GAMBIE : L'ancien président Yahya Jammeh doit-il être jugé ?

Yahya Jammeh a fini par quitter le pouvoir après l'avoir exercé pendant 22 ans. Une longue présidence émaillée de beaucoup de violences et de tueries. En dehors des détournements de fonds, c'est le dossier qui le suit avec les accusations, actuellement, montées en épingle par Human Rights Watch (HRW) et Trial International. Après avoir contesté le vote qui le déclarait perdant, à la dernière élection présidentielle, de décembre 2016, Yahya Jammeh, après une courte résistance, a eu la sagesse, de prendre la route de l'exil sans avoir provoqué une effusion de sang, comme d'aucuns le craignaient. Il est parti, tranquillement, s'installer, à Malabo, en Guinée équatoriale, où il s'adonne à des activités champêtres (notre photo où il présente son champ à Teodoro Obiang Nguema Mbasogo). N'est-il pas contreproductif de l'y déloger pour le traduire en justice alors que la Gambie est en train de réussir son virage démocratique sans lui ? Quel message donnerait-on aux autres dictateurs africains à qui il est, aussi, demandé de quitter le pouvoir et qui peuvent être effrayés par le sort qu'on ferait subir à Yahya Jammeh ?

Plus de cinquante migrants originaires du Ghana et d'autres pays d'Afrique de l'Ouest ont été exécutés, sommairement, par une unité paramilitaire contrôlée par Yahya Jammeh, selon Human Rights Watch (HRW) et Trial International.

Les meurtres, qui remontent à juillet 2005, visaient des migrants clandestins - 44 Ghanéens et plusieurs Nigérians, Sénégalais et Togolais - arrêtés sur une plage de Gambie alors qu'ils tentaient de se rendre en Europe.

Ils étaient alors soupçonnés d'être des mercenaires venus renverser Yahya Jammeh, selon un communiqué de HRW et TRIAL, qui s'appuient sur des entretiens menés, depuis deux ans, avec une trentaine d'anciens responsables de la sécurité gambienne.

En l'espace d'une semaine, les "Junglers", une unité officieuse de soldats choisis au sein de la garde nationale, notamment, chargée de la protection du président, "ont exécuté sommairement huit migrants près de la capitale Banjul et les autres le long de la frontière sénégalaise", affirment les deux ONG.

Un rapport conjoint de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) et de l'ONU jamais rendu public, avait conclu à l'époque que le gouvernement n'était pas "impliqué directement ou indirectement" dans les assassinats et les disparitions, perpétrés par des "éléments incontrôlés" au sein des services de sécurité gambiens "agissant pour leur propre compte".

"Ces migrants ouest-africains n'ont pas été assassinés par des éléments incontrôlés mais par un escadron de la mort qui recevait ses ordres directement du président Jammeh", condamne avec force Reed Brody, conseiller juridique à HRW, cité dans le communiqué. Reed Brody, qui a mené la chasse à l'ancien président tchadien, Hissène Habré, jusqu'à sa comparution devant la justice, est une figure de proue dont l'engagement est sincère. Le problème est de savoir s'il est, réellement, opportun de s'attaquer à Jammeh ? Car, contrairement, à Hissène Habré qui avait été chassé du pouvoir par Idriss Déby (qui n'était pas encore « Itno » à cette époque), Yahya Jammeh, lui, avait, sur les conseils de certains de ses pairs africains, notamment, le Mauritanien, Mohamed Ould Abdel Aziz et le Guinéen, Alpha Condé, accepté de quitter le pouvoir, et de partir en lieu sûr en Guinée équatoriale où personne ne viendrait le provoquer. L'Afrique s'honorait en respectant la parole qu'elle lui avait tenue quand il partait en exil.

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