GUERRE EN LIBYE : Le Caire destination finale du président turc

Toute avancée en Libye des forces du Gouvernement d'union nationale (GNA) soutenues par la Turquie risque de mener à l'intervention "directe" de l'Egypte, a menacé, samedi, 20 juin, le président égyptien, Abdel Fattah al-Sissi. L'intervention de la Turquie en Libye est en train de livrer son vrai visage. Il faut, désormais, dégager, rapidement, l'encombrant général (devenu maréchal par ses propres soins), Khalifa Haftar, avant de passer au plat de résistance que constitue la réinstallation d'un Frère musulman au pouvoir en Egypte. Car c'est de cela qu'il s'agit. Elu président de la République, en juin 2012, Mohamed Morsi, le Frère musulman, après une année de pouvoir très controversé, s'était retrouvé en prison, en 2013, après la prise du pouvoir par l'armée, au nom d'une réinstauration de la paix civile et sociale. Il faut préciser que le pouvoir de Morsi voulait remodeler la vie publique en Egypte (pays moderne s'il en est avec son ouverture sur le monde à travers ses flots de touristes qui s'y déversent tous les jours) comme le souhaitent les Frères musulmans avec leur conception plus ou moins théocratique du pouvoir. C'est ainsi que l'armée par l'intermédiaire de son chef, le maréchal, Abdel Fattah al-Sissi, le dégagea, avec l'accord des Américains : c'est Hillary Clinton qui s'était occupée de ce dossier au département d'Etat, permettant à Barack Obama d'avaler cette pilule amère du coup d'état. L'Arabie Saoudite, amie fidèle de l'Egypte applaudit, mais, le Qatar et la Turquie, principaux soutiens de Mohamed Morsi, firent grise mine. Considéré comme le chef des Frères musulmans du monde entier, sur le plan politique, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, voudrait rendre la monnaie de sa pièce à l'impertinent maréchal, Abdel Fattah al-Sissi. L'ancien président français, Nicolas Sarkozy, ayant déstabilisé la Libye et fait tuer son leader, Mu'ammar al Kadhafi, en se servant de l'OTAN et des pays comme le Qatar, on voit, aujourd'hui, que les conséquences de sa bêtise sont incalculables et provoquent un retard du développement certain, ainsi que, des tueries massives que Sarkozy disait vouloir éviter en y imposant (sa) démocratie à la française. Aujourd'hui où la Libye (et bientôt l'Egypte) se déchire, personne ne lui demande aucun compte. La France du jeune président a tôt fait de battre en retraite. Pas de continuité de l'Etat en réparant les dégâts provoqués par son indigne prédécesseur. Pour sa part, Erdogan a, vite, compris que ses succès dans sa conquête du monde devaient passer par une certaine entente avec le tsar Vladimir Poutine. Cela a été le cas en Syrie. Cela va être de même en Libye au grand dam des Français donneurs de leçons de démocratie qu'ils ne s'appliquent jamais à eux-mêmes. Et bientôt en Egypte sans oublier le Centrafrique où le président, Faustin-Archange Touadéra, vit et survit, politiquement et militairement, grâce aux Russes, et marginalement, aux Turcs en passe de devenir de grands protecteurs de musulmans centrafricains (sur notre photo Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan en pleine expérimentation de certaines armes).

Cela dit, Abdel Fattah al-Sissi a prévenu, samedi, 20 juin, que toute avancée des forces du GNA, soutenues par la Turquie, vers la ville stratégique de Syrte en Libye, pourrait mener à une intervention "directe" du Caire.

Avec l'appui d'Ankara, les forces loyales au GNA - basé à Tripoli et reconnu par l'ONU - ont engrangé d'importantes victoires depuis début juin, reprenant le contrôle de l'ensemble du Nord-Ouest de la Libye, au dépend du maréchal Khalifa Haftar.

Les troupes rivales de l'homme fort de l'Est libyen, soutenu entre autres par l'Egypte, n'ont cessé de reculer ces dernières semaines, signant l'échec de leur offensive sur Tripoli lancée en avril 2019.

Les forces du GNA restent, néanmoins, freinées dans leur avancée vers la ville côtière de Syrte, verrou stratégique vers l'Est et sous contrôle du maréchal Haftar.

Ankara a, de son côté, exigé samedi le retrait des troupes du maréchal Haftar de la ville de Syrte comme condition préalable à toute trêve.

Ces avertissements successifs interviennent après l'invitation lancée par Le Caire, et refusée vendredi, 19 juin, soir, par le GNA, d'assister à une réunion d'urgence sur la Libye de la Ligue arabe, dont le siège est basé dans la capitale égyptienne.

Le GNA et la Turquie ont fait part de leur scepticisme, considérant l'initiative égyptienne comme une manière de faire gagner du temps au maréchal Haftar, qui est, aussi, soutenu par les Emirats arabes unis et, de façon marginale, par la Russie et, surtout, la France qui a perdu tout crédit dans ce pays qu'il a contribué à mettre sens dessus-dessous.

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