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GABON : Peut-on encore éviter la guerre ?

A mesure que le 27 août 2016, date de l'élection présidentielle, approche, les esprits s'échauffent au Gabon. L'opposition a même réussi à faire cause commune, en demandant, le 24 juin, à la CENAP (Commission électorale nationale autonome et permanente), l'exclusion pure et simple de Bongo Ondimba Ali (BOA), candidat à sa propre succession, pour cause d'acte de naissance non conforme aux dispositions de l'article 10 de la constitution. Pour bien se faire comprendre, à l'étranger, plusieurs candidats et non les moindres, se sont tour à tour rendus, à Paris, pour rencontrer les responsables politiques français du gouvernement, de la majorité et de l'opposition. C'est ainsi que Guy Nzouba Ndama, le président démissionnaire de l'Assemblée nationale, y a passé une petite semaine, le mois dernier, tout comme, les anciens premiers ministres, Casimir Oyé Mba et Raymond Ndong Sima. Quant à Jean Ping, premier à s'être déclaré candidat début 2015, il se rend, à Paris, tous les deux à trois mois, pour réchauffer ses contacts. Dernier à être venu sur les bords de la Seine, Léon Paul Ngoulakia, le cousin de BOA, y a séjourné, la semaine dernière, pour apporter cette même vérité que les amis français du Gabon savent sur BOA : qu'il est un enfant adopté suite à la guerre du Biafra par le couple présidentiel gabonais de l'époque. Le principal apport de Léon Paul Ngoulakia est qu'il parle des choses intestines car il est un membre à part entière de la famille Asselé/Nkama, à avoir grandi avec un certain Alain (devenu Ali Ben puis chef de l'Etat) après qu'il ait été présenté à la famille à l'âge de 10 ans, comme étant le fils de Joséphine Nkama (Patience Dabany). Cette dernière est la tante directe de Léon Paul Ngoulakia et petite sœur directe de la maman de Léon Paul. Ngoulakia a donc refroidi les Français qui ne prêtaient pas beaucoup d'intérêt à cette affaire, en leur racontant l'histoire en tant que membre de la famille.

Considérant à tort ou à raison que l'issue de l'élection présidentielle gabonaise se décide à Paris, les visites de ces opposants gabonais en France, ont, incontestablement, fait mouche. Si certains dirigeants français n'étaient pas au courant de la situation politique qui prévaut au Gabon, ils le sont maintenant. C'est une situation qui, il faut le dire, n'est pas à l'avantage du tenant de la fonction. D'autant plus que les recommandations faites par les Américains de la NDI afin qu'il y ait un dialogue sérieux entre l'opposition et le pouvoir avant la présidentielle, sont biaisées. Le Palais du Bord de Mer accepterait un dialogue, mais, seulement, après l'élection du 27 août. A quoi servirait-elle sinon à prendre acte de la crise qui se sera alors installée ? Du côté des Français, il y a longtemps que le poids de l'Afrique les insupporte. Conséquence, ils renvoient, systématiquement, les questions électorales à l'Union européenne chaque fois qu'ils sont sollicités. Les ambassadeurs de cette Union européenne, justement, viennent d'annoncer, à Libreville, que Bruxelles a l'intention de couvrir l'élection présidentielle et qu'une délégation arrivera au Gabon à cet effet, dans les semaines à venir. Elle est vivement attendue car le feu couve sous la cendre. Un conflit que les autorités françaises évitent de trancher en voyant sans voir : l'acte de naissance du président.

Dans son numéro de cette semaine, l'hebdomadaire Mariane a mis les pieds dans le plat, en expliquant comment et pourquoi BOA refuse de faire un test ADN avec sa maman, Patience Dabany, présente à ses côtés à Libreville. On a l'impression que l'auteur de « Nouvelles affaires africaines » (Pierre Péan) accumule, chaque jour, de nouveaux éléments à charge, qui seront diffusés au fur et à mesure de la campagne de BOA. L'opposition étant décidée de son côté à ne plus laisser passer la « forfaiture » de 2009, son chef, Zacharie Myboto, au nom de l'Union nationale, a dénoncé, ce matin, le jeu du président de la CENAP, René Aboghé Ella, qui a dressé, sans l'avis des autres membres du Bureau de cette instance, une liste des pièces à fournir pour être candidats. Cette liste différente de celle prescrite par la loi, a vu le jour, selon Zacharie Myboto, juste pour chercher à faire passer le dossier (à invalider) de Bongo Ondimba Ali. Une dénonciation faite devant la presse rassemblée avant de lancer : « Cette manoeuvre ne passera pas ».

La situation devient intenable pour le BOA suprême, un candidat de rechange ayant d'ores et déjà surgi au sein de la majorité présidentielle. Il s'agit de Paul Mba Abessole, président du RPG. On se demande si au sein même du PDG, les voix vont continuer à être étouffées, encore, pendant longtemps, alors qu'on s'achemine vers des troubles : toutes les preuves sont données que BOA n'est pas apte à concourir en respectant la constitution du Gabon. Le PDG pourra-t-il sauver la mise en se donnant un autre candidat ? Des personnes d'envergure ne manquent pas en son sein : Daniel Ona Ondo, Paul Biyoghe Mba, Paul Toungui, pour ne citer que ceux-là. Le parti du patriarche Ondimba optera-t-il pour une marginalisation assurée comme le PDCI après le départ du pouvoir de Henri Konan Bédié, le MPR après celui de Mobutu Sese Seko, le MLPC après la perte du pouvoir par Ange Félix Patassé, et bien d'autres exemples encore ?

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