pays demandant que les responsables de la traite des êtres humains en Libye, véritable « esclavage du XXIe siècle », soient punis.

Partisan d'une telle enquête, le délégué de la Bolivie a dénoncé la détention pour des durées parfois indéfinies de ces migrants, dont beaucoup, a-t-il rappelé, sont en partance pour l'Europe. Il a encouragé la procureure à faire la lumière sur les réseaux criminels qui bénéficient de cette traite, tandis que son homologue du Japon a exhorté le Conseil à rester « pleinement engagé » sur ce dossier.

Les responsables de ces crimes sont les réseaux transnationaux et les milices sévissant dans mon pays, a, de son côté, accusé le représentant libyen. Il a regretté que la procureure ne mentionne pas de mesures tangibles pour lutter contre ces réseaux dans les pays d'origine et de destination, en rappelant que la Libye était un pays de transit. Mais, la charge la plus forte contre Mme Bensouda est venue du délégué de la Fédération de Russie qui a l'a accusée de « partialité ».

« La Procureure continue d'oublier les victimes découlant des frappes de l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN) », a-t-il regretté, en déplorant, également, qu'elle n'ait pas fait mention des crimes commis par Daesh en Libye. La déléguée de la France a, elle, demandé à la procureure d'élargir « significativement » ses enquêtes sur les crimes commis depuis 2011, en particulier, ceux imputés à Daesh, à Ansar el-Charia et à d'autres groupes terroristes.

Le représentant russe a, en outre, balayé toute interprétation qui imputerait le financement des enquêtes de la Cour en Libye à l'ONU, en rappelant la « distinction claire » faite, à ce titre, par les résolutions pertinentes du Conseil entre les pays membres du Statut et ceux qui n'en sont pas membres. « La Cour n'a pas mandat pour interpréter les résolutions du Conseil », a-t-il insisté.

Enfin, les délégations ont été nombreuses à souligner l'importance d'une solution politique en Libye jugée « cruciale » par le représentant des Etats-Unis, tandis que son homologue du Kazakhstan a plaidé pour un soutien fort de la communauté internationale. « L'instauration d'une paix durable en Libye doit nécessairement passer par le dialogue entre les parties, avec l'appui du Conseil de sécurité et de la communauté internationale », a conclu le délégué du Sénégal.

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