FRANCOPHONIE : Le F CFA fait une énorme victime : le limogeage du professeur togolais Kako Nubukpo

Pauvre Michaëlle Jean ! Que ne ferait-elle pas pour se succéder à elle-même à la tête de l'OIF (Organisation internationale de la francophonie) en 2018 ? Contrairement à son compatriote, Jean-Louis Roy, qui avait réussi à placer cette organisation à équidistance des influences française et canadienne, grâce à sa stature et un bilan qui parlait de lui-même, sa jeune et fragile compatriote n'a, jamais, réussi à imprimer ses marques à la tête de cette organisation très politique, que la France aime utiliser pour asseoir son influence dans les pays membres. Soutenue dans sa course à la tête de l'OIF contre le Congolais, Henri Lopes, par l'ancien président français, François Hollande, à Dakar, Michaëlle Jean est obligée, aujourd'hui, de sacrifier son meilleur collaborateur sur l'autel de ses ambitions pour un deuxième mandat. Qu'elle risque de ne pas avoir son bilan n'étant pas à la hauteur. Sur un tout autre plan, le limogeage du jeune professeur agrégé en sciences-économiques, Kako Nubukpo, montre que le chemin à parcourir par les Africains pour se débarrasser du très colonial F CFA est encore (très) long et semé d'embûches. Mais, tôt ou tard, il faudra que cesse cette « servitude volontaire » qui fait que les pays africains membres de cette zone monétaire sont, systématiquement, placés sous le contrôle monétaire et financier (c'est-à-dire politique) de la France, ce qui en fait des pays sous tutelle ou si l'on veut à l'indépendance pas totalement acquise.

L’économiste togolais, Kako Nubukpo, figure connue pour ses positions Anti-F CFA, a été suspendu de l'OIF pour avoir manqué à son "devoir de réserve", a déclaré, samedi, 16 décembre, soir, la secrétaire générale de l'organisation, Michaëlle Jean (notre photo).

Le directeur de la francophonie économique et numérique au sein de l’OIF a été suspendu à titre conservatoire de ses fonctions, début décembre, après une tribune publiée le 29 novembre sur le site du Monde Afrique où il affirmait que "le F CFA asphyxie les économies africaines". La question est de savoir si, en le disant, il a inventé le fil à couper le beurre ? Tout le monde, à commencer par Emmanuel Macron, le jeune président français, connaît cette réalité fatale pour l'Afrique. De telle sorte qu'à Ouagadougou, fin novembre dernier, il avait reconnu les failles du système CFA qu'il dit vouloir corriger et avait autorisé les pays qui ne voulaient plus être membres d'en sortir. Comment Michaëlle Jean peut-elle limoger (ou suspendre) son collaborateur pour avoir participé à ce débat qui, aujourd'hui, est tellement public qu'il est sur la table des chefs d'Etat ?

Pour l'information de Michaëlle Jean, certains chefs d'Etat ont annoncé leur préférence pour la création d'une monnaie africaine, en sortant de la très coloniale zone franc. Il s'agit, en Afrique centrale, du Tchadien, Idriss Déby Itno, et de l'Equato-Guinéen, Teodoro Obiang Nguema Mbasogo. En Afrique de l'Ouest, il s'agit du Burkinabé, Roch Marc Christian Kaboré, et du Nigérien, Mahamadou Issoufou.

Partisans de la « servitude volontaire », le Sénégalais, Macky Sall, et l'Ivoirien, Alassane Ouattara, militent, eux, activement, et servilement, pour le maintien de cette zone monétaire. Mais, ces deux chefs d'Etat qui sont considérés comme très (très) proches de la France, ont, d'ores et déjà, perdu ce combat car les peuples africains ne veulent plus du F CFA. En tant que professeur d'économie, Kako Nubukpo ne le sait que trop bien. D'ailleurs, n'est-ce-pas à l'Université de Ouagadougou 1 Professeur Joseph Ki-Zerbo qu'un étudiant, dans sa question sur la zone franc, avait, sérieusement, accroché Emmanuel Macron ?

Michel Rocard dans une interview (heurtée) à Afrique Education, en 1998, avait déclaré que « La colonisation est finie ». Paix à son âme : s'il était encore de ce monde, Afrique Education (qui n'était pas déjà d'accord avec cette affirmation gratuite) se serait invité, à nouveau, chez lui pour une nouvelle interview, suite au débat que connaît le F CFA et qui montre que la colonisation française, n'a jamais été aussi présente en Afrique, et qu'elle lutte même pour cimenter ses positions.

« Le F CFA est un non-sujet pour la France », a juré Emmanuel Macron à Ouagadougou sans convaincre son jeune auditoire. On connaît la rengaine française qui est de dire : les pays africains sont libres de leur choix alors que sans eux et sans sa main-mise sur leur fonctionnement, la France n'aurait pas un statut de grande puissance au sein des Nations-Unies. Autrement dit, la France ne reconnaîtra jamais qu'il pleut en Afrique même si tout le monde voit les peuples africains se mouiller. Elle dira toujours qu'il fait très très chaud. Il s'agit d'une position politique pour assurer sa propre existence.

Parlant de l'Affaire Kako Nubukpo : "Les organisations internationales ont une règle. Les hauts fonctionnaires sont tenus à un devoir de réserve", a déclaré Michaëlle Jean à des journalistes à Cotonou, clôturant une visite de trois jours au Bénin. La secrétaire générale dit juste sauf qu'elle omet d'avouer qu'elle ferait l'objet de pressions fortes d'Alassane Ouattara, qui demande la tête du jeune économiste togolais pour faire plaisir à Emmanuel Macron.

Ancien ministre togolais de la Prospective, Kako Nubukpo a publié plusieurs ouvrages sur le F CFA dont "Sortir l’Afrique de la servitude monétaire. A qui profite le F CFA ?" (2016), alors qu'il était DEJA en poste à l'OIF. Alors question à Mme Jean : Ca vous coûte quoi de reconnaître que le vrai problème est ailleurs et non dans les prises de position de votre collaborateur, qui, en réalité, sont un problème second (et non secondaire) ?

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