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GENOCIDE AU RWANDA : Questions (volontairement) restées sans réponses

Le 25e anniversaire du déclenchement du génocide est commémoré, ce dimanche, 7 avril, à Kigali, et partout au Rwanda. Pourtant, on ne connaît, pas encore, la vérité sur cette question qui continue de hanter les ressorts de notre conscience. Les commémorations se succèdent et se ressemblent toutes. Certes, elles permettent de se souvenir et de ne pas oublier ce qui s'est passé, mais, à un moment donné, il faudra aller au-delà de ces commémorations, en favorisant la recherche de la vérité, de (toute) la vérité. Car au Rwanda, aujourd'hui, la recherche de (toute) cette vérité fait l'objet de soupçon, le dernier mot revenant à ce qu'on appelle, communément, la justice des vainqueurs.

Par les temps qui courent et au regard des succès économiques glanés par la gouvernance de Paul Kagame, il faut être suicidaire pour lui dire qu'il oriente les enquêtes, voire, le débat sur le génocide. Il vous qualifie, immédiatement, de « négationniste ». Pourtant, depuis plus de vingt ans qu'on mène des enquêtes, par des justices parmi les plus indépendantes et efficaces de la terre, on n'a, toujours, pas réussi à élucider qui a, réellement, tiré le missile sol/air qui avait pulvérisé le Falcon 50 à bord duquel avaient pris place le président rwandais de l'époque, le général, Juvénal Habyarimana, ainsi que, l'équipe qui venait de l'accompagner aux pourparlers de paix à Arusha en Tanzanie (notre photo). Dans le même avion Falcon 50, se trouvaient, également, le président du Burundi, Cyprien Ntaryamira et ses équipes. L'avion de ce dernier était en maintenance et Juvénal Habyarimana lui avait, gentiment, proposé de monter à bord du sien, d'abord, pour la destination de Kigali, avant que l'avion ne l'amène, dans un deuxième temps, à Bujumbura. Le président burundais perdra, aussi, sa vie lors de cette tragédie. Mais, curieusement, de l'assassinat de ce chef d'Etat, on ne parle jamais. Un détail qui n'est pas anodin : Cyprien Ntaryamira était Hutu comme Juvénal Habyarimana.

Sans accuser le moins du monde l'actuel président du Rwanda, il faut quand même avoir le courage de reconnaître que s'il n'était pas au pouvoir, la justice internationale aurait des coudées plus franches pour faire son enquête. Aujourd'hui, celles-ci se limitent aux Hutu comme si pour faire la guerre, les Hutu étaient seuls. Que fait-on des tueurs et autres génocidaires tutsi dont certains sont réputés proches de Paul Kagame ? Le fait que Paul Kagame ait modifié la constitution pour s'octroyer deux nouveaux mandats de 7 ans (donc en tout 14 ans), ce qui fera de lui le président du Rwanda jusqu'en 2034 (il aura 77 ans), ne va pas non plus faciliter la recherche de la vérité.

L'ancienne procureure du TPIR, Carla del Ponte, en sait quelque chose. Elle s'était vue interdire d'enquêter sur la responsabilité de certains proches de Paul Kagame. L'appui qu'elle demanda, à cet effet, à Kofi Annan, à l'époque, secrétaire général des Nations-Unies lui fut refusé, ce dernier lui ayant, carrément, dit que cette affaire était très politique et entre les mains du Conseil de sécurité.

Il faudra, absolument, qu'on sache qui des extrémistes hutu (qui considéraient Juvénal Habyarimana comme un mou, un faible, qu'il fallait dégager avant d'exécuter leur basse besogne) ou des éléments du FPR (qui stationnaient aussi aux alentours de l'aéroport de Kigali et qui étaient détenteurs de missiles dont le modèle a été celui utilisé pour détruire l'avion), qui des deux a réalisé ce forfait qui a permis le déclenchement, d'abord, des tueries massives, ensuite, du génocide sur les populations tutsi. Cette vérité est essentielle à savoir au nom de la mémoire des victimes et de l'attachement que nous avons, tous, à l'endroit des Rwandais et des Rwandaises.

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