ETATS-UNIS/SYRIE : Des frappes aériennes très (politiquement) calculées de Trump

Donald Trump a déclenché, jeudi, 7 avril, une frappe en Syrie en riposte à une attaque chimique présumée imputée au "dictateur Bachar Al-Assad". Le président américain a exhorté les "nations civilisées" à faire cesser le carnage dans ce pays en guerre depuis six ans. Précisons en passant que la Libye est, tout aussi, une urgence internationale où les populations souffrent depuis exactement six ans aussi. Un désordre créé par le même impérialisme (occidental).

Cette frappe, première opération militaire des Etats-Unis contre le régime syrien, a été menée avec "59 missiles" de croisière Tomahawk, a annoncé la Maison Blanche. Elle a visé la base aérienne de Shayrat "associée au programme" d'armes chimiques de Damas et "directement liée" aux événements "horribles" de mardi qui ont fait plus de 80 morts.

Que s'est-il passé ?

Donald Trump a annoncé sa décision jeudi dans la soirée, depuis sa résidence de Floride où il reçoit, actuellement, le Chinois, Xi Jinping. "J’ai ordonné une frappe militaire sur une base aérienne de Syrie d’où a été menée l’attaque chimique", a déclaré le président américain, assurant que cette opération était "dans l'intérêt vital de la sécurité nationale" des Etats-Unis.

Vers 3h40, heure de Damas, deux navires de guerre américains, l'USS Ross et l'USS Porter ont tiré "59 missiles" de croisière Tomahawk depuis la Méditerranée, contre la base aérienne militaire de Shayrat, située dans la province de Homs en Syrie, précise le communiqué du Pentagone (en anglais). Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), la base est la deuxième plus grande du pays après Lattaquié, dans l'Ouest du pays.

L'armée américaine dit avoir, notamment, visé des avions syriens, des sites de stockage de carburant et de munitions, des systèmes de défense aérienne et des radars.

Comment les Etats-Unis justifient la frappe ?

Cette frappe a été ordonnée en réponse à l'attaque chimique commise sur des civils, mardi, dans le village de Khan Cheikhoun, un village sous contrôle rebelle du Nord-Ouest de la Syrie. "Ce soir, j'ai ordonné des frappes militaires contre le terrain d'aviation d'où a été lancée l'attaque chimique", a justifié Donald Trump lors de son allocution. Il est dans l'intérêt vital pour la sécurité nationale des Etats-Unis de prévenir et dissuader la propagation et l'usage d'armes chimiques mortelles."

Et le président américain d'affirmer : "Il est incontestable que la Syrie a utilisé des armes chimiques interdites, a violé ses obligations en vertu de la convention sur les armes chimiques et ignoré les appels du Conseil de sécurité de l'ONU." Le secrétaire d'Etat, Rex Tillerson, a, de son côté, expliqué la frappe par l'échec de Moscou à faire respecter l'Accord de 2013 sur le démantèlement de l'arsenal chimique syrien.

Quel est le bilan ?

L'armée syrienne a indiqué dans un communiqué que la frappe aérienne a fait "six morts, des blessés et d'importants dégâts matériels", sans préciser s'il s'agissait de victimes civiles ou militaires. "Il y a des blessés qui sont atteints de brûlures. (...) Il y a des incendies que nous tentons de maîtriser, a affirmé, plus tôt, le gouverneur de Homs. Ça va prendre un peu de temps pour évaluer les dégâts."

L'Observatoire syrien des droits de l'homme a évoqué, de son côté, la mort de quatre soldats syriens. La base visée "a été presque totalement détruite : les avions, le tarmac, le dépôt de fuel et le bâtiment de la défense aérienne ont été pulvérisés", a ajouté le directeur de l'organisation.

Le Pentagone a fait savoir que les forces russes avaient été informées, à l'avance, des tirs de missile et que les zones susceptibles de les abriter n'avaient pas été visées. Un porte-parole de l'armée américaine a, par ailleurs, assuré que "les Etats-Unis ont pris des mesures exceptionnelles pour éviter des victimes civils".

Quelles sont les réactions diplomatiques ?

Au lendemain de la frappe, la Russie, alliée de la Syrie, a, vivement, mis, en garde, les Etats-Unis. Pour le Kremlin, cette frappe constitue une "agression contre un Etat souverain". "Cette action de Washington cause un préjudice considérable aux relations russo-américaines, qui sont déjà dans un état lamentable", a déclaré le porte-parole du Kremlin, cité par les agences de presse russes. La Russie va demander la tenue d'une réunion, en urgence, du Conseil de sécurité de l'ONU, reprend CNN (en anglais).

De son côté, l'Iran a, également, "fermement condamné" la frappe américaine. "L'Iran condamne le recours aux armes chimiques (…). Mais, utiliser ce prétexte pour mener des actions unilatérales est dangereux, destructeur et constitue une violation des lois internationales", a réagi le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.

Plusieurs pays ont, toutefois, exprimé leur soutien envers les Etats-Unis. "Israël soutient totalement la décision du président Trump, indique un communiqué de Benyamin Netanyahou. Et espère que ce message de détermination face aux agissements ignobles du régime de Bachar al-Assad sera entendu non seulement à Damas, mais aussi, à Téhéran, Pyongyang et ailleurs".  Le gouvernement britannique a déclaré qu'il "soutenait pleinement" l'action des Etats-Unis, la décrivant comme "une réponse appropriée" à l'attaque de Khan Cheikhoun.

De son coté, le président français, François Hollande, qui avait été averti, en amont, avant l'attaque, a salué cette réaction qui donne de l'espoir aux forces de l'opposition qui combattent, dans de très mauvaises conditions, la dictature de Bachar al Assad.

La question qui se pose est de savoir si on assiste à un revirement de la politique étrangère de Donald Trump ? Pas plus tard que la semaine dernière, son administration expliquait que le président syrien pouvait rester à son poste et qu'elle n'y trouvait aucun inconvénient à cela. D'autre part, cette réaction américaine est-elle applicable sur d'autres théâtres de guerre comme en Libye par exemple où Trump semble vouloir travailler avec le président égyptien Sissi qu'il avait reçu il y a quelques jours à Washington ?

Certains Américains semblent au contraire penser que leur président veut plutôt redorer son blason sur le terrain national où sa gestion depuis son entrée en fonction est jugée calamiteuse.
C'est l'avenir qui nous dira quelle est vraiment la diplomatie de Donald Trump.

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