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CRISE ANGLOPHONE : Les autorités camerounaises dénoncent une volonté de nuire de certaines puissances

Michelle Bachelet, haut-commissaire aux droits de l'homme des Nations-Unies, vient de séjourner au Cameroun, à l'invitation du gouvernement. Pendant trois jours, elle a pu rencontrer, le président camerounais, Paul Biya (notre photo), le premier ministre, Joseph Dion Ngute, les ministres concernés à un titre ou à un autre par la question anglophone, les partis politiques de la majorité présidentielle et de l'opposition, et les organisations de la société civile. Elle a tenu à parler, absolument, avec tout le monde. Objectif, se faire sa propre idée de la très difficile situation qui prévaut dans les régions du Nord et du Sud-Ouest du Cameroun, où on vit au ralenti.

L'ancienne présidente du Chili a pu se rendre compte que si tout le monde fait le constat que ça ne va pas bien dans cette partie du Cameroun, elle a, aussi, vu que les solutions prônées par les uns étaient, parfois, aux antipodes de celles que suggéraient les autres. Sa visite était au centre d'une bataille que se livrent le pouvoir et l'opposition sur cette question. En effet, l'opposition voit dans la visite du haut-commissaire des droits de l'homme, la première étape de l'implication future des Nations-Unies dans la résolution du dossier anglophone du Cameroun. Certains opposants commencent même à envisager une possible intervention des soldats de la paix des Nations-Unies. En réalité, on en est très loin, la situation militaire dans cette région étant sous contrôle de l'armée camerounaise, bien qu'il n'existe pas un soldat de l'armée sur chaque kilomètre, ce qui permet des exactions qu'on attribue, souvent, aux militaires, même quand ce n'est pas le cas.

Dans ce dossier qui commence à intéresser le Conseil de sécurité des Nations-Unies, le Cameroun compte comme principal adversaire, les Etats-Unis dont le sous-secrétaire d'Etat aux Affaires africaines, Tibor Nagy, se montre très sensible aux thèses de l'opposition de telle sorte qu'au sein du parti au pouvoir, le RDPC, on n'est pas loin de penser que sa principale préoccupation reste le départ du pouvoir (avant la fin de son mandat) du président Paul Biya, réélu en octobre dernier pour sept ans.

Cela dit, le Cameroun n'est pas sans soutien diplomatique de premier plan. Il est, fortement, appuyé par la Russie et la Chine, deux membres permanents du Conseil de sécurité, qui seraient prêts à bloquer toute initiative inamicale et tendancieuse des Américains au Conseil de sécurité. D'autre part, les deux anciennes puissances sous tutelle, à savoir, la Grande Bretagne et la France, sont, plutôt, du côté de Yaoundé qu'elles encouragent à nouer un dialogue de sortie de crise, en s'abstenant de s'ingérer, grossièrement, comme le fait Washington, dans les affaires intérieures du Cameroun.

En dehors de Washington qui a une position ambiguë, pas du tout claire sur la question, les quatre autres membres du Conseil de sécurité sont pour un Cameroun un et indivisible. Exit donc l'Ambazonie, le nom du nouvel Etat des sécessionnistes dont les principaux partisans se comptent dans la diaspora camerounaise aux Etats-Unis et dont son virtuel président en la personne d'Ayuk Tabe séjourne, depuis deux ans, dans une prison camerounaise, à Yaoundé, avec une petite dizaine de ses camarades.

Pendant sa campagne présidentielle, Paul Biya avait indiqué qu'une des solutions pour résoudre la crise anglophone, était la mise en place de la décentralisation. La nomination des présidents de région qui auront la haute main dans la gestion des futures régions aux côtés du pouvoir central, est prévue avant la fin de l'année. On croit savoir que c'est après ces élections de présidents de région que le pouvoir donnerait son feu vert à l'organisation d'un dialogue sur la question anglophone. Ce dialogue concernerait les sécessionnistes, mais aussi, les partisans du fédéralisme, de la décentralisation, et toutes les autres forces vives de la nation. Pas question donc de mettre la charrue avant les bœufs, semble dire Yaoundé. Mais une chose est sûre et certaine : la sécession du Cameroun est une solution qui ne fait pas recette au niveau de la population. Même anglophone. Resterait le fédéralisme. Mais, le problème ici est de savoir si le fédéralisme se limiterait aux seules provinces du Nord et du Sud-Ouest du Cameroun, où s'il serait étendu aux huit autres provinces comme le demanderaient aussi, de plus en plus, certaines populations francophones ? Les choses sont loin d'être simples même si certains veulent les rendre simplistes. Le dialogue (voulu et attendu) n'est donc pas une mince affaire. Il faudra bien le préparer, en faisant la part des choses, et en évitant, aussi, qu'il ne soit pollué par ceux qui le prônent urbi et orbi juste parce que les 36 ans de Paul Biya passés à la tête de l'Etat les énervent. Autrement dit, attention au mélange des genres.

On peut, donc, aisément, comprendre la prudence du chef de l'Etat qui a invité à une décentralisation poussée de la forme de l'Etat et non à un fédéralisme qui nécessiterait beaucoup d'autres contraintes.

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