CRISE ANGLOPHONE : Paul Biya reconquiert le soutien de Paris et pas (encore) de Washington

Très mal parti avant, pendant et après l'élection présidentielle d'octobre 2018, le président du Cameroun, Paul Biya, peut s'enorgueillir, aujourd'hui, d'avoir retrouvé le soutien diplomatique et politique de la France, qui lui manquait dans les épineux dossiers qui affectent la paix au Cameroun depuis plusieurs années, notamment, la crise anglophone.

Ainsi donc, et contrairement à ce qui était avancé, l'organisation du Grand Dialogue National du 30 septembre au 4 octobre a bien convaincu les Français, ce qui n'est pas le cas des Etats-Unis et de l'Union européenne, qui demandent au président camerounais de tenir un autre dialogue, inclusif celui-là. Cela dit, le changement d'attitude de la France, fait les affaires de Paul Biya. Partenaire historique du Cameroun, la France compte sur tous les plans pour le Cameroun plus que les Etats-Unis. L'Afrique centrale n'est pas encore dans la zone d'influence de Washington.

Preuve de ce changement de cap de la France qui avait bel et bien soutenu l'opposant, Maurice Kamto (au nom de l'alternance et de la jeunesse de ce candidat) à la dernière présidentielle, non seulement, Paul Biya a été invité, à Lyon, en octobre, au Sommet sur la reconstitution du Fonds mondial pour le sida, la tuberculose et le paludisme, tenant en marge de celui-ci, une importante séance de travail avec son homologue, Emmanuel Macron (notre photo) et Jean-Yves Le Drian, mais ce dernier a été, dans la foulée, invité au Cameroun pour 48 heures, qui lui ont permis de rencontrer, à nouveau, Paul Biya et la classe politique camerounaise représentée par des partis siégeant à l'Assemblée nationale. Jean-Yves Le Drian s'est, aussi, rendu à Douala pour rencontrer le patronat camerounais et inaugurer le pont sur le Wouri construit sur financement de la France pour 180 millions d'euros, avant de s'envoler à Maroua, dans la province de l'Extrême-Nord ( régulièrement secouée par des assauts de la secte Boko Haram). Lors de cette dernière étape, le chef de la diplomatie française a laissé 30 milliards de F CFA (45 millions d'euros) pour sa reconstruction. On n'imagine pas les Américains allouant d'importantes sommes d'argent au Cameroun au moment où ils critiquent l'organisation du dernier dialogue. Ce n'est pas tout.

Une semaine après la visite de Le Drian, la France a alloué 40 autres milliards de F CFA (60 millions d'euros) d'aide non remboursable pour permettre la reconstruction des provinces anglophones du Nord-Ouest et du Sud-Ouest (NOSO) affectées par les troubles sécessionnistes. Ce concours financier de la France démontre qu'elle ne vibre plus au même diapason que les Etats-Unis, qui demandent la tenue d'un autre dialogue.

Les Etats-Unis ont leur propre logique. Quand Emmanuel Macron donnait de l'argent au Cameroun, Donald Trump, de son côté, annonçait la suspension du Cameroun à l'AGOA à partir du 1er janvier 2020, pour le punir de ne pas respecter la démocratie et les droits de l'homme. Trump n'attend que le feu vert du Congrès pour mettre cette mesure en application. Cela dit, il faudrait relativiser les vociférations du président américain. 10e pays à absorber les exportations camerounaises (essentiellement pétrolières) pour 63 millions de dollars, les Etats-Unis frapperaient, essentiellement, la compagnie américaine Addax Petroleum. Mais, on n'en est pas encore là car d'aucuns disent que Trump, qui est un homme d'affaires avisé, agiterait, plutôt, cette menace afin que le pouvoir camerounais délivre plusieurs permis pétroliers et miniers aux entreprises américaines, qui en sont actuellement exclues au profit, en grande partie, des entreprises chinoises.

Comme quoi, la démocratie agitée par les Occidentaux n'est souvent qu'un alibi. Seuls leurs intérêts comptent vraiment.

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