FORUM DE PARIS POUR LA PAIX : Une pure opération de communication ?

Locataire de l'Elysée depuis mai 2017, Emmanuel Macron tient sa réunion internationale : Le Forum de Paris pour la Paix est organisé, tous les ans. Du moins, le temps de son séjour à l'Elysée. Du 12 au 13 novembre 2019, il en est à la tenue de sa deuxième édition, en attendant la troisième en 2020 et la quatrième en 2021. La cinquième ? Il faudra qu'il se fasse réélire en mai 2022, sinon, son successeur pourra, purement et simplement, confiner ce Forum dans le registre des oubliettes. Car, même s'il est convoqué par le président d'une puissance mondiale, membre permanent du Conseil de sécurité des Nations-Unies, le Forum de Paris pour la Paix doit, absolument, montrer son utilité pour perdurer, et convaincre, que les participants invités ne viennent pas à Paris pour faire du tourisme.

Le jeune président n'a pas lésiné sur les moyens. S'il n'a pas eu, à ses côtés, le chef de la Maison Blanche, le chef du Kremlin ni même le premier ministre britannique, tous membres du Conseil de sécurité, il a réussi à faire venir le vice-président chinois,Wang Qishan, pays où il a effectué une visite officielle les 5 et 6 octobre 2019. Outre la présence du secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, la grande mobilisation est africaine à commencer par le nouveau président rdcongolais, Félix Tshisekedi, qui était l'invité d'honneur du président français. En tant que tel, il a eu l'insigne honneur de prendre la parole lors de l'ouverture du Forum juste avant Emmanuel Macron. Ses homologues du Cameroun, Paul Biya, du Tchad, Idriss Déby Itno, de la Guinée équatoriale, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, du Niger, Mahamadou Issoufou, du Mali, Ibrahim Boubacar Keïta, du Liberia, Georges Weah, et de la Sierra Leone, Julius Maada Bio, l'ont écouté, avec intérêt, déclarer que « l'Afrique peut devenir la solution aux problèmes du monde et cesser d'être le problème ».

Le multilatéralisme et l'action collective, voilà le thème central de réflexion auquel Emmanuel Macron a convié les participants. C'est vrai que l'unilatéralisme américain inquiète fortement et met à mal les grands équilibres mondiaux. C'est aussi vrai que l'individualisme commercial et militaire des grands pays qui en ont les moyens comme les Etats-Unis, la Chine ou la Russie, est de nature à encourager la multiplicité des conflits dans tous les domaines. Les Nations-Unies, dans ce contexte, sont de facto marginalisées des théâtres où, en temps de fonctionnement normal des institutions internationales, elles auraient eu forcément un rôle important à jouer.

Mais, il y a aussi que le choix du thème des travaux n'est pas le fait du hasard : la France, sur les terrains d'opération où on lui connaissait une parfaite maîtrise, ne parvient plus à s'imposer. La montée de l'intégrisme dans le Sahel, par exemple, a consacré le nivellement des forces entre les parties. Les terroristes se font respecter militairement et, très souvent, prennent le dessus lors des combats face aux armées africaines, notamment, du Mali et du Burkina Faso, supposées être épaulées par les forces françaises de Barkhane. D'où l'appel de la France aux partenaires européens pour mutualiser les charges imposées par une telle présence sur les terrains d'opération. Car la remise à niveau des armées des pays du Sahel demande plusieurs années d'un effort budgétaire intensif. Pendant cette période, il faudra tout faire pour que le djihadisme en gagne pas du terrain.

Emmanuel Macron a, donc, pleinement raison d'appeler de toutes ses forces à « une nouvelle forme de coopération » qui ne doit pas se limiter à l'aspect militaire et sécuritaire, mais, s'étendre aux secteurs de l'éducation, de la santé et du développement en général. Son Forum « ne concurrence pas les enceintes existantes mais aide à les réinventer pour devenir plus utiles ». C'est ce que le jeune président appelle « La nouvelle diplomatie ».

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