DJIHADISME : Le « Idriss Déby Itno » qui peut faire plaisir à l'Afrique

Dans une proportion non négligeable, les chefs d'Etat africains ne sont pas perçus comme des dirigeants libres et indépendants aux yeux de beaucoup d'Africains. A l'heure des réseaux sociaux et d'internet où il est assez difficile d'occulter un fait, on sait ce que font les uns et les autres. Président du Tchad, Idriss Déby Itno est considéré à afriqueeducation.com comme un « dictateur », qui opprime son peuple et dilapide les richesses de son pays. Mais, afriqueeducation.com le perçoit, aussi, comme l'un des rares présidents africains, qui crache les vérités sur les Occidentaux sans porter de gants quand il en a la possibilité.

Afriqueeducation.com le dit de façon très objective. Sans tenir compte du fait que ce président (du reste dictateur comme souligné plus haut) a interdit la vente d'Afrique Education version papier, au Tchad, depuis 2008, parce que les articles sur le Tchad ne lui convenaient pas. Il se sentait outragé, régulièrement, offensé, voire, diffamé. C'est bien la caractéristique d'un dictateur.

En marge du Sommet France-Afrique tenu à Bamako sous la présidence ATT (Amadou Toumani Touré) en décembre 2005, il était allé jusqu'à proposer à un de ses homologues de l'Afrique centrale (qu'on taira le nom) de cesser toute collaboration avec Afrique Education. Une directive que ce chef d'Etat n'apprécia pas, considérant la mesure de Déby comme inappropriée et inopportune. On ajoute que cet homologue avait poursuivi une collaboration saine et utile avec le magazine Afrique Education à la grande colère du président tchadien. La réaction du président tchadien est le propre d'un dictateur.

Quelques jours, auparavant, il n'avait pas été content en lisant un article sur la gestion du Tchad. Il avait décidé de nous adresser un droit de réponse cocasse par le biais d'un de ses avocats (africains dont on taira le nom) inscrit au Barreau de Paris.

Pour montrer qu'il continue de conduire le Tchad vers une mauvaise pente, avec des mois de salaires non payés à cause d'une gestion, purement, familiale et clanique, Afrique Education lui a, carrément, consacré sa couverture du numéro 481 (notre photo). Dans l'article qui justifiait cette Une, le magazine l'a accusé (preuves à l'appui) de confisquer toute la richesse pétrolière du Tchad pour lui, sa famille et sa belle-famille (précisément la famille de la première dame Hinda). Le magazine a listé les noms des bénéficiaires de cette manne pétrolière ainsi que les juteux postes qu'ils occupent. Ce numéro d'Afrique Education (c'est une litote) n'a pas du tout plu au dictateur tchadien. Mais, comme toujours, Afrique Education n'a dit que la vérité.

Cela dit, on peut accuser Afrique Education de tous les maux sauf d'être sectaire. C'est ainsi que afriqueeducation.com reconnaît, très justement, que le président tchadien est, actuellement, l'un des rares chefs d'Etat à critiquer haut et fort le système colonial français de la Zone Franc. Il le dit à qui veut l'entendre. A plusieurs reprises, déjà, il a souhaité que les pays africains se libèrent de ce carcan encombrant en créant leur propre monnaie. C'est vrai qu'il n'est pas seul à le dire : ses homologues de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo (Zone BEAC), du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré et du Niger, Mahamadou Issoufou (Zone BCEAO) ont, par le passé, tenu le même langage, ce qui a, d'ailleurs, permis la mise sur pied de la monnaie ECO dont l'entrée en service, dans certains pays de l'Afrique de l'Ouest, est prévue courant 2020, sous la présidence de Mahamadou Issoufou, président en exercice de la CEDEAO. Cela dit, le fait qu'Idriss Déby Itno, considéré, généralement, comme le « chouchou », le « poulain » de la France, prenne la tête d'une telle croisade, est une marque de courage (très militaire) qui nous pousse à dire qu'il milite pour l'indépendance de l'Afrique.

Il y a un deuxième fait qui forge notre admiration à son endroit : il est l'un des rares chefs d'Etat du pré-carré français à dire, publiquement, que le djihadisme dans le Sahel et dans la zone du Lac Tchad, est la conséquence directe de la déstabilisation de la Libye par l'OTAN. Il l'a répété, ce mercredi, 13 novembre, matin, dans l'émission « Le débat africain » animé, sur RFI, par notre confrère, Alain Foka. Des trois présidents présents, seul Idriss Déby Itno a eu le courage de mettre le doigt là où ça fait mal, en indiquant que c'est le chaos libyen qui est à l'origine de la déstabilisation du Sahel (AQMI, Ansar Dine, Mujao, Signataires par le sang, Al-Mourabitoune, Ansarul Islam, Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans, Daesh) et du Lac Tchad (Boko Haram et Daesh). Nous le disons depuis longtemps (surtout ces derniers jours à afriqueeducation.com). On aurait juste souhaité que le président tchadien précise que cette déstabilisation libyenne a été initiée par l'ancien président français, Nicolas Sarkozy, aidé en cela par le Qatar, avant que les forces de l'OTAN (grâce au bienheureux soutien diplomatique d'Hillary Clinton) ne prennent le relais, avec les résultats qu'on déplore aujourd'hui. Au nom de la continuité de l'Etat, Emmanuel Macron, successeur de Sarkozy, doit, réparer les dégâts causés par cette absence de vision de la France en Afrique.

Par courtoisie, sans doute, Idriss Déby Itno ne l'a pas, ouvertement, dit parce qu'il se trouvait à Paris, sur un plateau français où il était interviewé par la Voix de la France dont le financement est assuré à 95% par l'Etat français (Quai d'Orsay, Ministère de la Culture, et autres).

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